Dr Alain Destexhe : " Le MR est la remorque d'ECOLO "

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Trois conseillers communaux MR de la Région bruxelloise ont rejoint les " Listes Destexhe " que le Dr Alain Destexhe (ex-MR) veut constituer en vue des scrutins du 26 mai prochain. Interview-vérité.

© Belga

Pourquoi avoir quitté le MR et créé votre parti ?

Le MR est devenu un parti qui évolue entre le centre et le centre-gauche. De ce fait, notre Fédération Wallonie-Bruxelles ne présente aucune offre de droite classique comme la plupart des démocraties européennes. En France, il y a Les Républicains, l'Allemagne a les libéraux, l'Angleterre le Parti conservateur, la Flandre, la N-VA et le VLD. C'est un manque flagrant pour notre démocratie.

Vous êtes parti sur une " N-VA francophone ", vous parlez maintenant d'un parti du centre et de la droite...

Je retiens de la N-VA son positionnement politique très cohérent, son approche en matière d'immigration, d'énergie nucléaire et sur le socioéconomique. Je rejette bien sûr le Confédéralisme et les positions anti-francophones dans les communes de la périphérie bruxelloise par exemple...

Quelle est votre différence justement en matière d'énergie, un des grands défis du 21e siècle ?

Se passer des centrales nucléaires en 2025 est irréaliste et irresponsable. Nous en avons besoin pour la transition énergétique et pour maintenir la facture d'électricité des ménages dans des limites acceptables. Je souligne que Les Listes Destexhe ne sont pas climato-sceptiques. L'énergie nucléaire est un atout pour lutter contre le réchauffement climatique dans l'optique d'abandonner petit à petit les hydrocarbures et avant d'arriver à une production d'énergie renouvelable conséquente. C'est une des contradictions des écologistes. Remplacer nos centrales nucléaires par 7 centrales au gaz alimentera le réchauffement climatique. La Loi climat derrière laquelle tous les partis politiques francophones y compris le MR courent (loi rejetée par le CD&V et l'Open-VLD) a été pensée par des " experts " qui sont presque tous proches d'Ecolo ou de Groen. Le MR était également en faveur du Pacte migratoire de l'ONU. C'est une des raisons de ma rupture avec le MR. C'était une question de conviction.

Restreindre le regroupement familial

C'est en rapport avec le dernier livre que vous avez publié ? Vous ne croyez pas que l'ONU ou l'Union européenne puisse justement réguler les flux migratoires ?

L'Union européenne a jusqu'à présent échoué dans la gestion des flux migratoires. La crise migratoire de 2015 explique probablement le Brexit, mais le niveau national reste prépondérant. Dans mon livre " Immigration et Intégration, avant qu'il ne soit trop tard " (Editions Dynamedia, ndlr), j'explique par ailleurs que le regroupement familial est responsable de la moitié du million d'immigrés arrivés et restés en Belgique entre 2000 et 2013. Je fais dans le livre une série de 15 propositions dont le la restriction du regroupement familial, la lutte contre les mariages blancs, la lutte contre l'islamisme qui se propage ainsi qu'un effort massif d'intégration économique et culturelle à mettre en oeuvre...

La version officielle au MR est que vous créez votre parti par frustration de n'avoir pas été tête de liste à Bruxelles...

Ecoutez, j'ai 60 ans. Avec le lancement des listes Destexhe, je prends un risque considérable. J'aurais pu sagement rester au MR pour un dernier mandat. Je ne poursuis aucune ambition personnelle. Je n'assurerai d'ailleurs pas la Présidence du mouvement. Le nom " Listes Destexhe " a été choisi par souci d'efficacité. Après les élections, le mouvement aura un autre nom.

En refusant de vous allier au Parti populaire, n'entrez-vous pas dans la fatalité des droites comme en France où Les Républicains (Laurent Wauquiez), Debout la France (Nicolas Dupont-Aignan) et le Rassemblement national (Marine Le Pen), faute de s'entendre, offrent un boulevard à Emmanuel Macron ?

Mon objectif est de créer un rassemblement de la droite classique de gouvernement et le centre droit, entre le PP, qui est extrémiste à mes yeux, et le MR qui est devenu un parti de centre/centre gauche. Sur des grandes options (sortie du nucléaire, loi climat), le MR est la remorque d'Ecolo. Je suis persuadé qu'il y a un espace pour ce type d'offre politique, comme dans toutes les démocraties. Mais nous verrons. La politique n'est pas une science exacte !

Confiance dans son médecin

Pourquoi vous êtes-vous pris si tard ?

Après 23 ans au MR, la décision fut vraiment difficile. Mais une campagne courte a aussi des avantages.

En matière de santé publique et pour les médecins, que proposez-vous ?

Je suis clairement pour une médecine libérale. Le libre-choix du patient et la liberté thérapeutique du médecin constituent une garantie fondamentale pour le patient. Celui-ci place d'ailleurs le médecin et notamment le médecin généraliste en tête des personnes de confiance. Face au déficit chronique des hôpitaux, il me semble illusoire de supprimer les suppléments d'honoraires en chambre seule. Nous proposons aussi de refédéraliser la prévention dans la santé. Les dépenses de santé vont inexorablement augmenter parce que la santé prendra une importance croissante dans la vie des gens. Pour les financer, nous voulons diminuer les dépenses administratives et la paperasse ! Les mutuelles ont toujours trop de pouvoir. Le gouvernement actuel n'a pas fait grand-chose de ce côté-là. Quand je vois les campagnes et la démagogie de Solidaris...

Le citoyen en effet se fie plus à son médecin qu'aux hommes politiques...

Et bien, je suis homme politique et médecin, c'est donc de bon augure !

En résumé, que proposent " Les Listes Destexhe " ?

Nos dix priorités sont disponibles en ligne. Nous voulons notamment freiner l'immigration et réussir l'intégration, en poursuivant la politique de Theo Francken, réduire de moitié le nombre d'élus et simplifier les structures publiques, diminuer les impôts en réduisant les dépenses publiques administratives, exécuter au moins la moitié des peines de prison, appliquer une politique éco-réaliste en retardant d'au moins dix ans la sortie du nucléaire, pour lutter contre le réchauffement climatique et éviter l'augmentation de la facture d'électricité.

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