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Un pour cent de mieux fin 2021 C'est un message plutôt positif que le Bureau du Plan a distillé la semaine dernière : la Belgique sera en récession cette année, c'est évident, mais de 7,4 % " seulement " et non de 10,6 % comme estimé en juin. Une performance proche de la moyenne de la zone euro, que la Banque centrale européenne (BCE) pointe en effet à -8 % (mais le FMI à -10 %). Revers de la médaille : le rebond sera également moins vif que précédemment estimé, soit une croissance attendue de 6,5 % l'an prochain en Belgique, au lieu de 8,2 %. Au fait, quelle est la balance de ces deux corrections ? Dans le scénario de juin, on revenait fin 2021 à 96,7% du PIB de 2019. Dans celui avancé la semaine dernière, on arrive à 98,6 %. Un peu mieux donc, mais assez marginalement. Et sans garantie, bien entendu, d'autant qu'un éventuel reconfinement remettrait tout cela en question. Déjà que la résurgence du virus freine visiblement la reprise ces dernières semaines. Petit bémol : cette contraction du PIB de -7,4 % constitue quand même une fameuse récession puisque, à titre de comparaison, celle de 2009 s'était manifestée par un recul de 3 % à peine du PIB. De toute manière, la crise du coronavirus aura fait des dégâts, avec la perte de 82.000 emplois au total des années 2020 et 2021, toujours selon le Bureau du Plan. Rappelons au passage que ce dernier est un organisme public ayant pour mission de réaliser des études et prévisions, en particulier dans le domaine économique. Le Bureau formule également des propositions pour améliorer la situation ou rectifier le tir s'il en voit la nécessité. A prendre en considération par le gouvernement... ou pas. Plus significatif que ces chiffres attendus pour 2020 et 2021, surtout pour les investisseurs en actions, soucieux d'un indicateur plus dynamique : à quel niveau d'activité économique se situera-t-on d'ici la fin de l'année ? En France, la banque d'affaires Lazard vient d'afficher un pronostic à 97 % de la normale, contre un tréfonds de 68 % à peine en avril dernier ! Espérons que ceci vaille aussi pour la Belgique... Cette vision positive est confortée, notamment, par le rétablissement très rapide de ce que les professionnels appellent les " conditions financières ", autrement dit le bon fonctionnement des marchés financiers et du monde bancaire : quelques mois à peine cette année, alors qu'il avait fallu trois ans après la crise de 2009. Ce rétablissement express, on le doit largement à l'intervention rapide et massive des banques centrales, comme largement souligné dans la presse. On ne saurait pour autant perdre de vue l'action tout aussi spectaculaire des gouvernements en faveur des citoyens avec, en Belgique, le chômage temporaire, le droit passerelle, ou encore les primes pour les indépendants. Résultat : le revenu disponible des particuliers est resté presque stable (-0,3 %) dans cet environnement de super-récession, a calculé le Bureau du Plan. On prendrait cela pour un miracle si on n'en connaissait pas la raison ! Situation semblable dans les pays voisins, mais aussi aux États-Unis où, du fait du chèque de 1.200 dollars offert au printemps à la moitié des citoyens, le revenu disponible a soudain flambé de 15 % au printemps ! Banques centrales et États y ont donc très largement été de leur poche (virtuelle) pour éviter le pire. Or, il n'est pas question que l'envol de la dette des États plombe trop leurs finances. Même si c'est surtout le soutien à l'économie qui est mis en avant, tant la BCE que sa consoeur américaine la Fed vont donc maintenir les taux d'intérêt au plancher. Ce sentiment n'est pas nouveau, mais il a récemment été renforcé. Par la déclaration très ferme de Christine Lagarde, présidente de la BCE : " Les périodes exceptionnelles exigent des mesures exceptionnelles. Notre engagement en faveur de l'euro est sans limite. " Et plus encore par celle de son confrère Jerome Powell, qui maintiendra les taux très bas même si l'inflation augmente, a-t-il précisé. Ce dernier point est nouveau. En un mot comme en cent, que ce soit sur le carnet de dépôt ou en obligations, ce n'est pas demain que l'épargnant obtiendra un rendement digne de ce nom. Relevant que le recul des bénéfices par action des entreprises cotées devrait avoisiner 22 % au niveau mondial (c'est beaucoup mais, ici aussi, moins que craint au printemps) mais que cette baisse devrait être résorbée dès l'an prochain, la banque privée Delen observe : " Les investisseurs reviennent systématiquement vers les actions, car elles seules ont le potentiel de produire un rendement réel positif. " On ne peut toutefois ignorer l'immobilier, ni les divers fonds qui obtiennent encore un rendement décent grâce à des investissements sophistiqués... malheureusement hors de portée du particulier.