L'art brut, est-il avant tout art ou thérapie ? C'est là tout le dilemme ; le léguer à la médecine et regarder les progrès pas à pas ou le laisser à l'art ? Ce mouvement représente des créations d'autodidactes souvent atteints de troubles psychiques et dépourvus de sens artistique tel que nous l'entendons. C'est Dubuffet qui en est l'initiateur, ayant mis en valeur les oeuvres et en créant une collection qui deviendra le musée d'Art brut à Lausanne. Mais certains diront que l'intérêt esthétique se discute et que l'effet clinique s'est imposé. La création permet de libérer des problématiques profondes et transforme de manière positive l'individu.

Dans le film André et les martiens de Philipe Lespinasse, différents univers d'artistes "outsider" à travers le monde nous sont dévoilés ; un architecte anarchiste au Canada, un sculpteur de coquillages en France ou encore une créatrice d'oeuvres dénuées de sens aux États-Unis. Ces artistes bouleversent notre conception de l'art en faisant de l'art brut, libéré de toute culture artistique. Parmi eux, André Robillard connu pour ses fusils qui " tuent la misère " depuis 1964.

Pour Henri Francois Imbert, réalisateur, qui a suivi Robillard pendant une trentaines d'années et lui a consacré plusieurs films, l'entrecroisement de la médecine et de l'art n'est pas un hasard : " Les deux postures se rejoignent, la posture humaniste qui dit qu'un fou est un homme et la posture de résistance qui dit qu'un homme doit vivre libre. " Selon lui, Robillard incarnerait à sa façon une forme de résistance - à la brutalité politique et psychiatrique autant qu'à l'art académique et, plus largement, à ce que Dubuffet appelait " l'asphyxiante culture ". 1

Immersion dans le monde de Robillard

A 87 ans, André nous raconte sa vie et ses débuts dans l'art.

" La vie n'était pas facile dans le temps, c'était un peu compliqué, et ça a même mal tourné. J'habitais dans la région d'Orléans et mon père a divorcé comme tout le monde... et il m'a gardé. Mais après on dû m'emmener à l'hôpital... C'est-à-dire que j'étais un peu nerveux..., je cassais les chaises..., et on a été voir un médecin et il m'a fait hospitaliser, et ensuite j'ai été interné. "

Mais par la suite, Robillard est devenu un ouvrier comme tout le monde, " j'ai pu travailler comme auxiliaire à l'hôpital, je m'occupais de la station d'épuration. "

C'est en 1964 que l'histoire du fusil " qui tue la misère " commence...

" J'ai trouvé un morceau de bois, un marteau et je me suis mis à construire un fusil, je travaillais pour m'occuper sans savoir qu'un jour je deviendrai un artiste. Après on a vu mes oeuvres, et elles ont été emmenées au musée d'art brut avec Jean Dubuffet. "

On connaît ses fusils mais Robillard dessine beaucoup également. Il fait des oiseaux, des cerfs-volants, des planètes, des comètes et des animaux comme des dinosaures, des éléphants ou encore des reptiles.

L'artiste est également très bon musicien. " J'ai appris à jouer de l'harmonica et de l'accordéon par moi-même. Je me suis dit que j'allais essayer et j'ai appris. Et j'aimais tellement les instruments que j'ai écouté beaucoup de musique, surtout de l'accordéon, car à l'époque on écoutait beaucoup Yvette Horner, etc. " Depuis quand se considère-t-il comme artiste ? " Au début c'était un peu le hasard mais après avoir réalisé beaucoup d'oeuvres, on m'a demandé si j'étais un artiste et j'ai commencé à y réfléchir. A force de me le dire, et mes oeuvres étant accrochées à côté d'autres oeuvres, c'est à partir de là que je me suis dit que j'étais un artiste. Et maintenant, je le serai jusqu'à ma mort ! " André Robillard vit toujours à l'hôpital et continue à créer.

Les oeuvres d'André Robillard sont à découvrir à côté de celles de Serge Delaunay au Art et marges musée, dans l'exposition " " Rencontres intergalactiques " du 22 février au 9 juin 2019 où les artistes sont réunis par leur émerveillement commun pour les " sujets du ciel. "

Art et marge museum : 341 rue haute - 1000 Bruxelles

www.artetmarges.be

1. Dans Henri-François Imbert, libre cours de Raphaëlle Pireyre et Quentin Mével, éd.Playlist Society "