1.Un citoyen affranchi de son médecin.

L'évolution des mentalités a débuté au début des années 2000, avec la généralisation d'internet dans les foyers et le développement de plusieurs moteurs de recherche accessibles gratuitement.

Si " Dr Google " est rapidement devenu un référent populaire pour donner des premiers renseignements santé au citoyen, ce sont les politiques de marketing santé, initiées autour des premiers objets connectés, qui ont catalysé l'autonomisation.

Le citoyen a pris conscience qu'il pouvait obtenir des informations santé, gérer ou contrôler ses paramètres de base ou encore comparer les prestations de services, sans nécessairement se trouver dans une relation de dépendance étroite avec son médecin. A ce titre, il a revendiqué sa place dans l'organigramme décisionnel de prise en charge.

Dans la foulée, la littérature économique et juridique a restitué au patient un statut de " sujet " donnant naissance aux modèles de gestion connus sous " patient-central ". Les différents prestataires de soins sont invités à se concentrer sur les besoins de la personne et non sur sa seule maladie.

Les modèles " patient-central " sont cependant porteurs de deux limites importantes qui freinent leur idéal humain,

- d'une part, ils restent muets sur le degré d'autonomisation du patient. Or celui-ci varie fortement en fonction de la gravité de la pathologie, de la couverture financière, d'éléments externes dont le milieu social, culturel et éducatif, ainsi que de la capacité intellectuelle du patient à comprendre les enjeux.

- d'autre part, ils se montrent bien trop optimistes sur les collaborations spontanées de différents prestataires de soins autour du patient. Ceux-ci n'ont pas été habitués à travailler ensemble. Par ailleurs, avec les rapides progrès technologiques, ils se trouvent régulièrement en situation de conflit d'intérêts sur les missions qu'ils sont capables d'accomplir.

Si bien que l'autonomisation du patient n'a en réalité de sens économique que s'il est suivi de l'étape plus délicate portant sur sa responsabilisation financière progressive sous forme de sanction ou, préférentiellement, sous forme d'incitant.

2. Le citoyen adopte un comportement santé plus responsable.

Il s'agit d'une tendance émergeante, pour l'essentiel liée à une perte de confiance dans des systèmes de solidarité organisés de manière pyramidale, dont la stabilité financière est aujourd'hui fortement ébranlée.

Pensions et couverture santé universelle ne sont plus nécessairement garanties pour les plus jeunes générations qui adoptent, de facto, un comportement santé plus responsable que les baby-boomers ayant bénéficié d'acquis sociaux confortables.

Aussi, la terre pour le développement d'une médecine prédictive et personnalisée est particulièrement fertile et, faute de s'organiser au niveau politique, le développement de ce marché est rythmé par le monde marchand, lui-même appelé à muter vers des activités socialement plus acceptables.

De prime abord, cette évolution semble porteuse de plus-values pour le système de soins de santé dès lors que des économies substantielles pourraient être réalisées en retardant ou en évitant certaines pathologies. Mais une réflexion plus approfondie conduit à une autre conclusion qui inquiète particulièrement le corps médical : Qui sera le gardien des informations médicales et, d'une manière plus générale, qui sera garant du suivi santé des citoyens?

3. Le citoyen devient un consommateur santé.

L'autonomisation du citoyen en soins de santé conduit enfin à lui faire acquérir un comportement de consommateur averti.

En ce sens, le citoyen est demandeur de plus de transparence et de comparaison ainsi que d'un rapport qualité prix jugé acceptable, que les prestations soient ou non couvertes par l'assurance maladie.

Les prestataires de soins et, plus particulièrement les hôpitaux, ont investi de manière importante dans des outils permettant de mesurer qualité et satisfaction des patients mais également dans l'obtention de labels de qualité reconnus sur le plan international (JCI, NIAZ). Un véritable business dont la plus-value réelle reste à démontrer.

Se faisant, ils sont entrés, bien malgré eux, dans la danse des règles marchandes.

Le réveil à l'esprit d'entreprise est d'autant plus douloureux que les gouvernements, en manque de moyens, effectuent des coupes sombres régulières dans le secteur, créant une incertitude structurelle importante sur son financement qui n'est ni propice à son développement ni ne permet de faire efficacement face à des géants pharmaceutiques et numériques qui ne cachent plus leur prétention au trône.

Il est, par conséquent, essentielle que les autorités publiques se consacrent en priorité à alléger un cadre règlementaire particulièrement lourd et désuet et visent à favoriser des collaborations directes entre le monde de l'entreprise et des acteurs de terrains dans une perspective d'un meilleur partage des ressources.

Entre concurrence ou alliance, il faut choisir.