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Les époux Kaplan, un couple de New-yorkais, ont constitué une collection impressionnante de 250 oeuvres de ces artistes originaires de cette ville, et connue dès lors sous le nom de "collection de Leyde". Trente-cinq de ces chefs-d'oeuvre sont revenus sur le sol hollandais le temps d'une exposition consacrée à Rembrandt et ses contemporains. Ceci inclut son maître Pieter Lastman, dont le réalisme stupéfiant se matérialise notamment dans "David donnant une lettre à Urie pour Job". Gerrit Dou, tout premier élève de Rembrandt encore à Leyde à l'époque, se tire le portrait avec talent et humour devant le chevalet dans l'atelier. Un autre élève de cette époque, Jouderville, réalise une copie saisissante de Rembrandt en oriental, originellement affublé d'un caniche. Le clair-obscur, le sens du détail dans l'habillement et jusqu'aux gants, démontrent le talent quasi égal de l'élève. De Poorter, un autre élève, dans "Salomon et la Reine de Saba" montre une grande maîtrise de la lumière irradiante, influence de son maître Rembrandt, Pieter Codde et son style flouté se montrant bien moins convaincant. Remarquablement éclairé, dans un accrochage qui rehausse encore la lumière souvent divine qui émane des toiles (les sujets sont souvent bibliques), l'expo met également des Rembrandt en exergue, dont une "Minerve" potelée dans son studio, ou un homme oriental au regard éternellement pétillant. Autre élève de Rembrandt, Ferdinand Bol apparaît bien fade comparé au prodige Fabritius mort tragiquement à 22 ans, dont il ne subsiste que 13 toiles, dont ce "Hagar et l'ange", seule toile d'une collection privée... Kaplan en l'occurrence. Elle baigne d'un préraphaélisme avant l'heure. Dernier élève collaborateur de Rembrandt, Arent de Gelder restera fidèle au style du maître, notamment dans le clair-obscur du remarquable "Jésus au Jardin des Oliviers", où le Christ immaculé est enserré dans l'ombre menaçante de Judas, qui l'entoure et le surplombe en quelque sorte. Parmi les contemporains, Godefried Schalken se distingue par une maîtrise de la lumière justement, qui atteint son sommet avec "Le fils perdu", illustration d'une conversation amoureuse à la lumière d'une bougie. Un Ferdinand Bol plus inspiré démontre que s'il a étudié chez Rembrandt, c'est bien de Rubens dont il s'inspire pour le style et les carnations, notamment dans "Vénus et Cupidon". Car les peintres s'osent parfois à traiter des sujets classiques, notamment Carel de Moor qui dépeint une "Diane endormie après la chasse" qui séduit, notamment par la description du plumage d'un paon et d'un canard ou de la robe d'une biche, butins de la déesse. Enfin, le Leydois Jan Steen, peintre catholique, se montre virtuose dans ses scènes de groupes, "Lazare et l'homme riche" ou "Le sacrifice d'Iphigénie": le premier réunit un aspect breughelien pour l'atmosphère, Jordaens et son "Le roi boit" pour la précision du trait, la juste proportion des corps et mouvements et la luisance des visages ; le second par l'abondance des personnages, l'animation de la scène qui malgré la tragédie de l'épisode à des allures... de carnaval. Influent et influencé, Rembrandt fut incontestablement un homme de son temps, celui du Siècle d'or... qui fut avant tout celui de la peinture.