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Photographies de Noirs (sauf un musicien blanc, Jimbo Mathus) par un Blanc qui adopte, en bichromie bien entendu, le ton charbonneux des pionniers de la photographie en émulsionnant lui-même ses plaques, pour donner à ses photos du Bayou, des champs de coton et surtout des musiciens de blues, inconnus des amateurs de photographie et de musique lambda, une patine quasi séculaire: parmi eux, tout de même, BB King ou John Lee Hooker font office de stars. La technique qu'utilise Steber renvoie, au travers des images des musiciens, souvent âgés, l'impression qu'il s'agit d'acolytes du pionnier du blues Robert Johnson tant les clichés paraissent antiques... alors que les plus anciennes prises de vues ont à peine 30 ans. Des photographies hantées, même si elles sont quelquefois vides de personnages, qui plongent celui qui les regarde dans l'ambiance du Deep South : la vue du cimetière de Savannah en Géorgie par exemple, évoque celle de "Minuit dans le jardin du Bien et du Mal" de Clint Eastwood. Des portraits, des scènes de concert, focus sur des mains qui slide une guitare, capture d'une silhouette ramassant du coton comme sortie d'une toile de Millet... Dans cette série de photographies à la bande-son muette et pourtant entêtante de blues à 12 mesures, une note d'humour se fait soudain entendre: un chat, noir bien entendu, en gros plan ; derrière lui, floutés, deux bluesmen, assis, répétant sous un porche. La version blues et féline de La voix de son maître?