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Exposition essentiellement illustrative et qui ne remet pas grand-chose en question, mais permet de mettre à bas quelques clichés comme le fait que les geishas ne sont pas des prostituées - contrairement aux courtisanes, que le menu absent de viande rouge est cause de longévité dans une population de 127 millions d'habitants dont 90 se considèrent shintoïstes et 89 bouddhistes! Au travers de cette proposition riche en immersions - une maison et un quartier japonais sont reconstitués, tout comme un hôtel capsules (petites alcôves de ruches) qui a fait des émules à Anvers en 2014 -, l'on découvre des pans de la culture japonaise: le jardin zen décoré d'un bonzaï (le tout également répliqué), les religions, le passé médiéval avec le shogunat et les samouraïs (des couteaux et sabres dont un grand katama décoré d'un dragon), les armures, masculines, féminines - le kimono, le maquillage, les estampes les dieux innombrables (8.000 dans le shintoïsme où les éléments naturels sont déifiés) dont Inari dieu du commerce par exemple, représenté par un renard. L'empereur aussi, dont Hirohito, 72 ans de règne, responsable des atrocités en Asie durant la guerre, ne fut pas inquiété par les vainqueurs américains, qui le conservèrent pour asseoir leur suzeraineté sur l'Archipel, et mourut dans son lit en 1989. Pays à l'identité forte, ce qui explique en partie le succès de l'expo (dans une Belgique qui souffre parfois ne pas en avoir), et d'un très grand racisme et qui a pourtant adopté l'écriture chinoise, la religion bouddhiste et la cuisine aussi bien de Chine que de Corée... Le rituel profane du thé est développé dans sa célébration et ses récipients comme l'art plus global de la céramique. L'art de la sculpture en fer, magnifié par une superbe statue de dragon trônant sur un globe de l'époque Meiji et venue du musée de Mariemont, grand pourvoyeur de pièces de l'expo, est détaillé comme celui ancien du théâtre Nô, revivifié également à la fin du 19e siècle. Autres arts traditionnels, l'origami qui au départ servait à décorer de façon simple les temples shintoïstes, celui de la calligraphie, de la peinture contemporaine (aucune estampe d'Hokusaï ou d'autres maîtres anciens, c'est dommage), du tatouage destiné d'abord aux prisonniers durant la même période Meiji, aux métiers subalternes comme les pompiers... et aux Yakuzas. La littérature, bien sûr Mishima, fait l'objet de quelques vitrines, tout comme les arts martiaux.... illustrés en vidéo, notamment de sumo. Les stylistes comme Yamamoto, le fait que les jeunes tokyoïtes (14 millions d'habitants pour une ville qui n'a remplacé Kyoto en tant que capitale qu'en 1868), s'habillent à la manière de super- héros (style désigné sous le terme "copsy") sont également évoqués. Toute la vie actuelle, les distributeurs alimentaires perfectionnés, les luna park, et bien sûr les mangas, les films d'animation japonais (Goldorak, Dragon Ball) et évidemment l'insubmersible Godzilla sont largement célébrés, ainsi que les jeux de consoles, anciennes ou nouvelles qu'elles soient Nintendo et Sega. Bref, un panorama assez complet du Japon et de l'image que l'on s'en fait ici, mais sans critique aucune de cette société à la fois aseptisée désormais, mais d'une violence contenue, ou 97% des jugés sont condamnés, qui reste fortement xénophobe, inégalitaire, et dont la démocratie est de l'épaisseur d'un paravent. Bref une expo sur le pays du Soleil Levant... mais sans en lever le voile...