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Et pourtant on lui doit bien de nous expliquer par une image simple les enjeux de transition énergétique et de justice sociale. La "théorie du donut" élaborée en 2012 par Kate Raworth, économiste travaillant au sein de l'ONG Oxfam dit en quelques mots ceci: le donut est divisé en trois parties, son trou, le donut lui-même et l'extérieur du donut. Dans le trou du donut se trouvent les pays qui n'atteignent pas le plancher social, c'est-à-dire que ceux-ci n'offrent pas le minimum de service à leur population: éducation, accès aux soins, accès à l'eau potable, équité du genre,... Il s'agit des pays dits non industrialisés (la plupart des pays d'Afrique, ea.). A contrario les pays industrialisés qui offrent ces services et ces conditions de vie de prospérité se retrouvent en dehors du donut. Ils dépassent le plafond environnemental, à savoir qu'ils dépensent les ressources environnementales raisonnables avec pour conséquence le réchauffement climatique, l'acidification des océans, la perte de biodiversité, la dégradation des ressources en eau, ... Et si on réfléchissait à cette théorie et son application aux soins de santé? Quel serait le trou du donut? Dans nos pratiques nous observons des patients qui sont en difficulté pour accéder à des soins en raison de situations socio-économiques, psychoaffectives ou de déficit en littératie en santé. Ils réalisent moins de dépistage, retardent les soins ou simplement ils ne consultent pas lors d'un problème de santé. À l'extérieur du donut se trouvent tous nos patients qui pratiquent des examens et des traitements totalement inutiles. Les raisons en sont multiples: anxiété, croyance magique dans la technique médicale, offre de soins disproportionnée par endroit, organisation des soins mal échelonnée, formation/compétence des médecins, ... Dans le donut se trouvent les situations qui permettent des soins appropriés, avec les ressources appropriées en terme de moyens techniques, humains et financiers. Prenons l'exemple du dépistage du cancer du col de l'utérus. Celui-ci n'est pratiqué que chez trop peu de femmes et à une fréquence excessive. Le plancher social n'est dès lors pas atteint chez certaines femmes, alors que d'autres utilisent des ressources inutiles pour leur santé. Kate Raworth parle de changer de logiciel pour permettre à chacun de vivre une vie digne sans dépasser nos limites planétaires. Les soins de santé ne sont pas exempts de revoir leur façon de travailler: proposer des soins de qualité à l'ensemble de la population, tout en veillant à ne pas dépasser les limites planétaires. Cette approche de "less is better" nous rappelle les enjeux de prévention quaternaire. N'oublions pas que celle-ci est bonne pour la santé!