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Conclusion du dernier article (lire jdM N°2750): l'incertain l'étant pour tout le monde, les dirigeants ne peuvent tout décider d'en haut sans risque d'erreur généralisée. D'où le besoin d'une grande liberté d'action pour les praticiens, seuls capables de voir certains problèmes et d'y réagir. Mais de quelle liberté parlons-nous? Tout chirurgien doit trouver le geste juste dans un champ opératoire parsemé d'embûches. Gare au coup de bistouri de trop! Aujourd'hui, des appareils améliorent considérablement la précision des gestes, au point de permettre d'opérer à distance, entre spécialistes aguerris, libres de tout dirigisme intempestif. Plus largement, au bloc opératoire et alentour, les libertés individuelles s'accordent harmonieusement ou s'étranglent pour le meilleur ou pour le pire de l'esprit d'équipe. Nombre de spécialistes interventionnels sauvent des vies grâce à des dispositifs sophistiqués de plus en plus nombreux, dont ils sont les mieux à même d'apprécier les avantages et les inconvénients à la condition expresse de neutraliser les influences néfastes des enjeux d'intérêts. En outre, la liberté d'action de l'un se heurte aux mises en garde expertes de nombreux autres. La liberté de choisir le meilleur matériel bute sur les désaccords entre membres du staff avant de devoir prendre en compte les exigences des autorités. Quant au choix d'un type de pratique, en solo, en réseau, en cabinet de groupe, en maison médicale ou en grande institution hospitalière, il est toujours assorti de conditions diversement appréciées selon des critères éminemment personnels. Cette brève évocation montre que dès le terrain, contraintes techniques et pressions organisationnelles s'articulent soit pour ouvrir des espaces de travail à des professionnels heureux de servir les malades, soit pour les broyer sous des surcharges administratives.Nous avons pris l'habitude d'entendre parler des activités médicales en termes de corpus de connaissances scientifiques et juridiques dépassant les individus. Pourtant, à bien regarder les choses, ce sont toujours des individus qui décident et agissent où qu'ils se trouvent dans l'édifice social. Les petits comme les grands n'ont que deux zones d'ancrage pour leurs bâtons de savoirs et de pouvoirs: les caractères et les talents, par nature individuels et les corpus de règles juridiques et de procédures techniques, par nature collectifs. Ancrage fragile dans les têtes pour les caractères, ancrage plus solide dans le réel extérieur pour les procédures techniques. Mais dans tous les cas, l'habileté des individus compte. À ce stade, deux propositions également insatisfaisantes traduisent les rapports entre praticiens et dirigeants. Des décisions prises d'en haut pour tout le monde, ça ne marche pas.La liberté en bas pour tout le monde, ça ne marche pas non plus. Mais alors, comment faire?