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Depuis 2013, en Flandre, dans le cadre du programme régional de dépistage du cancer, les femmes entre 25 et 64 bénéficient tous les trois ans d'un test de dépistage du cancer du col de l'utérus, gratuit pour la patiente. De son côté, la Wallonie a lancé un vaste programme-pilote de dépistage de la population sur trois ans, aux mêmes conditions.Ce dépistage repose sur la cytologie: le prélèvement d'un fragment de tissu du col de l'utérus pour détecter la présence de cellules anormales, (pré-)cancéreuses. En matière de dépistage du cancer du col de l'utérus, la Belgique fait figure de chef de file. Cette position, nous la devons à des années d'investissements et au développement de la méthode dite de "cytologie en milieu liquide" ou "cytologie en couche mince" qui, en combinaison avec l'intelligence artificielle (IA), donne des résultats d'une sensibilité et d'une spécificité d'au moins 90%. Ainsi, le cancer du col de l'utérus est presque devenu une maladie rare en Belgique, avec une incidence en baisse depuis une vingtaine d'années et une mortalité touchant quasi exclusivement des femmes non dépistées. Pourtant, le fédéral a décidé de changer de cap: à partir de 2024, nous passerons au test HPV en dépistage primaire pour les femmes de 30 à 65 ans. Avec cette décision, fondée sur un rapport obsolète du KCE sorti en 2015, la Belgique va à l'encontre de l'évidence croissante sur le cotesting comme méthode de dépistage la plus efficace. La plus grande étude rétrospective sur le dépistage du cancer du col de l'utérus, menée par Quest Diagnostics, a démontré que pas moins d'un cas de cancer du col de l'utérus sur cinq n'était pas détecté par le test HPV seul. L'ajout de l'examen cytologique permettait de détecter a posteriori 70% de ces cas "manqués". Le HPV ayant tendance à disparaître spontanément, on risque de passer à côté de cancers à des stades plus avancés, où le virus a disparu et n'est donc plus décelable. À l'inverse, des tests HPV positifs en raison d'une banale infection à papillomavirus, sans cellules anormales, peuvent être source de stress inutile et de traitements de suivi superflus, qui pèsent sur le budget de nos soins de santé. Passer au test HPV en dépistage primaire s'avère donc risqué et contreproductif, pour la santé des femmes et sur le budgétaire: si la part du budget fédéral requise par les laboratoires et pathologistes belges se limite aujourd'hui à 27 millions d'euros par an, le recours au test HPV en dépistage primaire porterait ce chiffre à plus de 40 millions. Avec le cotesting (actuel examen cytologique à haute performance + test HPV), on dispose d'une solution efficace et neutre sur le plan budgétaire, combinant le meilleur des deux méthodes. Les deux tests peuvent être réalisés simultanément, sans incidence logistique ou opérationnelle significative, mais avec la garantie d'une probabilité de détection maximale à un prix total comparable, voire inférieur dans certains cas. C'est ce que confirme une nouvelle étude "Health Economic Modeling" (étude HE) indépendante qui a étudié les coûts et bénéfices des deux méthodes et qui démontre qu'en Belgique: 1. Le cotesting permettrait de détecter plus de (pré-)cancers que le seul test HPV en dépistage primaire: 10.924 lésions précancéreuses CIN2+ et 8.199 lésions cancéreuses CIN3+ avec le cotesting, contre respectivement 8.573 et 6.597 avec le test HPV ; 2. Le cotesting aurait (...) un coût par (pré-)cancer détecté inférieur: en moyenne 5.381 euros, contre 7.650 euros avec le test HPV par lésion précancéreuse CIN2+, et 7.169 euros contre 9.942 euros par lésion cancéreuse CIN3+. En tant que spécialistes du terrain, nous appelons une nouvelle fois, et avec insistance, nos décideurs politiques à ne pas négliger ces arguments, mais à les prendre à coeur et à revenir sur leur décision. Dans l'intérêt de la santé des femmes et par extension de tous les Belges, qui méritent une utilisation efficace de nos ressources publiques, surtout dans le contexte budgétaire actuel. Une carte blanche de:Dr Romaric Croes, pathologiste à l'AZ Sint-Blasius et vice-président de la Belgian Society of PathologyPr Birgit Weynand, pathologiste à l'UZ Leuven et vice-présidente de la Belgian Society of PathologyPr Claire Bourgain, pathologiste à l'AZ Imelda et secrétaire de la Belgian Society of PathologyPr Shaira Sahebali, pathologiste à l'UZ Brussel et présidente du groupe de travail Cytologie de la Belgian Society of PathologyPr Jean-Christophe Noël, pathologiste à l'Hôpital ÉrasmePr Philippe Delvenne, pathologiste au CHU de Liège