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L'incontinence urinaire peut être une incontinence d'urgence ou "par impériosité", qui concerne un problème de vessie, ou une incontinence à l'effort, due à un problème de sphincter. Une troisième forme est une combinaison des deux précédentes, explique le Pr De Wachter. La plus fréquente après une prostatectomie radicale (PR) est l'incontinence à l'effort. Le patient peut alors perdre de l'urine lorsqu'il tousse, éternue, marche, court, etc. Après une radiothérapie (RT), Ce sont les problèmes de vessie, et donc l'incontinence d'urgence, qui prédominent. " Selon la définition de la perte d'urine, les chiffres de prévalence décrits dans la littérature diffèrent. Si nous prenons toutes les études dans leur ensemble, la prévalence de la perte d'urine un an après une PR se situe entre 4 et 30 %. Les études qui incluent la plus petite perte d'urine sont donc également prises en compte ici. Après un an, les problèmes (sans traitement) sont définitifs." Le risque d'incontinence à l'effort après une RT est nettement plus faible qu'après une PR. Le risque d'incontinence d'urgence est cependant trois à quatre fois plus élevé. La perte d'urine constitue un immense obstacle d'un point de vue psychosocial, pour la reprise du travail, mais aussi sur le plan sexuel. L'image de soi étant souvent fortement dégradée, il est fréquent que le patient s'isole et souffre de dépression. Même une perte d'urine légère peut avoir de lourdes conséquences. " De nombreux patients extravertis deviennent très introvertis. Nous remarquons que ces personnes s'épanouissent complètement lorsqu'elles reçoivent un traitement. " Une grande partie d'entre elles n'osent même pas en parler à leur médecin, considérant ce sujet comme tabou. " Certains collègues spécialistes n'abordent pas le sujet et ne donnent pas toutes les informations sur les traitements possibles. Cependant, le médecin se doit d'être particulièrement objectif, au moment du diagnostic, sur les traitements possibles et les complications à court et long termes. La Belgique a encore de grands progrès à faire dans ce domaine, car selon la personne à qui vous vous adressez, vous êtes parfois influencé. Dans notre service d'urologie, nous disposons désormais de deux infirmiers en oncologie prostatique, qui suivent le patient à partir du diagnostic. Ce sont des points de contact accessibles, auxquels les patients peuvent facilement faire part de leurs questions et problèmes. Le besoin en la matière est important. " La première option de traitement est une physiothérapie/kinésithérapie du plancher pelvien. " Idéalement, elle doit être entamée avant la PR, afin que le patient prenne conscience de son plancher pelvien. Il n'existe toutefois aucune étude démontrant un effet préventif mais l'incontinence disparaît plus rapidement. J'envoie toujours tous les patients chez le kinésithérapeute avant d'envisager d'autres options. " Pour l' incontinence d'urgence, il existe des inhibiteurs de la vessie. La catégorie la plus récente (β-3-mimétiques) présente peu d'effets indésirables, mais est nettement plus coûteuse (± 50 €/m). La catégorie plus ancienne (anticholinergiques) provoque des effets indésirables, mais il existe des produits blancs. En cas de traitement chirurgical après une PR ( incontinence à l'effort), le sphincter urinaire artificiel constitue la norme. " Un anneau en silicone est posé autour de l'urètre, tandis qu'un ballon est placé dans l'abdomen et une petite pompe dans le scrotum. Le patient doit presser cette pompe pour uriner. Le taux de réussite est d'environ 90 %, mais implique que le patient urine cinq à huit fois par jour, pour le reste de sa vie. La durée de vie moyenne du sphincter artificiel est de 12 à 15 ans ; et comme il s'agit d'une intervention complexe, seuls les grands centres la proposent. En outre, un bon suivi est important. En Belgique, l'intervention n'est remboursée (complètement) qu'après un an. Les patients qui souhaitent en bénéficier plus tôt doivent débourser environ 8000 €. Par ailleurs, le matériel d'incontinence n'est pas remboursé, ou seulement en partie." Les hommes qui souffrent de problèmes de sphincter et dont le pénis possède encore une longueur suffisante peuvent utiliser un étui pénien relié à une poche de recueil. "Personnellement, je trouve que ce n'est pas une bonne option à long terme pour les hommes en bonne condition, surtout s'ils peuvent opter pour un sphincter artificiel. La plupart des hommes n'aiment pas cette solution, car elle peut se détacher et provoquer des lésions cutanées. " Une autre option contre l'incontinence à l'effort est le " male sling ", une petite plaque en plastique posée sous l'urètre. " L'avantage est que la plaque s'intègre et que vous ne devez plus vous en soucier. Cette technique présente toutefois des inconvénients : elle peut provoquer une obstruction et n'est pas remboursée ; en outre, le taux de réussite est de 70 % après deux ans et de 50 % après cinq ans. Quelques conditions doivent également être remplies : les patients ne peuvent pas présenter d'incontinence nocturne, la perte d'urine doit être de moins de 300 g/24 h et l'urètre doit être mobile. Enfin, les ballonnets ProACT (" adjustable continence therapy ") représentent également une solution. Ils sont de taille ajustable et sont posés contre l'urètre. Vu leur coût d'environ 5000 € sans remboursement, ils sont peu utilisés chez nous. "