La révolution Promes

23/11/17 à 03:00 - Mise à jour à 15:43

Jusqu'à présent, les outils à disposition pour mener une vraie politique de santé, comme les estimations techniques de l'Inami, étaient plutôt macroéconomiques. On sait peu de choses des déterminants des dépenses. D'où l'intérêt du nouvel instrument de projection et de simulation des dépenses de l'assurance maladie, Promes (PROjecting MEdical Spending). Il se place au niveau microéconomique. Il tient compte de caractéristiques de patients et donc de variables explicatives au niveau des dépenses qui les concernent. On peut parler de révolution.

La révolution Promes

© © Zoonar/Wolfilser

La santé publique, rappelle Philippe Donnay, commissaire au Plan, c'est plus de 25 milliards d'euros en 2018, 16 % des dépenses de l'Etat, 8 % du PIB, 33 % de la sécu et plus d'emplois que l'industrie manufacturière... Il est donc normal que l'administration, à des fins de politiques de santé plus affinées, veille au grain.

Promes, le nouvel outil à disposition du Bureau du Plan et donc de l'Inami, permettra de calculer les déterminants de santé au niveau micro, tels l'âge, la démographie, les revenus, le fait d'être chômeur ou travailleur, le niveau de formation, le statut assurantiel, les habitudes de vie, l'alimentation, la densité de médecins disponibles. Promes s'attache dont non seulement aux dépenses de santé mais aussi aux déterminants de celles-ci.

éLorsqu'on examine la part des grandes catégories de dépenses dans l'assurance maladie en pourcentage, on observe des évolutions extrêmement différentes au cours du temps, fait observer Joanna Geerts du Bureau fédéral du plan. Par exemple, les 'autres honoraires médicaux' pesaient moins de 5 % des dépenses en 1980 et plus de 15 % en 2015. L'évolution est quasi inverse pour les consultations chez le MG. " Il est donc important d'avoir une vue sur les dépenses par rapport au type de patient, son genre, son origine sociale. Par groupe de patient et par caractéristique, on doit pouvoir s'attendre à certaines évolutions. "

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Promes prévoit par exemple qu'en 2022, les honoraires de consultation des spécialistes atteindront 120 (2016=100), les honoraires du MG 105, les hospitalisations 122.5, les médicaments vendus en officine, 115 et les soins infirmiers à domicile 135.

Age

Si on prend l'âge, par exemple, et qu'on fait une analyse par cohorte, on s'aperçoit que pour les 85-89 ans, on dépense 300 euros annuels en visites à domicile du MG pour seulement 50 euros de consultation. Pour les 20-25 ans, le coût des visites est évidemment proche de zéro.

Promes a donc été conçu pour réaliser des projections des dépenses à moyen terme, de manière globale et selon différents groupes de dépenses, y compris dans des scénarios alternatifs, pour tenir compte de l'influence variable de différents facteurs évolutifs selon le groupe de dépenses, afin de simuler l'impact de mesures spécifiquement axées sur certains groupes de dépenses, réaliser des projections des dépenses et élaborer des études d'impact pour des sous-groupes de la population. Pour le moment, toutefois, les habitudes de vie, les revenus et la situation professionnelle ne sont pas encore intégrés dans le modèle.

Les modèles comportementaux relient le recours aux soins à des caractéristiques individuelles pertinentes. Promes travaille sur le moyen terme. Les exemples donnés s'arrêtent à 2022. Rien n'empêche d'aller bien au-delà (c'est le cas pour les pensions, bien sûr) mais ce n'est pas forcément pertinent.

Joanna Geerts donne l'exemple de 3 patients individuels suivis par Promes. Une dame âgée d'Anvers, un jeune homme d'Arlon de 35 ans et un adolescent bruxellois. Leur consommation de soins est évidemment radicalement différente. La probabilité de faire venir un MG en visite est respectivement de 0.158, 0.005 et 0.006. Celle d'être hospitalisé est de 0.0214, 0.0109 et 0.0103...

Photographie

Promes n'est toutefois pas totalement dynamique. C'est une photographie qui ne tient pas compte des épisodes de soins. " La modélisation est réalisée sur base mensuelle et la consommation de soins et l'état de santé au cours de la période précédente servent de variables explicatives. Ils sont estimés sur la base de données couvrant plusieurs années, ce qui permet de dégager des tendances dans la consommation de soins. " La plupart des variables explicatives exogènes projetées par le modèle s'appuient toutes, elles, sur un modèle de microsimulation dynamique.

Dans la consommation de médicaments, par exemple, il est tenu compte des variables explicatives et aussi de la pathologie du groupe étudié. L'état de santé est en effet un déterminant essentiel de la consommation de soins. " L'échantillon n'inclut pas des données de morbidité propres mais un indicateur de maladies chroniques et d'invalidité est construit sur base de maladies courantes comme le diabète, la BPCO/asthme, etc. "

Le système s'appuie sur un échantillon permanent de citoyens-patients d'environ 300.000 personnes en fonction des pathologies. Un " patient " de moins de 65 ans sur 40 est représenté dans l'échantillon, et un patient de plus de 65 ans sur 20.

Un exemple ? Promes prévoit par exemple qu'en 2022, les honoraires de consultation des spécialistes atteindront 120 (2016=100), les honoraires du MG 105, les hospitalisations 122.5, les médicaments vendus en officine, 115 et les soins infirmiers à domicile 135.

Promes analyse essentiellement les données 2010-2015 et a pour but de faire des projections et des simulations de politiques de soins. Il pourra par exemple dire que " sur base des estimations, le coût de la reconduction automatique du DMG sera de 20 millions en 2017-2018 ".

On espère donc que ce modèle évitera à l'avenir une politique de santé brutale et des économies linéaires aveugles. Maggie De Block, qui a introduit la séance, était tout chose.

Dans la consommation de médicaments, il est tenu compte des variables explicatives et aussi de la pathologie du groupe étudié. L'état de santé est un déterminant essentiel de la consommation de soins.

Dans la consommation de médicaments, il est tenu compte des variables explicatives et aussi de la pathologie du groupe étudié. L'état de santé est un déterminant essentiel de la consommation de soins. © Belga Image