Michel Mahaux
Michel Mahaux
Economiste, ancien directeur général adjoint de santhea
Opinion

02/11/17 à 16:05 - Mise à jour à 16:13

Inégalité devant les files d'attente

Il est bien entendu que le lecteur qui verrait dans l'histoire ci-dessous un compte-rendu, fût-il partiel, d'une situation rélle se tromperait lourdement.

Inégalité devant les files d'attente

© BELGAIMAGE

Dirk, fraichement pensionné, est de plus en plus incommodé par 2 vilaines varices à la jambe droite.

Son médecin généraliste, à qui il les a montrées lui conseille de prendre rendez-vous avec un médecin spécialiste dont il lui donne les références. Sans tarder, Dirk appelle le service de chirurgie vasculaire de l'hôpital au sein duquel travaille le spécialiste dont son médecin généraliste lui a dit le plus grand bien. Dirk a en effet hâte de se voir proposer un traitement pour les varices dont l'évolution l'inquiète et qui provoquent des douleurs qui deviennent vraiment handicapantes.

Avec un peu de patience, Dirk, qui a pu apprécier la courtoisie et le professionnalisme un peu lassant du robot d'identification des appels téléphoniques, finit, après avoir eu le temps d'apprendre par coeur l'air de la musique d'attente, par être mis en communication avec le secrétariat du service chargé de lui fixer un rendez-vous qui lui précise d'emblée que, vu le succès du docteur Ernest, le premier rendez-vous disponible est en septembre. Précisons que nous sommes le 18 mars.

Un peu surpris, Dirk a le réflexe habituel de tout patient dans sa situation, et demande s'il n'y a vraiment aucune possibilité d'obtenir un rendez-vous plus tôt. "A l'hôpital, non ! Mais le docteur Ernest reçoit également en privé et je pourrais, en faisant un gros effort, vous intercaller début avril." Dirk, dont les modestes revenus l'obligent à calculer ses dépenses au plus juste, se souvient qu'une précédente consultation privée chez un urologue lui avait coûté 150 euros et prend la précaution de se renseigner sur les tarifs pratiqués par le docteur Ernest dans sa pratique privée.

"Je ne peux pas vous dire exactrement mais, il est évident que le docteur Ernest vous demandra de vous acquitter d'un supplément d'honoraires!"

Chat échaudé craint l'eau froide

Dirk, bien qu'inquiet et impatient de connaître le diagnostic, opte pour la raison et accepte le rendez-vous de septembre à l'hôpital. Celui-ci se passe plutôt bien et le contact avec le docteur Ernest est bon. Dirk se soumet, à l'hôpital, à l'ensemble des examens nécessaires au diagnostic du spécialiste qui conclut à la nécessité d'opérer.

Evoquant l'opération et les modalités de celle-ci, le docteur Ernest demande à Dirk s'il bénéficie d'une assurance. Dirk lui répond que ses petits moyens ne le lui permettent pas mais qu'il s'accomodera volontiers, pour son court séjour à l'hôpital, d'une chambre à 2 lits lui garantissant un coût raisonnable pour sa prise en charge.

Dirk constate immédiatement l'air ennuyé du docteur Ernest qui examine son planning d'activité d'un air embarassé et qui après quelques secondes de réflexion, annonce à Dirk qu'il peut se charger de son opération au plus tôt dans 4 mois mais que, compte-tenu de l'évolution des varices, il lui conseille d'essayer de trouver un confrère moins surchargé dans une autre institution hospitalière, qui serait prêt à l'opérer dans de meilleurs délais; le docteur Ernest transmettra bien évidemment l'intégralité du dossier de Dirk au confrère que Dirk choisira !

Le lendemain, Jacques, cadre dans une société lui assurant une bonne couverture hospitalisation, aprenait, à l'issue de sa consultation avec le docteur Ernest qu'il serait opéré sous huitaine.

Heureusement, ceci n'est qu'une fiction. Grâce à une gestion efficace et courageuse des soins de santé, la médecine à deux vitesses n'existe pas en Belgique.

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