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A La Haye, la Mauritshuis, musée sis dans un palais d'un style classique hollandais du 17e siècle (ayant appartenu à un général hollandais victorieux durant la guerre contre les Espagnols), accueille des collections fantastiques, du Siècle d'Or hollandais notamment, dont trois Vermeer, y compris la sublime Jeune fille à la perle.Mais à côté de cela, il met en valeur, dans le cadre de l'année Rembrandt, les onze Van Rijn authentifiés qu'il possède. Authentifier, car fin 19e, on en recensait 600 en tout: des études de plus en plus poussées, la technologie aidant, en ont réduit le nombre à un peu plus de la moitié. Parmi elles, l'un des premiers Rembrandt de l'époque de Leyde où l'on sent encore l'influence de son maître (Jacob Van Swanenburgh): le tableau s'intitule Siméon et l'Enfant Jésus au Temple. D'un style classique, l'on voit déjà chez l'artiste ce sens du moment du drame, du tragique, avec cette lumière, ce spot éclairant le vieux Siméon tenant l'Enfant Jésus. Idem dans ses nus : le premier, Andromède, montre la jeune femme attachée dans la crainte de l'arrivée imminente du monstre, tandis que Suzanne qui se couvre et dont le regard accuse le spectateur de voyeurisme se veut à l'époque une vision hérétique... picturalement.A ces oeuvres de jeunesses, succède la fameuse Leçon d'anatomie du Docteur Tulp, dans laquelle Rembrandt innove une fois encore, puisqu'aucun des personnages ne regarde vers la "caméra" du peintre. Une commande qui lui ouvrira les portes de la célébrité, puisque le fameux docteur se révèle un notable important d'Amsterdam, au point d'en devenir bourgmestre.Trois portraits et deux toiles étrangesA côté, trois portraits dont un homme avec chapeau de plume, un autoportrait dont l'attribution à Rembrandt reste sujet à caution, ainsi qu'un Homme qui rit, exquise petite toile.En 1663, soit six ans avant sa mort, Rembrandt le rebelle peint un Homère quasi impressionniste, non loin d'un autoportrait datant de quelque mois avant sa disparition : l'oeil du peintre s'y fait mélancolique, voire désabusé, face aux drames familiaux et financiers dont il a été victime ; la peinture se fait épaisse, son regard est à la fois défiant et triste. Un autoportrait peu flatteur: l'image du portrait d'un vieil homme en 1669, l'année de sa mort. Deux toiles étranges enfin: Saul et David, qui constitue deux tableaux en un; à gauche, le roi oriental pleure dans le rideau qu'il tient dans un style plus assuré tandis qu'à droite Saul joue de la lyre, une scène décrite de manière plus diffuse. L'autre peinture consiste en une étude de deux Africains qui rappellent celles de Rubens, lesquels ne décrivaient que leurs têtes.Ses élèvesAux côtés de ces onze toiles, l'expo propose également celles de ses élèves comme Gerrit Dou ou de Arent De Gelder.À la vue des peintures de van Rijn, dont un portrait qu'on n'ose lui attribuer, on se demande quel symbolique trouver quant à la profusion des " selfies " dans l'oeuvre de Rembrandt, au nombre de 40 ans au total ; narcissisme, carpe diem, voire vanités introspectives ? Peut-être n'en forment-t-ils qu'une seule, tout au long de son existence...InfosRembrandt à la Mauritshuis, jusqu'au 15 septembre, Plein 29 à La Haye. Renseignements : 00 31 70 302 34 35 mauritshuis.nl ouvert le lundi de 13 à 18H, du mardi au dimanche de 10 à 18H, le jeudi jusque 20H.