23/01/19 à 11:59 - Mise à jour à 11:59

Nobel de médecine 2018: du banc d'essai au patient

... ou comment le système immunitaire peut être exploité pour attaquer les cellules tumorales et conduire à un traitement par un inhibiteur des points de contrôle immunitaire.

Nobel de médecine 2018: du banc d'essai au patient

© isopix

James P. Allison, Ph.D., du MD Anderson Cancer Center de Houston (Université du Texas), et Tasuku Honjo, MD, Ph.D. de l'Université de Kyoto au Japon, se sont partagé ce prix prestigieux. Pionniers s'il en est, ces deux lauréats ont été à l'origine de l'immunothérapie contre le cancer.

Dans les années 1990, dans son laboratoire de l'Université de Californie à Berkeley, Allison était l'un des nombreux scientifiques à avoir découvert que la protéine CTLA-4 était un frein aux cellules T. D'autres équipes de recherche ont exploité le mécanisme pour traiter une maladie auto-immune. Mais Allison voyait déjà plus loin. Ayant développé un anticorps qui se lie à CTLA-4 et bloque sa fonction, il a commencé à rechercher si ce blocage pourrait désengager le frein des lymphocytes T et libérer le système immunitaire pour attaquer les cellules cancéreuses. L'équipe d'Allison a réalisé les premières expériences fin 1994 et les résultats ont été spectaculaires. Les souris atteintes d'un cancer ont été guéries avec un agent anti-CTLA-4. Plusieurs groupes ont rapidement obtenu des résultats cliniques prometteurs. En 2010, un essai clinique clé a montré des effets remarquables chez les patients atteints de mélanome à un stade avancé.

En 1992, Honjo a découvert la protéine de la mort cellulaire programmée 1 (PD-1), une autre protéine exprimée à la surface des cellules T. Dans une série d'expériences, Honjo a montré que la PD-1 (comme le CTLA-4) fonctionnait également comme un frein à cellules T, mais par un mécanisme différent. En 2012, une étude pivot a démontré une efficacité évidente dans le traitement de patients atteints de différents types de cancer. Les résultats, ici encore, ont été impressionnants, conduisant à une rémission à long terme et parfois à une guérison chez des patients atteints d'un cancer métastatique.

Les travaux d'avant-garde d'Allison et Honjo sur la thérapie des inhibiteurs des points de contrôle immunitaire a conduit au développement de plusieurs médicaments, dont l'ipilimumab (Yervoy®), le premier inhibiteur de point de contrôle, ainsi que le nivolumab (Opdivo®) et le pembrolizumab (Keytruda®), inhibiteurs de PD-1.

En 2013, l'immunologie du cancer a été "élue" percée de l'année en médecine par les éditeurs de Science.