Le cancer du col de l'utérus pourrait être éradiqué en associant la vaccination contre le HPV et le dépistage des lésions précancéreuses et cancéreuses au niveau du col de l'utérus. Le professeur Franco Borruto du Centre Hospitalier Princesse Grace (Monaco) pointe du doigt les données françaises qui montrent que plus de trois quarts des cas diagnostiqués de cancer invasif s'observent chez des jeunes femmes dès 25 ans et jusqu'à 64 ans. Pourtant, il existe encore de fortes réticences à l'égard du vaccin contre le papillomavirus humain (HPV). Les Nations Unies (ONU) sont même alarmées par la stagnation du taux de vaccination de base dans le monde. Pour se débarrasser à la fois du virus, et de là du cancer, il faudrait vacciner une grande partie de la population. C'est loin d'être le cas avec un taux de vaccination d'environ 20 % en France. Pr Borruto : "C'est d'autant plus nécessaire que cette infection sexuellement transmissible est la plus répandue dans le monde et que la contamination s'effectue par contact entre peau et muqueuses. Il faut aussi noter que 90 % des infections ne sont plus détectables après deux ans, d'où l'importance de la prévention par le dépistage et la vaccination." À titre d'exemple de bonne pratique, Borruto mentionne l'Ecosse où un taux de vaccination élevé a pu être obtenu, lequel a entraîné une réduction des lésions précancéreuses. La vaccination anti-HPV en Écosse a débuté en 2008 et l'immunisation couvre aujourd'hui 85 % de la population cible des jeunes de 12-13 ans et 65 % des 13-18 ans. Les femmes vaccinées nées en 1995 et 1996 présentent déjà une diminution de 89 % des cas de lésions précancéreuses.

Le Dr David Vasquez-Awad de Colombie a présenté un cas illustrant la pire pratique dans ce domaine : une forte réduction du taux de vaccination à la suite d'une forme d'hystérie collective. En Colombie, depuis 2002, le vaccin contre le HPV fait partie du plan national de vaccination, ce qui signifie qu'il est disponible gratuitement. Au début, la couverture nationale était très élevée. En 2012, l'administration de la première dose atteignait 97,9 %, alors qu'en 2018, elle était redescendue à 28,9 %. Dr Vasquez-Awad : "La principale raison de cette baisse marquée des taux de vaccination est due à un épisode survenu en 2014 à Carmen de Bolívar, une petite ville proche de de la côte de la Mer des Caraïbes. Un nombre important de jeunes filles et d'adolescentes ont dû consulter pour des symptômes soi-disant liés au vaccin anti-HPV. La plupart de ces mineures se plaignaient de maux de tête, de symptômes respiratoires et présentaient des mouvements anormaux qui ne correspondaient cependant pas à des crises de type épileptique. "La cause de cette poussée de symptômes reste inconnue à ce jour, mais une commission soutenue par le ministère de la Santé, l'Institut national de cancérologie et les sociétés colombiennes de gynécologie, d'infectiologie, de pédiatrie et d'oncologie, ainsi que l'Organisation panaméricaine de la santé et le directeur médical chargé des cas survenus au sein de la municipalité, ont conclu que les troubles observés n'étaient aucunement liés à la vaccination anti-HPV car les jeunes filles ayant développé ces symptômes n'avaient pas toutes été vaccinées. Selon le Dr Vasquez-Awad, "la réduction drastique du taux de vaccination trouve son origine dans la mauvaise gestion de l'information par le personnel de santé impliqué dans l'affaire, par les agences gouvernementales, par l'industrie pharmaceutique qui produit le vaccin et, surtout, par les médias qui diffusent les nouvelles de manière irresponsable. Et enfin, bien entendu, par les groupements se qualifiant de "mouvements antivaccin" qui ont profité de cette affaire pour répandre leurs théories."

Source : Symposium "Vaccine for cervical cancer prevention" lors du Congrès de la Société Européenne de Gynécologie (ESG), 18 octobre, Vienne