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Le point de départ remonte à 2009. Cette année-là, un Américain âgé de 24 ans se rend aux urgences. Il souffre de dysphagie, une sensation de gêne ou de blocage ressentie au moment du passage des aliments dans l'oesophage, d'odynophagie, une douleur pharyngée lors de la déglutition, ainsi que de fièvre et de frissons. Réalisée au Medical College of Wisconsin à Milwaukee, une IRM révèle une infection de son oesophage sur cinq centimètres de long. Pas question cependant de songer à une reconstruction avec d'autres parties du tube digestif (estomac ou côlon), comme le prévoit la procédure habituelle. L'état du patient, paralysé suite à un accident de voiture cinq ans plus tôt, l'ampleur de l'infection, potentiellement mortelle, et la longueur trop importante du morceau d'oesophage atteint ne le permettent pas. Les médecins proposent alors au jeune homme une opération qui s'apparente à une solution de la dernière chance : placer sur la partie retirée de l'oesophage un stent en métal, de 18 mm de diamètre et 120 mm de long, auto-extensible, sur lequel repose de la peau provenant d'un donneur, le tout par endoscopie, c'est-à-dire en passant par la bouche. Sur la peau greffée est inséré du plasma sanguin du patient, riche en facteurs de croissance afin de stimuler la cicatrisation du tissu et sa régénération. Jusqu'alors, cette technique totalement innovante n'avait été expérimentée que sur l'animal. Trois mois après l'opération, le stent aurait dû être retiré mais, parce qu'il craignait un affaissement de son tube oesophagien, le patient a refusé l'intervention. Celle-ci a finalement eu lieu trois ans et demi plus tard, et les médecins ont pu confirmer la reconstitution complète de la muqueuse oesophagienne, sans sténose ni fuites, et observer la présence conforme de cinq strates sur la paroi de l'oesophage au niveau de la zone greffée. Le jeune homme avait par ailleurs retrouvé sa capacité de déglutition, même lorsqu'il était penché à 45°, il s'alimentait normalement et possédait une masse corporelle correcte. Et cela fait maintenant sept années que la reconstruction tient. L'organe est toujours fonctionnel, le patient se porte bien, et il a retrouvé une vie normale. " Notre approche est intéressante parce que nous avons utilisé des produits disponibles, qui ont déjà été approuvés pour l'utilisation sur l'Homme, et qui ne nécessitent pas de technologie particulièrement complexe au niveau des tissus. ", se réjouit le Pr Kulwinder Dua, qui a dirigé la procédure. Toutefois, le stent n'ayant pas été retiré à la date prévue, mais trois ans plus tard, il est difficile de déterminer la durée de la reconstruction de l'organe. Il faudra encore du temps, des études cliniques sur l'Homme et une évaluation rigoureuse chez l'animal pour utiliser cette procédure de façon routinière.