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L'homme est connu pour sa zwanze, dirait-on à Bruxelles. Sa maladie ? "Ce n'est pas à cause de la boxe. C'est à cause de tous les autographes que j'ai signés." Malgré tout, celui que l'on dénomme Mohammed Ali depuis ses 22 ans a bien contracté la maladie de Parkinson précocement à cause de sa pratique sportive, et même, plus précisément, à cause de son style de boxe."Il y a deux types de boxeurs : les stylistes, et les encaisseurs", explique le docteur Jean-Michel Crielaard, professeur en médecine physique et réadaptation fonctionnelle à l'Université de Liège. "Les études ont pu mettre à jour, au fur et à mesure des années, des vérités chez ce second type de boxeurs : il y a plus de troubles parkinsoniens, de troubles cognitifs (mémoire, intellect) et, dans une moindre mesure, plus de syndromes cérébelleux (ensemble de signes et de symptômes caractéristiques d'une atteinte plus ou moins grave du cervelet, ndlr).""Vole comme le papillon, pique comme l'abeille, et vas-y cogne mon gars, cogne." C'était l'une des maximes du boxeur poète. Et cela lui allait comme un gant, tant sa boxe était virevoletante. The Champ avait un style hors du commun pour les poids lourds. Sa défense ? Les bras ballants le long du corps ! Il faisait plutôt confiance à ses réflexes et son allonge pour contrer ses opposants. Le revers de la médaille, c'est que le plus grand boxeur de tous les temps s'exposait aux coups.C'était sa tactique lors de l'indescriptible Rumble in the Jungle , ce combat face à Joe Frazier. Un véritable bulldozer qui gagnait presque tous ses combats par K.O. (40 en 43 rencontres, à l'époque). Le 30 octobre 1974, face aux 80.000 Zaïrois massés au Stade du 20 mai, Ali encaisse. "Ali, bo maye ! (Ali, tue-le !, ndlr)" crie la foule, acquise à la cause du pugiliste. Frazier, épuisé de frapper contre un mur, s'effondre au 8ième round, par K.O., de ce qui est certainement le match de boxe le plus célèbre de l'histoire.En 1984, les médecins lui diagnostiquent la maladie de parkinson. "Il [Dieu] m'a donné la maladie de Parkinson pour me montrer que je n'étais qu'un homme comme les autres, que j'avais des faiblesses, comme tout le monde. C'est tout ce que je suis : un homme."Sur le plan médical, le style de boxe d'Ali explique-t-il ses troubles parkinsoniens ? C'est en tout cas un déterminant à prendre en compte. Mais il faut ajouter à cela d'autres facteurs. D'abord la longévité de sa carrière. Il a 42 ans en 1984, et sa fille a récemment reconnu qu'il était déjà malade à l'aube des années 80, lors de ses derniers combats. Ensuite, l'enchainement parfois intense des matchs. C'est le cas entre 1971 et 1974, alors qu'Ali désire revenir au plus haut niveau après une suspension purgée pour avoir pris position lors de la guerre du Vietnam. "Ma conscience ne me laissera pas aller tuer mes frères ou de pauvres gens affamés dans la boue pour la grande et puissante Amérique", annonce le grand boxeur en 1966, alors au sommet de son art. "Les tuer pourquoi ? Ils ne m'ont jamais appelé nègre, ils ne m'ont jamais lynché. Comment pourrais-je tuer ces pauvres gens ? Mettez-moi en prison !"Cet enchaînement intense provoque des lésions chez la plupart des boxeurs. " Lorsque l'on prend la majorité des boxeurs, tout du moins ceux ayant fait une carrière complète professionnelle, on remarque des troubles cérébraux et une augmentation d'atrophies cérébrales", confie le Dr Crielaard.De nombreux facteurs entrent donc en jeu : la longueur de la carrière (12 ans, audelà le risque se précise), l'âge avancé du boxeur (30-32 ans), ou encore l'enchainement des K.O. qui peut provoquer ce que l'on appelle un syndrome de second impact (SSI). Le SSI consiste à recevoir un second impact à la tête lorsque l'on souffre déjà d'une commotion cérébrale. Ce second impact peut être encore plus dévastateur, pouvant causer des lésions cérébrales. On songe notamment aux encéphalopathies traumatiques chroniques, résultat des nombreuses commotions subies au cours d'une carrière.À ce titre, ali se vantait de recevoir des coups à l'entrainement. Dans son livre K.O., le dossier qui dérange 1, le neurologue français JeanFrançois Chermann explique, à propos d'ali, qu' "à la fin de ses entraînements, il baissait sa garde et demandait à son sparring-partner de lui mettre des coups à la tête pour montrer qu'il était le plus fort. Il y a un lien entre sa maladie et ce genre de pratiques.""Un peu pour le show", tempère Jean-Michel Crielaard. "Même à l'entrainement, l'accélération des coups provoque des lésions cérébrales, comme des oedèmes cérébraux. Il ne me semble pas envisageable qu'Ali ressortait de ses entrainements avec de tels symptômes.""La boxe est un sport extrêmement exigeant mais il est également très complet", assure le chef du service de médecine de l'appareil locomoteur du CHU de Liège, un service qu'il a créé dans les années 90. "Il faut à la fois une base d'endurance pour la récupération, une bonne résistante pour enchaîner les rounds, de la vitesse, de la puissance et de la technique."Pourtant, ce beau sport a aussi ses revers, avec notamment, l'influence de l'argent et celle des managers. On se rappellera de Don King, promoteur à la réputation sulfureuse - tout comme sa chevelure - qui a d'ailleurs organisé la rencontre entre Ali et Frazier à Kinshasa. Mais en Belgique également, la situation est difficile. "J'ai été médecin de rencontre deux, trois fois dans ma carrière", raconte le Dr Crielaard, à trois mois de la retraite. "Je me suis dit que je ne ferais jamais plus ça ! Les combats déséquilibrés où l'on voit l'un des deux athlètes se faire rosser, c'est insupportable. Sans compter les managers qui, de leur côté, ne voient évidemment pas la santé de leur poulain." À savoir qu'un médecin de rencontre a la possibilité d'arrêter un match sur saignement notamment, ou lorsque la santé du boxeur est en péril.1. KO, le dossier qui dérange, 2010, Stock Plus de citations de Mohammed Ali : http://www.lemonde.fr/sports-decombat/article/2016/06/04/les-citations-les-plus-memorables-de-mohamed-ali-le-boxeur-poete--4935194-- 1616664.html