La cigarette électronique a fait son apparition sur le marché américain en 2003, mais n'a été commercialisée dans nos contrées que quelques années plus tard. Le vapotage, présenté comme une alternative moins nocive, voire saine, aux produits du tabac traditionnels, est rapidement devenu très populaire. Toutefois, les utilisateurs ne se sont pas demandé à quel point cette solution était vraiment moins nocive. Il aura fallu attendre l'année dernière pour que paraissent les premières études montrant que le liquide utilisé pour la production de la vapeur (une solution de propylène glycol et de glycérine végétale) se décomposait, après avoir été chauffé, en aldéhydes et autres substances toxiques.

Outre la nicotine, plusieurs arômes artificiels sont généralement ajoutés au liquide. Il suffit d'imaginer un goût pour qu'il apparaisse sur le marché. Parmi les dernières nouveautés, citons les arômes tic-tac, donut, bretzel et ours en gomme. L'étude récente accuse également ces exhausteurs de goûts de produire des aldéhydes nocifs.

Florilège d'aldéhydes

Plusieurs de ces exhausteurs de goût se composent d'aldéhydes aux liaisons insaturées. Les essais en laboratoire avaient déjà montré que ces aldéhydes se décomposaient en petits aldéhydes toxiques comme le formaldéhyde carcinogène, l'acroléine irritante pour la peau et l'acétaldéhyde, nocive non seulement au niveau cutané, mais aussi pulmonaire, ainsi que d'autres petits aldéhydes. Pour quantifier ces substances, les scientifiques du Desert Research Institute (DRI) américain ont analysé à la fois les e-liquides sans goût et avec exhausteurs de goût de trois grandes marques de cigarettes électroniques.

Aucune des substances aromatiques ne contenaient du formaldéhyde, de l'acroléine ou d'acétaldéhyde avant utilisation, mais ces aldéhydes nocifs étaient pourtant anormalement présents dans la vapeur après chauffage du liquide. Ce qui prouve que ces substances toxiques ne sont pas nées de l'évaporation, mais bien de la décomposition chimique des composantes des e-liquides. En outre, du glyoxal, du propanal et du benzaldéhyde ont également été trouvés. Les chercheurs ont aussi constaté de grands écarts de concentration de chaque aldéhyde formé, en fonction de l'arôme artificiel ajouté. Certains exhausteurs de goût sont donc plus nocifs que d'autres. Par ailleurs, ce sont surtout les arômes artificiels qui sont responsables de la formation d'aldéhydes nocifs, beaucoup plus que le propylène glycol et la glycérine végétale à la base des e-liquides, bien que des aldéhydes aient aussi été trouvés après avoir chauffé des e-liquides sans exhausteur de goût.

E-alerte

Les chiffres en disent long et montrent que les cigarettes électroniques avec un système de résistance double (clearomiseur à double bobinage) produisent, en fonction de l'arôme utilisé, des concentrations de formaldéhyde 190 à 270 fois supérieures aux normes autorisées sur le lieu de travail (le Threshold Limit Values Ceiling ou TLV-C). Même chose pour l'acroléine, aux concentrations 11 à 24 fois supérieures au plafond légal. Les autres types de cigarettes électroniques exposent également les utilisateurs à des doses dangereuses de ces aldéhydes. Ainsi, le cartomiseur à simple bobinage produit 2 à 13 fois plus de formaldéhyde que le TLV-C et pas d'acroléine, alors que le clearomiseur à simple bobinage produit 2,99 à 66 fois trop de formaldéhyde et 1,5 à 6 fois plus d'acroléine que le TLV-C. Ces valeurs excessives provoqueront probablement des problèmes de santé, alors qu'il serait facile d'y remédier. Etant donné que l'émission d'aldéhydes toxiques augmente exponentiellement plus on utilise d'arômes artificiels dans l'e-liquide, il suffirait de limiter ce dernier à un facteur 4 pour descendre sous les limites fixées en matière d'acroléine, comme le montrent le travail des chercheurs américains. Avec une perte de goût à la clé certes, mais les arômes de bonbons, de fruits ou de fleurs ne constituent-ils pas des plaisirs superflus pour remplacer l'expérience réelle ? Une dégustation virtuelle qui a clairement un coût.

Les jeunes expérimentent davantage avec l'e-cigarette

Différents goûts existent pour les cigarettes électroniques avec ou sans nicotine, avec une production d'aldéhydes toxiques à la clé. De nombreux jeunes belges de 15 à 24 ans testent ces e-cigarettes dans l'idée que celles-ci sont moins nocives que le tabac.

Des scientifiques de plusieurs pays enquêtent sur le tabagisme chez les jeunes et expriment leur inquiétude quant à la cigarette électronique. Ils indiquent qu'une utilisation précoce peut entraîner une accoutumance future à la nicotine. En outre, cela favoriserait le passage aux produits du tabac.

Le Conseil supérieur de la santé reconnaît la gravité du problème, mais se montre prudent, en l'absence de preuves suffisantes de lien direct entre utilisation de la cigarette électronique et tabagisme chez les jeunes. L'attrait pour l'expérimentation augmente vraisemblablement chez les fumeurs et une partie des non-fumeurs, comme l'indique, entre autres, une enquête de la Fondation contre le cancer. Néanmoins, les données actuelles ne permettent pas de démontrer que les non-fumeurs deviennent des utilisateurs réguliers de la cigarette électronique. Dans l'attente de nouvelles données, le CSS écarte aussi pour l'instant l'idée que l'e-cigarette constituerait un tremplin vers le tabac.

Nouvelle législation

Le nouvel AR qui régira prochainement la sécurité et la qualité des e-cigarettes avec nicotine, prévoit la possibilité pour les autorités de tester les produits quand un doute plane à leur propos.

Il est néanmoins étrange que ce nouvel AR offre une plus large marge de manoeuvre en matière de vente, arguant que la cigarette électronique constitue un moyen efficace d'arrêter de fumer. D'où l'idée de faciliter l'accès à l'e-cigarette en ne limitant pas la vente aux seules pharmacies. C'est probablement sans compter les jeunes.