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La pilule "pour les hommes" est-elle en train de voir le jour ? En tous cas, on s'en rapproche, si l'on en croit les premiers tests effectués par des chercheurs de l'Université de Washington.Actuellement, seuls les préservatifs et la vasectomie constituent un moyen de contraception sûr pour les hommes, sans que cela n'affecte leurs hormones. Dernièrement, des chercheurs ont toutefois démontré sur des macaques mâles que l'injection d'un composé baptisé EP055 permet de ralentir la mobilité globale du sperme sans affecter les hormones des sujets testés et sans qu'aucun d'eux ne soient victimes d'effets secondaires. (1) Naturellement éliminé par le corps environ deux semaines après l'injection via une perfusion intraveineuse, l'EP055 a toutefois des effets réversibles.La solution viendra peut-être de la DMAU (diméthandrolone undécanoate), une molécule ayant à la fois une activité androgène et une activité progestative comme la pilule féminine. (2) Jusqu'ici les autres traitements oraux testés n'étaient pas satisfaisants. Ils augmentaient le risque d'inflammation du foie. Par ailleurs, l'organisme les éliminaient trop vite, ce qui obligeait à prendre deux comprimés par jour. Développée par les Instituts américains de santé, la DMAU au contraire contient un acide gras qui ralentit cette élimination. Elle doit cependant être prise en même temps qu'un repas pour garantir son efficacité, et ce quotidiennement.Un essai a été mené sur 100 hommes américains en bonne santé, âgés de 18 à 50 ans, dont 83 ont été suivis jusqu'à la fin l'étude. Ces derniers ont été répartis en trois groupes et chaque groupe a testé un dosage différent de la molécule - 100, 200 ou 400 mg - ainsi que deux formulations différentes à l'intérieur des capsules (huile de ricin et poudre).À la dose la plus haute de 400 mg, les participants ont montré une suppression marquée du niveau de testostérone et deux autres hormones nécessaires à la spermatogenèse. Et contrairement aux résultats d'autres essais plus anciens, les hommes n'ont pas rapporté d'effets indésirables majeurs, certains individus ayant toutefois pris du poids, et le HDL, le bon cholestérol, ayant parfois diminué dans certains cas.Des analyses de sang réalisées au bout de 28 jours ont révélé que les participants n'étaient plus en mesure de procréer. "Ces résultats prometteurs sont sans précédent dans le développement d'un prototype de pilule masculine," a commenté Stephanie Page, professeure de médecine à l'Université de Washington et co-auteure de l'étude présentée lors du congrès annuel de l'Endocrine Society. "Beaucoup d'hommes disent qu'ils préfèrent un comprimé à prendre quotidiennement comme contraceptif réversible, plutôt que les injections à action prolongée ou des gels topiques, qui sont également en développement." Reste à savoir si cette pilule convaincra les autorités sanitaires. Des études à plus long terme sont en cours afin de prouver que la DMAU bloque bien la production des spermatozoïdes.(références : (1) PLOS ONE, 19 avril 2018, doi : 10.1371/journal.pone.0195953,(2) Endocrine Society, press release, 18 mars 2018)