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C'est à la pointe de la Bretagne, à Roscoff, alors qu'il travaillait sur des protéines kinases extraites d'oeufs d'étoiles de mer qu'un chercheur du CNRS, Laurent Meijer, a trouvé la roscovitine et en a découvert les bienfaits. Nous étions en 1995.Cette molécule est ce qu'on appelle un inhibiteur de protéines kinases, qui s'érige ainsi en protectrice de l'activité cellulaire. Les kinases sont en effet responsables de la régulation des divisions cellulaires mais lorsqu'elles sont impliquées dans une pathologie, elles deviennent anormalement actives, le cycle cellulaire s'emballe et les cellules peuvent devenir cancéreuses.Après sa découverte, grâce aux progrès techniques, Meijer a réussi à synthétiser la molécule en laboratoire. Dans la foulée, il a déposé un brevet et créé la start-up ManRos Therapeutics en 2007. Depuis lors, la roscovitine a fait l'objet de multiples études précliniques mais aussi cliniques dans le monde, auprès de 500 personnes, notamment pour vérifier son efficacité en tant qu'anticancéreux.De façon inattendue, les différents travaux conduit sur la molécule ont révélé ses vertus antibactériennes et anti-inflammatoires. De précieux atouts pour lutter contre la mucoviscidose. En boostant le système immunitaire des patients, la roscovitine pourrait en effet aider l'organisme à lutter contre les infections récurrentes dont sont victimes les malades.En avril dernier, un essai clinique multicentrique de phase II a été lancé pour évaluer la tolérance et les effets secondaires et bénéfiques de la roscovitine chez des patients atteints de la mucoviscidose, porteurs à minima de la mutation génétique F508del-CFTR, la plus fréquemment observée et infectés chroniquement par la bactérie Pseudomonas aeruginosa.Cet essai impliquera à terme neuf hôpitaux français et inclura 36 patients, répartis par groupes de 12. Pratiqué en double aveugle et contrôlé par placebo, il permettra de tester trois doses. La fin des tests pour le premier groupe est prévue à la fin de l'année 2016. Les autres groupes devraient prendre le relais en janvier 2017, avec des doses plus élevées. Si les résultats sont encourageants, une deuxième étude plus vaste devrait être menée dans toute l'Europe et aux Etats-Unis, avec un plus grand nombre de patients (210) et pour une durée plus grande.L'effet escompté du candidat médicament auprès des malades est double : d'une part un effet anti-inflammatoire, alors que la mucoviscidose affecte principalement les voies respiratoires et le système digestif. Par ailleurs, un effet anti-bactérien, sachant que les infections des poumons par différentes populations de bactéries représentent la cause majeure de mortalité. Mieux encore, étant donné qu'elle stimule la lutte naturelle contre les bactéries et qu'elle n'agit donc pas de manière directe sur celles-ci, la roscovitine ne devrait donc pas induire de résistance aux antibiotiques. En outre, comme elle ne s'attaque pas à une bactérie précise, c'est un spectre étendu de bactéries qui pourraient être touchées, et dès lors des infections multiples qui pourraient être traitées. Enfin, elle serait capable de "corriger" la principale mutation responsable de la mucoviscidose et aurait un effet analgésique.De quoi mieux comprendre pourquoi l'espoir est grand, tant auprès des patients, de leurs proches, que des médecins ...