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On parle régulièrement du Pr Patrice Cani (chercheur FNRS/Welbio) et des travaux qu'il mène avec son équipe du Louvain Drug Research Institute de l'UCLouvain sur les facteurs de risque cardiovasculaire en lien avec le microbiote. La nouvelle étude que cette équipe vient de publier dans Nature Medicine le 1er juillet dernier est porteuse d'espoir.Mais revenons à la source de cette découverte: "La fonction barrière de l'intestin est une clé importante parce qu'elle empêche les toxines bactériennes de passer dans le sang. Cependant, en cas de perméabilité intestinale ou 'leaky gut syndrome', elles traversent cette barrière et provoquent une inflammation de bas grade, un facteur de risque associé à l'obésité, au diabète, aux maladies cardiovasculaires et au cancer", explique-t-il.Dans la vie quotidienne, on est soumis au stress, à la sédentarité, à une alimentation déséquilibrée... "Toutes ces situations sont connues pour modifier le microbiote intestinal et surtout pour favoriser le passage de certaines toxines qui vont être associées au risque de développer un foie gras, des maladies cardiovasculaires... A l'inverse, si on améliore cette fonction barrière, on peut améliorer ces facteurs."En 2007, le Pr Cani et son équipe étudient chez l'animal de laboratoire la composition du microbiote intestinal et observent qu'une bactérie, Akkermansia muciniphila, qui avait été isolée pour la première fois en 2004 par le Pr Willem de Vos (UWageningen), est moins présente chez les souris obèses.Entre 2007 et 2018, cette bactérie a fait l'objet de plusieurs publications montrant notamment qu'on retrouve moins de A. muciniphila chez les personnes qui ont une inflammation de l'intestin, du surpoids, de l'obésité, du diabète, ainsi qu'au cours du vieillissement et dans certains cancers.L'équipe du Pr Cani s'est alors posé la question de savoir s'il était possible de modifier le décours de ces maladies en administrant A. muciniphila. Des tests ont été réalisés chez l'animal et puis chez l'homme. Mais, pour pouvoir la tester chez l'humain, il a fallu franchir de nombreuses aux étapes dont certaines se sont soldées par des découvertes inattendues. Pour commencer, la production d'Akkermansia se fait sur un milieu contenant des dérivés animaux (mucus de porc), ce qui limite la possibilité de l'administrer chez l'humain. Par ailleurs, cette bactérie est sensible à l'oxygène et meurt si elle y est exposée trop longtemps. Dès lors, est-ce que la pasteurisation (30 minutes à 70°) permet de conserver son efficacité?"En 2017", poursuit-il, "les essais dans les modèles animaux nous ont montré que la bactérie vivante permettait de limiter le gain de poids corporel (-20%), de masse grasse (-30%), de diminuer le LDL cholestérol (-10%) et le pré-diabète, et qu'elle renforçait la barrière intestinale. Mais, nous avons été surpris de voir que la pasteurisation augmentait son efficacité: elle avait plus d'impact sur le gain de poids corporel (-60%) et les autres facteurs de risque (-60% masse grasse et -10% LDL cho)."Dans le cadre de Microbes4U, l'équipe de Patrice Cani a conduit, en collaboration avec les Cliniques universitaires Saint-Luc, la première étude de supplémentation avec A. muciniphila chez 45 volontaires (18-70 ans), en surpoids ou obèses (BMI?25), présentant trois ou plusieurs facteurs associés au syndrome métabolique et en risque de pré-diabète de type 2 (sensibilité à l'insuline ?75%). Ils ont été répartis en trois groupes (placebo, bactérie vivante, bactérie pasteurisée) et devaient prendre Akkermansia sous forme de complément nutritionnel, tous les jours pendant trois mois. La bactérie s'est montrée sûre, bien tolérée, et la compliance a été bonne dans les trois groupes.Pour Patrice Cani, les résultats sont sans équivoques: "Les tests chez l'humain confirment ce qui avait déjà été observé chez la souris. L'ingestion de la bactérie pasteurisée empêche la détérioration de l'état de santé des sujets (pré-diabète, risques cardio-vasculaires): elle limite l'augmentation de la résistance à l'insuline (-30%), de l'insulinémie (-34%), du cholestérol total (-8,6%) et la tendance est similaire pour le cholestérol LDL et les triglycérides". "Mieux", ajoute-t-il, "on a observé une baisse des marqueurs d'inflammation du foie (GGT/AST) (-20% à -25%), et seule la bactérie pasteurisée a cet effet, ce qui est probablement la signature d'une meilleure barrière intestinale.""Enfin, même si ce n'était pas statistiquement significatif, il y a une légère diminution du poids corporel des sujets prenant la bactérie pasteurisée (-2,3 kg en moyenne), du tour de hanche (-2,63 cm) et du tour de taille (-1,56 cm). A l'inverse, les paramètres métaboliques (résistance à l'insuline ou hypercholestérolémie) des sujets sous placebo ont continué de s'altérer au cours du temps."La prochaine étape devrait se faire sur un plus grand groupe de sujets et sur une plus longue période, et le Pr Cani espère qu'il s'agira d'une étude multicentrique. Mais il souligne d'ores et déjà que cette approche ne sera utile que s'il y a une prise en charge nutritionnelle correcte à la base. Le premier traitement des troubles cardiométaboliques étant un régime équilibré et un niveau suffisant d'activité physique...Martine VersonnePour toute question sur Akkermansia muciniphila : akkermansia@uclouvain.be