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En 2017, le Collège universitaire de médecine intégrative et complémentaire (Cumic) a été créé à la demande du ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche en France. Ce collège regroupe des universitaires médecins, dentistes, sages-femmes, psychologues, kinésithérapeutes impliqués dans l'enseignement, la recherche et/ou l'activité clinique portant sur les thérapies complémentaires et leur intégration aux soins conventionnels appelée "médecine intégrative". Cette création répond aux demandes conjointes de l'Académie nationale de médecine et de la Conférence des doyens de médecine en France qui soutiennent un enseignement critique sur l'intérêt et les risques des thérapies complémentaires et appellent à la structuration de départements de médecine intégrative dans les facultés de médecine. (...) Depuis sa création, le Cumic a rédigé une question sur ce que sont les thérapies complémentaires et la médecine intégrative, et à titre d'exemple, sur l'intérêt et les risques de quatre thérapies complémentaires dans le cadre des questions obligatoires dans la formation de 2e cycle des étudiants de médecine en France. Il a aussi établi des critères qualité pour garantir la qualité et la rigueur scientifique des formations postuniversitaires portant sur des thérapies complémentaires. Enfin, un projet de surspécialisation en médecine intégrative est en construction dont l'objectif sera de former de futurs cliniciens capables de créer ou coordonner des services de médecine intégrative et/ou des réseaux ambulatoires de médecine interactive. Cette structuration en France poursuit au moins trois objectifs. Premièrement, elle vise à garantir un accès sécurisé des patients qui le souhaitent à certaines thérapies complémentaires (c'est-à-dire en complément des soins conventionnels) dans le cadre de programmes de soins balisés et accompagnés par une évaluation. (...) Si certaines de ces pratiques sont réservées aux professions médicales en France (acupuncture, homéopathie, ostéopathie médicale), d'autres sont exercées par une grande diversité de praticiens notamment non professionnels de santé dont la formation et l'éthique sont parfois peu lisibles. Certains usages de ces thérapies peuvent ainsi présenter un risque de dérive thérapeutique. Si les pouvoirs publics semblent actuellement privilégier des actions politiques de sensibilisation (en luttant contre la désinformation) voire d'interdiction, le Cumic propose surtout de s'inspirer du modèle qui a fait ses preuves en addictologie: celui de la réduction des risques et des dommages. La création de parcours de soins intégratifs apparaît ici comme une solution pertinente pour réduire les risques et dommages de certaines pratiques et d'améliorer la qualité des soins. Le second objectif concerne les professionnels de santé qui ont la possibilité d'être formés à des pratiques de soins non conventionnelles. Plusieurs études qualitatives menées auprès d'infirmiers ont montré que la possibilité d'exercer une de ses pratiques leur permet d'améliorer la qualité de leur relation aux patients et de retrouver un sens à leur fonction de soignant. (...) Un troisième objectif plus ambitieux rejoint le modèle développé en Suisse à la demande de la population qui s'est exprimée dans une votation en 2009 en faveur d'un accès sécurisé aux thérapies complémentaires. Il porte sur une réglementation des praticiens de santé non professionnels de santé, dont l'exercice devrait être conditionné à une formation encadrée par l'État comprenant des bases médicales suffisantes. L'objectif de cette formation serait principalement de réduire les usages à risques de ces pratiques liés au manque de formation de ces praticiens. Notons que ces derniers se développent notamment en France dans les déserts médicaux, devenant ainsi les premiers professionnels pour entrer dans les soins... (...)