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F rank Vandenbroucke reconnaît que la pandémie a accaparé son énergie depuis le début de son mandat et qu'il n'a pas pu avancer comme il l'aurait voulu dans la réforme du secteur hospitalier. Le ministre des Affaires sociales et de la Santé publique a tout de même l'intention de présenter une feuille de route concrète avant la fin de l'année, base sur laquelle il espère entamer des discussions constructives avec le secteur et les autres parties prenantes. "La dynamique d'un changement de paradigme dans les soins de santé en général, et dans le secteur hospitalier en particulier, est présente. La crise du coronavirus n'a fait que renforcer ce constat.""La réforme hospitalière doit conduire à plus de simplicité, de stabilité, d'équité et d'efficacité. Elle doit responsabiliser les acteurs et aboutir à un financement stable. Elle doit être conçue pour obtenir le meilleur résultat diagnostique et thérapeutique au meilleur coût. Elle doit contenir des incitations qui encouragent l'optimisation des traitements. Elle doit encourager les soins intégrés et la coopération, et garantir des soins abordables et sûrs pour le patient", a résumé Frank Vandenbroucke face à l'assistance composée principalement de dirigeants et de cadres du secteur hospitalier. Le ministre a identifié quatre chantiers importants pour atteindre les objectifs: "Tout d'abord, le financement actuel, double et imbriqué, des médecins et des hôpitaux doit être revu en profondeur. Les travaux en cours sur la révision de la nomenclature servent de guide à cet égard. Ils doivent aboutir à une nomenclature modernisée et objective, qui corrige les différences déraisonnables de revenus entre médecins et qui permette de séparer objectivement la partie professionnelle et les frais de fonctionnement. Je suis convaincu que cela réduira la pression sur la surconsommation d'une part, et d'autre part que cela peut, et même doit, jeter les bases d'un modèle renouvelé de coopération entre médecins et hôpitaux. Un modèle de collaboration axé sur les besoins des patients, l'organisation des soins et la qualité des soins, plutôt que sur les discussions financières. Deuxièmement, nous devons mener des réformes parallèles au niveau du budget des moyens financiers (BMF). Lors de mon précédent mandat en tant que ministre des Affaires sociales, j'ai fondamentalement revu le modèle de financement en introduisant les "journées d'hospitalisation justifiées" comme paramètre intervenant dans le calcul d'une partie du BMF. Il s'agissait d'un pas important vers un financement basé sur les besoins plutôt que sur l'offre. Mais ce travail n'est bien sûr pas terminé. Nous devons évoluer vers un financement transparent de la pathologie par admission sur base de coûts justifiés."Le ministre compte accorder une attention particulière aux hospitalisations de jour. "Les hôpitaux doivent être encouragés à privilégier l'hospitalisation de jour lorsque cela est possible, en tenant compte de la qualité des soins et du statut social du patient. Dans le cadre du budget 2022, neuf millions d'euros ont été mis à disposition à cet égard, ce qui constitue un signal important."Un troisième axe de réforme est la coopération entre les hôpitaux, mais aussi entre les hôpitaux et les soins primaires. "Cette coopération doit être approfondie et intensifiée. Dans l'état actuel des choses, tous les réseaux hospitaliers de notre pays seront reconnus par les régions d'ici le printemps 2022."Et d'annoncer qu'il compte envoyer prochainement un avis au Conseil supérieur des établissements hospitaliers avec une proposition concrète concernant les tâches de soins loco- et suprarégionaux. "Que doit faire chaque réseau hospitalier? Et que ne doit pas faire chaque réseau hospitalier? Que peut faire chaque hôpital d'un réseau? Que peut ne pas faire au moins un hôpital d'un réseau? Cette répartition des tâches n'est pas évidente étant donné l'hétérogénéité des réseaux hospitaliers. Il existe des réseaux hospitaliers regroupant deux hôpitaux et des réseaux hospitaliers de huit hôpitaux. Des réseaux desservent une population d'un peu moins de 400.000 habitants et d'autres une population d'un million d'habitants. Cela ne facilite pas la mise en place d'une politique cohérente en matière de coopération et d'accords de mission au sein des réseaux. Je le regrette, mais c'est ainsi et nous devons maintenant construire sur cette base."Le ministre est convaincu qu'il faut utiliser d'autres instruments pour stimuler la répartition des tâches et les réseaux hospitaliers. Il a cité plusieurs leviers: la standardisation, la programmation ou le financement. Pour choisir les tâches suprarégionales, le ministre compte être guidé par des arguments scientifiques et les objectifs de santé publique et pas par l'intérêt individuel des hôpitaux et des médecins. Le quatrième axe de la réforme est l'accessibilité des soins. "C'est un domaine prioritaire pour moi. Le dernier baromètre hospitalier de l'Agence intermutualiste montre qu'en 2019, un total de 1,38 milliard d'euros a été facturé aux patients lors de séjours hospitaliers aigus. Un peu moins de la moitié de ce montant est constituée de suppléments d'honoraires, et ceux-ci augmentent plus vite que les remboursements année après année. Cette évolution n'est pas conforme à ma vision d'un accès solidaire aux soins pour tous. J'ai l'intention de mettre un terme à cette évolution, puis de supprimer progressivement les suppléments d'honoraires. Je cherche à savoir si des mécanismes de compensation sont possibles et comment éviter que la suppression progressive des suppléments dans le secteur hospitalier n'entraîne un transfert non souhaité vers le secteur ambulatoire ou la "médecine "des villas". Cela ne peut et ne doit pas être l'intention."Il est essentiel pour le secteur hospitalier de pouvoir compter sur du personnel bien formé et assez nombreux. Actuellement de nombreux hôpitaux cherchent désespérément à recruter des infirmières. Le ministre a rappelé que depuis le début de cette législature, un milliard d'euros a été débloqué pour augmenter le personnel en leur offrant de bonnes conditions de travail . "Le fonds Blouses blanches permet d'avoir plus de personnel auprès des patients. Il prévoit une augmentation moyenne d'un équivalent temps plein supplémentaire par unité de soins ou par fonction hospitalière. Il s'agit d'un grand pas en avant pour rejoindre la moyenne européenne en termes de nombre de patients par infirmière. Il s'agit d'une étape importante pour contrer le sous-financement du BMF. Dont le montant est passé de 8,27 milliards d'euros en 2019 à 9,472 milliards d'euros en 2021."