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Le journal du Médecin : Lequel des deux est Black et l'autre Mortimer ? Hubert Védrine : Ni l'un ni l'autre Laurent Védrine : On devrait pouvoir changer de casquette régulièrement, j'ai un goût pour l'archéologie, l'espionnage et l'action... Tout dépend du contexte. Olrik vous réunit-il politiquement ? L.V. : Je crois. Il a cette grande qualité, à savoir sa souplesse d'esprit. Il rencontre tout type d'idéologie. Et nous avons cela en commun : parfois nous partageons les mêmes sentiments politiques, parfois pas. Mais finalement, ce n'est pas ce qui compte. Olrik nous réunit dans sa manière d'être mobile dans la société, et ne pas être attaché à une identité. Je me reconnais dans sa façon d'être libre, et même un peu libertaire. H.V. : Je ne crois pas qu'il puisse y avoir une synthèse politique à travers Olrik. Simplement avec des parcours et des sensibilités différentes, nous nous retrouvons dans la curiosité quant au personnage, ce qu'il représente. Et en effet le point de croisement, c'est la liberté. Mais il ne s'agit sûrement pas d'adhérer à son programme politique. Votre prochain livre se penchera sur Zorglub ou Rastapopoulos ? H.V. : Nous n'avons plus de projet en commun. L.V. : Ce livre n'ouvre pas toute une série de révélations sur les personnages de bédé. Nous n'avons aucune preuve que Zorglub, Astérix ou Obélix ont existé. Il s'agit d'un exercice très spécifique. H.V. : Certains réagissent à propos d'Olrik, nous accusant d'avoir oublié des détails : il y a de quoi faire une édition augmentée. L.V. : Il pourrait y avoir les Olrik Papers, à l'instar des Panama... (sourires) Olrik serait-il le Zelig du mal ? H.V. : Oui. L.V. : Disons qu'il est surtout opportuniste. Il mange à tous les râteliers politiques ou économiques. Il a une capacité de travestissement. H.V. : Au départ, il est animé par la rage de s'en sortir du déclassement de sa famille, et ensuite il devient opportuniste. L.V. : Quelqu'un qui s'est beaucoup ennuyé dans sa jeunesse, ayant grandi sur une île où il ne se passe rien. Il préfère faire du trafic d'antiquités à Hong-Kong plutôt que dans une banlieue d'Angoulême. Vous évoquez Romain Gary à qui il ressemble un peu, mais il évoque aussi la figure d'Errol Flynn ? L.V. : C'est vrai... il y a aussi Mosley, le fasciste anglais, et Henri Quittelier. Leurs faciès ont inspiré Jacobs. H.V. : Quant à Gary, il y a un autre lien que nous aurions pu développer : celui de la mère. Mère juive qui est aussi originaire d'un pays balte, comme celle d'Olrik, et qui énonce depuis son trou à rat " mon fils sera un grand écrivain et diplomate français". On pense aussi à la vie de Jésus.On en parle sans traces historiques ?L.V. : Des sources apocryphes H.V. : Flavius Joseph ! L.V. : Disons que comme pour la vie de Jésus, il y a des faisceaux d'indices, mais pas de preuves archéologiques. Lorsque Mitterrand imagine la pyramide du Louvre, pensez-vous à Hubert Védrine et à la Grande pyramide de Black et Mortimer ?H.V. : (sourires) J'aimerais le dire... ce serait drôle : mais ce n'est pas lui qui a eu l'idée de la pyramide, mais Peï à la demande de Paul Guimard. L.V. : A plusieurs reprises, tu as fait le lien entre Mitterrand et les pharaons... H.V. : Oui. Lors d'une séance de signatures d'un de mes livres, un type sort une photographie du pharaon Sétih Ier qui ressemble furieusement au Mitterrand de la fin. La momie se trouve au musée du Caire. Il me dit "vous êtes au courant" ? Je réponds oui, pour sous-entendre que c'est une réincarnation. " Que fait-on" me dit-il ? Je lui rétorque " N e dites rien, vous serez prévenu en temps utile. " Donc, Mitterrand pharaon ? Évidemment ! (rires) Pourtant, je n'ai jamais vu Olrik à l'Élysée, et Dieu sait si l'on y croise des personnages plutôt limites... Vous étiez chef de la diplomatie en tant que ministre des Affaires étrangères : ce n'est pas très ligne claire... H.V. : C'est assez carré au contraire : le public confond diplomatie et formules alambiquées. C'est beaucoup plus direct que ce qu'on croit. Votre livre dit beaucoup des fake news... L.V. : Nous laissons entendre qu'il vaut mieux se faire sa propre opinion en se nourrissant de sources variées et fiables. Nous engageons le lecteur à avoir l'esprit critique. Nous sommes dans un interstice entre le vrai et le faux H.V. : D'ailleurs, certains ont pris cela pour une enquête farfelue, d'autres pour un travail brillantissime ; et enfin, certains se situent entre les deux. L.V. : On trouve dans ce livre un certain nombre de clins d'oeil à des lecteurs avertis de l'oeuvre de Jacobs. Dans les adresses, noms et situations. Il y a donc une double lecture. Y aurait-il de l'hyperpuissance terme dont vous êtes un peu l'inventeur, Hubert Védrine, dans Black et Mortimer ? H.V. : Non, d'autant que Jacobs zappe les États-Unis, au profit du Royaume-Uni. Mais, l'on n'en trouve pas dans Black et Mortimer, puisque le dictateur tibeto-mongol échoue dans Le Secret de l'Espadon. Il existe seulement des puissances, au milieu desquelles Olrik navigue.