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Ce que l'on a dénommé la seconde École de Paris, est composée de six peintres amis qui ont traversé le 20e siècle : ils ont pour noms Jean Bazaine, Roger Bissière, Elvire Jan, Jean Le Moal, Alfred Manessier et le Belge Alfred Singier, né à Warneton. Un sextet qui eut le malheur de percer après la guerre, moment où le centre pictural mondial passe de Paris à New York, les marchands et critiques négligeant leur art autant aventureux que de valeur, entre représentation du monde et une voie plus abstraite appelée non-figurative.Peu à peu, ils abandonnent les formes pour la transcription de forces qu'ils commencent à percevoir dans une nature agitée de mouvements successifs et de transformations incessantes.Chronologique, l'exposition replonge dans la genèse du " mouvement ", marqué par Cézanne au niveau du sens de la composition, de Monet (présent avec un Leicester square peu connu, magnifique, virant à l'abstraction), lorsque ce dernier abandonne la figuration et opte pour la liberté à l'image d'un Bonnard (une Plage à marée basse peu irradiante) ou d'un Georges Rouault (un épais Paysage biblique). Bissière signe une Nature morte aux poires qui relève presque du tachisme en ses débuts tandis que Manessier et sa Jeune fille au chat très colorée en 1942, s'en réfère clairement à la période cubiste de Picasso.Une autre influence sur le sextette est sans aucun doute le fauvisme, et celle de Matisse qui initie chez eux une lecture musicale de la peinture. L'impression procurée est celle de peintures vitraux (Singier : L'enfant matinal) ou les silhouettes s'estompent peu à peu dans un style chatoyant et chaud chez Manessier (Jeune fille), dans des tons plus passés chez Le Moal et Elvire Jan : là où le premier joue du choc des contrastes, Manessier parie sur le voisinage des tons, Bissière se montrant plus irisé dans les Noces d'argent.Le trio Bissière, Manessier, Singier, se tournent ensuite vers une peinture faite d'éléments géométriques (trapèzes, etc..) ou organiques (flèches, fleurs ou galets) : Manessier décrit en ces formes une marée basse, Singier un intérieur flamand en tons gris et noirs piquetés de quelques taches de couleurs.Dans les années 50 Bazaine, Le Moal et Elvire Jan visent à casser cette grille vitrail devenue trop statique, par le mouvement qui devient parfois venteux chez Jan ( composition) ou fait déborder la couleur des cases comme dans Colline et printemps en 1956, signé Le Moal une fois encore.À ce moment, seul le titre peut encore parfois laisser deviner l'objet de la composition comme dans La garrigue de Le Moal, ou Le matin dans les bois de Bazaine. L'abstraction y est complète, souvent colorée, et ponctuée de mouvements.Bissière, Bazaine, Manessier et Le Moal, sans doute le plus productif et l'un des plus convaincants, optent ensuite pour une thématique organique, terreuse dont Les terres brûlées, rougeâtres, dures et robustes, oeuvre de ce dernier, sont sans doute l'un des plus beaux exemples. Manessier se montre forcément plus fluide avec son torrent ; Bazaine est à nouveau tachiste dans sa composition intitulée Saint-Guénolé où il séjourne. Le Moal encore, avec Ruissellement d'eau, assume dans ces tons et sa lumière la filiation avec le Monet des Nymphéas, qu'il reproduit comme ces derniers dans le reflet de la lumière sur la surface liquide et ses mouvements.Bissière lui la recherche dans une vision plus grillagée (Lumière du matin).Bazaine dans les années 70 - et au même âge -cherche à traverser la lumière dans des compositions dépouillées : des Chants de l'aube où le chatoiement de la lumière est le seul sujet... lumineux. Elvire Jan fait de même, mais en appliquant une couleur plus épaisse, dans des compositions dès lors moins aériennes. Singier cherche lui aussi la lumière, mais dans la couleur unique orangée et simplifiée d'un " Provence-Collines III" par exemple.Enfin Manessier avec ses passions alterne le noir de la croix sur fond mauve, rouge ou jaune avant de décorer de vitraux la chapelle d'Hem toute proche et à visiter.Une belle découverte que cette exposition, consacrée à cette école audacieuse d'avant-garde et injustement oubliée, et que La Piscine replonge dans un véritable bain de jouvence...