1. L'antivax

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Le plus populaire, bien qu'il semble perdre en intensité, est celui découlant des mouvements anti-vaccination. Les théories du grand complot n'ont pas manqué d'alimenter généreusement les réseaux sociaux ces derniers mois. D'histoires relativement réalistes aux théories les plus farfelues, elles ont fini par ébranler la conviction de certains citoyens qui peinent à croire au vaccin en y voyant, au mieux, une opération lucrative des multinationales pharmaceutiques et, au pire, un moyen d'instaurer une société orwellienne de surveillance de masse. Aussi, pour répondre à certaines craintes et interrogations légitimes, toute stratégie vaccinale efficace devrait, d'ores et déjà, prévoir un point de contact central, permettant aux personnes désireuses de s'informer objectivement, d'obtenir une oreille attentive. Un second obstacle est incontestablement la gestion logistique future qui va nécessairement se complexifier avec l'arrivée de nouveaux vaccins et un élargissement progressif des bénéficiaires. Tant que l'approvisionnement reste faible, elle est parfaitement gérable. Une limitation à un ou deux fournisseurs et une priorisation, isolant des groupes cibles évidents comme les personnes à risque résidentes en maisons de repos ou le personnel soignant, permet de tester des circuits logistiques relativement faciles. Qu'en sera-t-il avec l'augmentation des doses de vaccins disponibles permettant une accélération du rythme des campagnes? La question logistique se posera alors tout autrement, avec des errances inévitables auxquelles nos gouvernants devront répondre avec efficacité. Ici encore, l'anticipation est un exercice essentiel, notamment en termes de personnel habilité à administrer le vaccin, d'acheminement des doses de vaccins vers des personnes isolées ou résidantes dans des zones de déserts médicaux et de politique d'entreposage et d'expédition. Un troisième obstacle prévisible est l'impatience de la population à retrouver une vie sociale normale. Avec un nombre de vaccinés qui va aller en augmentant, l'appétit d'un retour rapide à la normale et la tentation de vouloir relâcher les gestes barrières sont à anticiper avec efficience. N'est-il pas indispensable de rappeler, dès maintenant, que si le vaccin a montré une certaine efficacité pour protéger la personne vaccinée contre la maladie et ses formes les plus sévères, il est manifestement trop tôt pour déterminer la portée exacte de la protection en termes de durée et de transmissibilité. Cette réalité est peut-être bien intégrée par le monde intellectuel et scientifique, mais pour une grande partie de la population, il reste difficile d'admettre que, la couverture vaccinale augmentant, les gestes barrières et les restrictions aux libertés individuelles resteront en vigueur le temps d'un recul nécessaire pour mesurer l'efficacité réel de vaccins développés dans l'urgence. Les canaux de communication insuffisamment utilisés jusqu'à maintenant pourraient servir pour encourager un citoyen fatigué sur cette dernière ligne droite dont, notamment, l'information scolaire ou la communication en entreprise. Un dernier obstacle, et non des moindres, est le besoin de la population et du monde soignant de comprendre comment nos gouvernants ont eu autant de mal à gérer l'épidémie. Nombreuses ont été les critiques de certains secteurs et des citoyens face à des politiques perçues comme chaotiques et dont les conséquences sont difficilement dissimulables. En se rapprochant de la ligne d'arrivée, les revendications portant sur ce qui aurait pu être mieux organisé, mieux planifié et mieux géré vont nécessairement augmenter, accentuant la pression sur des gouvernants, qui vont avoir à affronter une crise sociale dont on mesure encore difficilement la portée. Le gouvernement devra répondre à ces interpellations tout en assurant de nouveaux soutiens financiers d'ordre individuel et professionnel pour préserver un minimum la paix sociale. Il devra aussi assumer les conséquences sanitaires indirectes de la pandémie, résultant d'un report de soins, d'une fatigue sur la santé mentale et d'une aggravation de la pauvreté de la population, le tout sur fond d'un système de soins de santé particulièrement affaibli. Malgré ces obstacles, l'arrivée du vaccin a néanmoins le mérite d'offrir l'espoir mondial d'une fin de pandémie dont il faut espérer qu'elle ait permis de prendre conscience des bons et des mauvais acquis depuis la dernière grande épidémie ayant fait 25 millions de morts.