...

Après plus de 20 ans de rénovation, le Muséum des Sciences Naturelles de Bruxelles semble avoir achevé sa mue: de chenille informe, le voilà devenu magnifique papillon, mais promis à un avenir durable, autant que le développement qu'il semble également embrasser. Fini donc les vitrines aux animaux "taxidermés" que les plus nostalgiques regretteront sans doute: reste tout de même les animaux empaillés, lesquels décorent les salles aériennes des nouvelles galeries "Planète vivante": elles sont plusieurs centaines d'espèces à être ainsi représentées, d'abord dans une immense salle d'un blanc immaculé post déluge (qui tranche avec le souvenir des couloirs sombres que les dioramas venaient anciennement illuminer): un premier espace au plafond en forme de coque de bateau retourné et en effet aux allures d'Arche de Noé, et peuplé d'espèces choisies parmi les 1.800 000 connues (sans compter toutes celles qui restent à découvrir, plus d'un million apparemment). Certaines sont mises en exergue, qu'il s'agisse du jaguar, du corail "cerveau de Neptune", du caracal, du tamanoir, du pygargue, du lycaon, du mandrill ou bien sûr de la spectaculaire girafe. Au travers de bornes, de jeux physiques, de bornes tactiles, cette nouvelle aile, située à côté de la Galerie de... l'évolution, présente, dans une même cohérence avec les autres parties du musée, un aspect aérien et translucide identique, tout en se référant au passé de l'institution, vieille de 250 ans (dans ce cas-ci, en récupérant les spécimens "taxidermés"). Démontrant la diversité d'une même famille d'espèces, les poules d'abord, celle des ours ensuite - dans laquelle le polaire carnivore paraît bien éloigné du panda végétarien, cette nouvelle "branche" du muséum explique comment dans la classification zoologique et l'arbre de la vie des animaux aussi différents que le corbeau et le crocodile, la baleine et le sanglier se révèlent en effet plus proche qu'on ne le croit. A l'instar du phoque, qui a plus en commun avec l'ours qu'avec le béluga... D'une clarté limpide et remarquable, la vulgarisation scientifique devenant une sorte d'art - non seulement d'un point de vue esthétique, le parcours, décoré d'écrans géants reflétant les différents biotopes qu'il illustre, donne a voir des paysages et animaux de montagnes (marmottes, aigle royal, bouquetin...) forêts ("30% des terres immergées, cerfs, lynx...), toundra (boeuf musqué, glouton...), déserts (20% des terres immergées, chameau, fennec, gerboise...), océans (71% de la surface du globe, dauphin, pieuvre, poisson-lune, étoile de mer..), troupe d'animaux figés à jamais, mais rendus à la vie par l'entremise de bornes tactiles qui en donnent les caractéristiques. Des planisphères interactifs permettent de localiser les différents écosystèmes planétaires et de découvrir, par exemple, que les petites îles Pitcairn perdues dans le Pacifique comptent parmi les régions les mieux préservées au monde et se révèlent immensément riches en termes de faune marine. La section suivante montre, toujours spécimens empaillés à l'appui, les interconnections entre espèces, par exemple les liens parasitaires qui unissent lama et chauve-souris, la relation prédatrice du lion et de la gazelle, la compétition pour la nourriture entre le gnou et le zèbre, la complémentarité de ce dernier au niveau de l'ouïe avec l'autruche et son excellente vue dans le repérage des félins prédateurs, ou encore le commensalisme entre le renard et l'homme, le premier se nourrissant dans les villes des restes alimentaires du second (un autre cas est celui du rémora, petit poisson qui accompagne le requin). Enfin, introduit par une phrase de... David Bowie (" Demain appartient à ceux qui peuvent entendre son arrivée"), cette nouvelle galerie évoque l'adaptabilité (chère à Darwin dans sa théorie de l'évolution) de la nature: au niveau des éruptions volcaniques, elle prend l'exemple de l'île de Surtsey, apparue au large de l'Islande en 1963 suite à une éruption, et qui, très vite, a été colonisée, d'abord par des plantes, de petits animaux, puis des oiseaux et enfin des mammifères (colonisation que l'on découvre de manière interactive et ludique). Une même régénérescence naturelle spectaculaire est illustrée (par images, jeux et spécimens naturalisés comme le pélican ou le marabout) dans le cas des tempêtes (Katarina en 2005) et les feux de forêts. Reste que l'épilogue (une épitaphe? ) s'interroge devant la difficulté accrue de la nature à se "recycler" face aux dégâts causés par l'homme, et notamment face au désastre d'un cataclysme nucléaire. Au fait, qu'en est-il de la nature à Tchernobyl? Quant à la bombe atomique, même si l'on parle de champignon, pas sûr qu'il permette à nouveau l'éclosion du moindre parasite...