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La fragilité des personnes âgées, on en parle régulièrement et pourtant, il n'existe pas encore de définition opérationnelle et de critères universellement reconnus pour la décrire, ce qui rend son évaluation épidémiologique et sa prise en charge difficiles. Devant ce constat et l'absence de données belges, le service de Santé publique, épidémiologie et économie de la santé de l'Université de Liège a décidé de mener une étude de cohorte en maison de repos (MR).Il s'agit de la cohorte SENIOR, pour 'Sample of Elderly Nursing home Individuals : an Observational Research'. Débutée en octobre 2013, 662 volontaires résidant dans 28 MR et répondant aux critères de sélection (être orientés et mobiles), ont été recrutés : " C'est-à-dire les moins fragiles, ceux chez qui on pourrait faire de la prévention", précise le Dr Fanny Buckinx, premier auteur de l'étude.Chaque année, l'équipe récolte une série de données sociodémographiques, anamnestiques et cliniques sur ces sujets : niveau socio-économique, alcool et tabac, aide à la marche, kiné, médicaments, comorbidités, statut cognitif et nutritionnel, qualité de vie, autonomie, peur de chuter, capacités fonctionnelles et motrices, vitesse de marche, force et débit expiratoire de pointe... Leurs composition corporelle, profil musculaire et niveau d'activité physique ambulatoire sont mesurés, des prélèvements sanguins sont faits et la sarcopénie et la fragilité sont diagnostiquées.Depuis zuis, les responsaoïes ae la cohorte SENIOR publient régulièrement leurs données. On apprend ainsi qu'à la fin de la période de recrutement, parmi les 662 sujets inclus (âge moyen 83,2 ans, 73,1% de femmes), 25% étaient fragiles, 60% pré-fragiles et 15% robustes.Second point mis en exergue : "La prévalence de la fragilité dépend fortement de la définition opérationnelle utilisée, allant de 15,2% (Frailty Scale Status) à 83,7% (Frailty Index). "Troisième élément : la prévalence de la sarcopénie s'élève à 38,1% et elle est plus importante chez les sujets fragiles (47%) que chez les pré-fragiles (38,9%) ou robustes (16,3%). Enfin, les sujets fragiles ont une perception plus négative du vieillissement que les pré-fragiles et robustes.Les chercheurs se sont également employés à repérer les événements péjoratifs, les facteurs de risque et leurs interactions. Durant les 12 premiers mois de suivi, près de 16% sont décédés et 37,3% ont chuté au moins une fois. " La fragilité est un processus dynamique, fait-elle observer, avec des transitions dans les deux sens : chez la plupart des personnes cela va vers l'aggravation, mais chez certaines, il y a amélioration, même sans intervention. "Dans un second temps, les recherches de l'équipe liégeoise visent à déterminer parmi les pistes de prise en charge potentielles de la fragilité (activité physique, nutrition, supplémentation en vitamine D, polymédication), celle qui pourrait bénéficier au plus grand nombre et qu'il conviendrait donc d'implémenter de façon prioritaire en maison de repos.Dans cette cohorte, les sujets âgés sont loin des 10.000 pas quotidiens recommandés par l'OMS. "Or, il est admis que la fragilité peut être traitée ou prévenue par l'activité physique", ajoute Fanny Buckinx. "On a testé des plateaux de jeux géants (jeu de Voie avec sur chaque case des exercices à faire) qui ont assez bien fonctionné (interactions sociales, augmentation du nombre de pas, meilleures capacités fonctionnelles et motrices...). La vibrothérapie a donné des résultats moins positifs. "" Une collègue met au point une sorte d'olympiades des maisons de repos associant compétition et activités programmées semaine après semaine, pour voir si cela motive les gens et apporte des résultats différents. Cette étude va démarrer cet été. "" Sur le plan de la nutrition, il y a une grande hétérogénéité interindividuelle. Globalement, la ration calorique semble inférieure aux recommandations mais quand on évalue leurs dépenses par calo-rimétrie, elles semblent en adéquation avec leurs apports énergétiques pour la moyenne des personnes. Cependant, les recommandations utilisées ne sont pas spécifiques aux personnes âgées et encore moins institutionnalisées, ici aussi, on manque de références pour comparer nos données. Pour la fragilité, la littérature montre que la supplémentation en protéines principalement pourrait être une piste de traitement et de prévention. "Enfin, l'étude montre que plus de la moitié des médecins généralistes prescrivent systématiquement de la vitamine D à leurs patients en MR.Les analyses concernent les lacteurs prédictifs (musculaires, fonctionnels, nutritionnels...) des événements de santé. Les chercheurs comparent les résultats entre les années de suivi. Au commencement, il avait été décidé de suivre cette cohorte pendant cinq ans, jusqu'en août 2020. "Ensuite, on s'est dit qu'on pourrait les suivre jusqu'à la fin, au moins pour les événements (décès et chutes). Il y a environ 25% de décès par an, le décès est aussi un résultat en soi, même si cela bloque certaines analyses de suivi. "" Nous présentons régulièrement nos résultats dans des congrès internationaux et Us sont très attendus", apprend Fanny Buckinx. En effet, "la cohorte SENIOR contribue aux travaux actuellement menés pour mieux définir et diagnostiquer la fragilité en maison de repos et ouvre de nouvelles opportunités de prise en charge pour prévenir l'entrée des personnes âgées dans la dépendance ", concluent les auteurs.