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Nous sommes dans un débarcadère en eau douce entouré de bâtiments en bois et de hangars d'acier. Dans le hameau de Folleux, on se croirait à s'y méprendre dans une baie de la Nouvelle-écosse. C'est pourtant dans un port breton que nous nous trouvons, sur un des derniers coudes de la Vilaine, avant que ce fleuve ne rejoigne l'Atlantique. Le jour de notre passage, le capitaine d'un voilier privé ramenait son embarcation en vue d'un entretien devant la société " Multi-Nautique ". La cale est située face aux anneaux. Sorte de route bétonnée plongeant dans les eaux sombres de la baie, elle permet de remonter les bateaux sur la terre ferme. " Cette cale possède une pente de 11% et vu sa longueur, elle me permet de hisser des bateaux ayant jusqu'à 210 cm de tirant d'eau " nous informe le patron. à l'aide d'un tracteur, ce dernier recule jusqu'à tréfonds où le bateau vient se poser sur une remorque aménagée. Des vérins redressent la coque et celle-ci est retirée doucement jusqu'à un emplacement dans le " port à sec ", après avoir été nettoyée au Kärcher. " Nous avons mis en place un système de récupération des eaux usées qui sont traitées à la manière d'une centrale d'épuration ", nous dit Ronan Coeffic. Les résidus chimiques du carénage y sont décantés, avant que les eaux soient rejetées propres dans le cours d'eau. Derrière lui, une centaine de gréements aux voiles rangées reposent sur leurs béquilles. Çà et là, des échelles sont hissées en abordage. Sur terre, le bruissement des vagues est remplacé par le bourdonnement des meuleuses qui attestent du travail en cours. Situé à quatre heures de la haute mer, ce lieu d'hivernage est une immense concentration de voiliers. " Les propriétaires qui nous confient leurs bateaux sont de vrais marins ", nous fait savoir celui qui compte dans sa nombreuse clientèle un Lord au nom écossais. Ici les anneaux sont moins chers que sur la côte et lorsque ses clients prennent la mer, c'est souvent pour une période assez longue, si ce n'est une traversée de l'Atlantique. Parmi les navires qui lui sont confiés, on retrouve l'ensemble de ce qui existe sur le marché : de rares coques en bois, d'autres en aluminium et les nombreux recouvrements à base de plastiques. Ici, certains viennent avec des bateaux taillés pour la haute mer et lui demandent de les réaménager au goût du jour. Souvent, la table de bord qui servait à l'analyse des cartes est enlevée pour agrandir le carré : le salon intérieur. Il est vrai que les instruments se sont fortement améliorés. Des appareils divers permettent de sonder les fonds et de tracer la meilleure route, limitant le travail à bord à la maîtrise des voiles. " Néanmoins, mes clients sont des marins ; il est très rare que quelqu'un se lance dans l'achat d'un tel bateau sans être passionné de voile au préalable ", nous informe Ronan Coeffic. Depuis l'effondrement du prix des Jeanneau et autres Bénéteau, il est désormais possible d'acheter une très bonne base pour 30.000 euros et de le réaménager complètement pour moins du double. Une clientèle qui reste toujours privilégiée mais où la moyenne d'âge tend à diminuer. " Je constate de plus en plus de jeunes quarantenaires dans ma clientèle. Des gens qui ont un projet de vie pour un ou deux ans puis qui revendent par la suite ". Signe de notre époque, les marins ne restent plus forcément attachés à leurs points d'eau, ils changent et adaptent leurs vaisseaux à l'océan qu'ils empruntent. Il n'en reste pas moins que monter à bord d'un bateau réveille le marin qui sommeille en nous. L'efficacité si particulière de l'aménagement à bord et la technicité qui transpire de chaque cordage et poulie, nous plongent dans nos livres et bandes dessinées de jadis. Il y a tant de mystère et d'élégance derrière ces bâtiments portés par les flots. Surplombant la Vilaine, la commune de la Roche-Bernard est digne d'une carte postale. Avec ses façades décrépies, ses ruelles médiévales et son épicerie fine, elle se remplit de monde en été. En cette superbe journée ensoleillée de janvier, quelques rares occupants prenaient un café sur la place pavée de la cité. A l'aplomb du rocher, le musée de la Vilaine maritime s'est installé dans un hôtel particulier. En 2020, il sera ouvert du 22 juin au 20 septembre. Véritable petite Suisse de la côte Atlantique, les villes situées entre la Baule et la magnifique ville de Vannes vivent autour d'un tourisme cossu et de secondes résidences qui dénotent de l'aisance de leurs propriétaires. Particularité de la Bretagne, aucune autoroute ne traverse le département. Une partie de la France qui invite naturellement à sortir des sentiers battus et à observer ces kers (maisons en langue bretonne) devant lesquelles poussent les plantes tropicales. Rive adorée de nos compatriotes, qui la préfèrent au béton de notre côte flamande, le touriste belge y est en constante progression. Nous apprenons de l'office du tourisme de Saint-Malo, où nous vous avons emmené précédemment, que nous serions 45% de plus à nous y rendre en comparaison avec 2018. La ligne TGV reliant Bruxelles à Rennes depuis le 13 décembre nous donnera encore plus volontiers l'envie de prendre le large.