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Lancée dès mars 2020 dans une trentaine de pays, Solidarity a finalement recueilli les données de 11.000 patients en provenance de 405 pays. L'idée était, à la base, de réaffecter une série de médicaments bien connus au traitement de l'infection à Sars-Cov-2 afin d'en évaluer l'efficacité dans cette indication. Les pistes examinées se bornaient à une série d'antiviraux (remdésivir, interféron, hydroxychloroquine, lopinavir/ritonavir), dont aucun n'a malheureusement permis d'atteindre les critères d'évaluation prédéfinis de Solidarity, à savoir une réduction de la durée d'hospitalisation ou une baisse de la mortalité. Après la publication de ses maigres résultats à la mi-octobre 2020, l'étude a un temps disparu des ondes, à la déception générale(1): Solidarity était, avec l'essai britannique Recovery, le plus important essai clinique sur les traitements potentiels du Covid-19. De nombreuses autres études ont certes permis d'identifier des pistes prometteuses, mais sans disposer de la puissance statistique nécessaire pour poser des conclusions définitives. Quelques erreurs d'appréciation ont forcé Solidarity à faire une pause, à commencer par l'absence de plan à long terme. Ses responsables voulaient au départ se recentrer sur les anticorps monoclonaux (lire jdM N°2672), mais il s'est avéré que ces traitements étaient surtout efficaces aux phases précoces de la maladie, alors que Solidarity visait un public de patients hospitalisés. Par ailleurs, le groupe de travail qui avait choisi la première série de médicaments à tester n'était pas une structure permanente ; ce n'est qu'en novembre 2020 qu'a été institué un comité fixe. Pendant ce temps, l'équipe de Recovery a bravement continué à recruter des patients pour tout un éventail de traitements, de l'aspirine à la colchicine en passant par le baricitinib et le fumarate de diméthyle. Ce sont les résultats concrets de l'étude britannique qui inspirent aujourd'hui Solidarity. L'été dernier, les chercheurs anglais avaient démontré pour la première fois la plus- value des anti-inflammatoires chez les patients dont le système immunitaire déraille dans le décours de l'infection à Sars-Cov-2: la dexaméthasone, en particulier, semblait en mesure d'abaisser la mortalité dans les formes graves.(2) Il y a quelques semaines, bis repetita: Recovery a démontré que le tocilizumab, un inhibiteur des récepteurs de l'IL-6, limitait lui aussi la mortalité.(3) Solidarity trouve aujourd'hui son second souffle avec trois médicaments qui pourraient potentiellement inhiber le syndrome hyper- inflammatoire: l'infliximab, l'imatinib et l'artésunate.(4) Tous trois ont déjà livré des résultats encourageants dans des études à plus petite échelle. L'infliximab est un inhibiteur bien connu du TNFa, une cytokine qui, tout comme l'IL-6, voit ses taux augmenter en cas de syndrome hyperinflammatoire. Reste à voir si, après une longue carrière dans le traitement des maladies inflammatoires articulaires et intestinales, l'infliximab se montrera également efficace dans la prise en charge du dérapage immunitaire dans le Covid-19. L'imatinib est un inhibiteur de la tyrosine kinase qui a permis de réaliser une percée majeure dans le traitement de la leucémie myéloïde chronique. L'idée de lui donner sa chance dans Solidarity est née du constat que le Covid-19 est moins fréquent chez les patients traités par inhibiteurs de la tyrosine kinase. Dans les modèles précliniques, la molécule semble en outre présenter un potentiel antiviral et immunomodulateur. L'artésunate est un médicament utilisé contre la malaria, comme l'hydroxychloroquine. In vitro, il semble toutefois avoir un effet plus marqué sur le Sars-Cov-2 et les chercheurs ont également pu démontrer qu'il possède des propriétés anti-inflammatoires liées à un impact sur les voies métaboliques médiées par l'IL-6.