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Ouverte en 2000 dans le quartier populaire des Arsouilles à Namur, la maison médicale éponyme constate rapidement que certains patients présentent des maladies chroniques respiratoires. " Nous nous sommes rendu compte que les conditions et la situation du logement dans son environnement étaient des facteurs importants de la santé ", explique le Dr Françoise Laboureur, active au sein de la maison médicale. " Souvent, les politiques de logement visent les personnes sans logement. À Namur, il y a une politique pour les sans-abris. Mais il y a également des personnes mal logées, vivant dans des conditions difficiles. Le logement est alors source de maladies respiratoires essentiellement, mais aussi source de problèmes de santé psychique. "Le logement joue donc sur deux pans de la santé. Physique d'abord, avec notamment des bronchites à répétition chez des patients locataires à petits revenus. " Pour agir, nous sommes aidés par le Service d'analyse des milieux intérieures (Sami) de Namur ", détaille la généraliste. Le médecin peut demander l'intervention du Sami lorsqu'il suspecte l'habitation d'être à l'origine des symptômes d'une personne (problèmes respiratoires, toux, maux de têtes...). Une analyse sera effectuée par le Sami afin d'évaluer la présence éventuelle de polluants (biologiques, chimiques...) au domicile. Divers conseils seront prodigués afin d'améliorer la situation (qualité de l'air, acariens, moisissures...). Ce service, entièrement gratuit, est proposé à toute personne habitant dans la province, mais nécessite une demande écrite rédigée par un médecin (quelle que soit sa spécialité). " Il faut donc nous rendre dans le logement du patient pour nous faire une première impression ", ajoute Françoise Laboureur.Sur le plan mental, la généraliste namuroise pointe une série de problématiques. " Beaucoup de patients vivent dans des situations dont ils ne veulent pas parler : un logement où l'on invite jamais personnes, des problèmes de voisinage, des problèmes de sommeil également. " Agir à ce niveau est compliqué admet l'intéressée. " Le logement touche à l'intime. C'est le lieu où l'on est chez soi, où l'on peut se replier loin du regard des autres. Ouvrir ce lieu à un professionnel est donc toujours difficile. "Le projet " Logement, santé, développement " naît de ce constat en 2005. La maison médicale s'emploie, dans la première étape du projet, à réaliser un diagnostic communautaire auprès de ses patients afin de cerner les problèmes liés au logement à l'aide d'un questionnaire détaillé.Mais travailler sur cette question collectivement s'avère complexe. " Les habitants étaient d'accord de travailler sur des projets extérieurs, comme l'aménagement d'une plaine de jeu, mais le travail sur la qualité intrinsèque des logements était très compliqué. On a pu mener des actions, comme accompagner des patients pour faire reconnaître leur droit au logement, mais ce sont des démarches individuelles ", analyse le Dr Laboureur.Ce travail a néanmoins permis une prise de conscience collective : il y a 15 ans, les habitants transitaient dans ce quartier de mauvaise réputation. Aujourd'hui, ils désirent y rester. " L'état de dépression collective du début des années 2000 a disparu ", se félicite la généraliste.Ce sentiment positif est toutefois terni par le phénomène de gentrification qui touche le quartier. " Il s'agit d'un quartier populaire qui recèle désormais de zones à haute valeur ajoutée. Le palais de justice, un nouveau quartier de logement, une nouvelle salle de concert...Cela fait venir des investisseurs. " L'accessibilité financière est donc mise à mal, quand on n'essaie pas d'expulser les locataires indésirables. " Le travail consiste aujourd'hui à mobiliser les habitants autour de leur droit au logement, rassembler leurs doléances pour les faire remonter plus haut pour que cela ait plus de poids. Se contenter de répondre à des problèmes individuels ne répond pas au problème global du logement ", détaille Françoise Laboureur. " Nous n'en sommes qu'au début, mais divers acteurs sont présents pour nous épauler, comme le CPAS de la ville, le Fonds du logement ou des agences immobilières sociales qui possèdent plusieurs logements dans le quartier. "Médecin et patient bénéficient tous deux du projet de la maison médicale. Le patient en premier lieu. " C'est difficile à mesurer, mais je peux vous citer un tas d'exemples de patients qui ont repris leur santé en main grâce à ce processus. " Illustration de ce phénomène, le rassemblement informel du mercredi matin dans le quartier : le p'tit kawa. " Le comité des habitants du quartier prépare du café et en rue, s'il fait beau, tout un chacun peut venir boire un café et échanger. Plusieurs projets sont nés de ce rassemblement solidaire. Les habitants qui portent ce lieu étaient pourtant des personnes extrêmement fragiles et timides il y a 15 ans ", témoigne le Dr Laboureur.Côté soignant, l'apport est évident pour la généraliste. " Cette démarche amène de la diversité et surtout du sens à mon travail. Travailler dans un environnement où ses patients ont des conditions de vie telles qu'ils n'ont pas de raisons d'aller mieux et qui reviennent sempiternellement avec les mêmes symptômes, c'est épuisant. Faire en sorte que les patients redeviennent acteurs de leur vie, de leur santé est devenu mon leitmotiv. "