...

"Q uand les patients hospitalisés pour une infection à Sras-CoV-2 sortent de l'hôpital, ils passent une évaluation physique (test du lever de chaise) et ils remplissent un questionnaire en ligne, à la maison, permettant d'évaluer leur état physique avant et après leur hospitalisation. Beaucoup sont très essoufflés lorsqu'ils font des activités qui avant ne leur demandaient aucun effort (monter l'escalier...) et presque tous ont perdu du poids (en moyenne 10 kg), et sans doute beaucoup de muscle ", précise Inès Martin Corrons, kinésithérapeute aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles. Idéalement, ces patients devraient suivre des séances de réadaptation pulmonaire en groupe. Malheureusement, ils n'entrent pas dans les conditions classiques de prise en charge et le confinement empêche la mise en place de ces séances d'activité physique. Cette situation a conduit l'équipe de Saint-Luc à organiser cette réadaptation par vidéoconférence. Avant de sortir de l'hôpital les patients reçoivent le numéro de téléphone des kinés qui s'occupent de cette téléréadaptation : " Soit ils appellent, soit s'ils ne réagissent pas, nous les rappelons pour être sûrs que tout va bien et leur proposer le programme. Et s'ils veulent le suivre, ils doivent remplir un questionnaire en ligne. Un pneumologue prescrit ensuite les séances de réadaptation pour obtenir un remboursement extraordinaire octroyé par l'Inami pour le Covid-19 ", explique-t-elle. Pour l'instant, 17 patients suivent ces soins de réadaptation par vidéoconférence. Aucun n'est passé en soins intensifs, mais ils ont été hospitalisés pendant une à quatre semaines. " Nous proposons cette téléréadaptation à tout le monde parce qu'on ne sait pas si ces patients étaient en bon état à la base ou s'ils étaient déjà dans un état de déconditionnement. 60% acceptent d'y participer. " Les kinés utilisent le service Teams et une application de réservation connectée à un agenda. Pour que la technologie ne soit pas un frein, l'hôpital a rédigé un document qui explique aux patients comment se connecter via un ordinateur, une tablette ou un téléphone. " Pour la première séance, j'appelle le patient et je l'aide à se connecter. Les fois suivantes, je lui envoie une invitation de consultation pour qu'il se connecte au moment voulu. " Cette téléréadaptation se fait au rythme de deux séances de 30 minutes par semaine. " Il s'agit surtout d'exercices de renforcement musculaire, comme les patients en faisaient déjà à l'hôpital. Nous ne faisons pas d'exercices spécifiques d'endurance cardio-respiratoire parce que c'est plus difficile à travailler sans machine. On n'utilise pas de matériel spécifique : une chaise, des bouteilles d'eau pour faire les poids et un tapis pour les exercices au sol ", indique la kinésithérapeute. Grâce à la vidéo, la kiné guide et conseille son patient et s'assure que les exercices sont correctement réalisés. " Nous prévoyons de travailler de cette façon pendant toute la durée du confinement, tant qu'on ne peut pas accueillir de patients à l'hôpital. En ce moment, tout est fermé, on ne peut pas fonctionner avec des groupes. La télémédecine est une bonne option pour une période comme celle-ci mais, l'idéal reste de voir les patients, de faire une prise en charge multidisciplinaire avec une ergothérapeute, une psychologue, une diététicienne, le médecin réadaptateur, le pneumologue... ", nuance-t-elle. Si elle ne remplace donc pas les séances de réadaptation pulmonaire classiques, la vidéoconférence permet d'initier directement la revalidation, dès la sortie d'hôpital, et d'accélérer ainsi le retour à une vie normale. Inès Martin Corrons souligne néanmoins les limitations de ce système à distance : " J'aimerais prendre leur saturation, avoir un suivi de l'oxygénation mais malheureusement tous les patients ne disposent pas d'un saturomètre. L'autre problème c'est que ce sont des séances individuelles et je ne peux pas aider beaucoup plus de gens en même temps. Cela limite l'accès même si, pour le moment, nous n'avons dû refuser personne. " Les patients se disent ravis de l'expérience. " Moi, je vois une amélioration d'une séance à l'autre : les personnes qui sont sous oxygène en ont de moins en moins besoin, elles sont de moins en moins essoufflées, elles peuvent faire des exercices plus difficiles... Je voudrais les évaluer pour savoir si elles gardent des séquelles parce qu'on ne sait pas si elles vont retourner à la normale. On voit les changements au fil des séances mais on ne sait pas si c'est dû à l'exercice ou simplement à la guérison. " Afin de répondre à cette question, l'équipe de kinés réalise une étude comparant le groupe en téléréadaptation à un groupe contrôle composé de patients qui n'étaient pas intéressés ou qui ont refusé la réadaptation. " Nous allons faire une première évaluation après un mois de traitement via un questionnaire en ligne et ensuite après trois mois. Je pense que faire de l'exercice va accélérer les choses mais peut-être qu'ils vont aussi récupérer s'ils ne font rien. C'est la raison pour laquelle je suis également les patients qui n'acceptent pas le programme de réadaptation et que je vais les évaluer à trois mois, histoire de voir s'ils sont dans le même état que ceux qui le suivent ", commente Inès Martin Corrons.