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Plus de 600 diagnostics de cancer du col de l'utérus sont posés chaque année dans notre pays (634 en 2018), principalement chez des femmes âgées de 30 à 70 ans. Un peu moins de 200 n'y survivront pas. Dans 99% des cas, la maladie est la conséquence d'une infection par le papillomavirus humain (HPV), un virus que la plupart des hommes et des femmes contracteront à un moment ou l'autre de leur vie. Le plus souvent, celle-ci ne provoque aucun symptômes et finit par guérir spontanément... mais il arrive parfois aussi que le virus reste présent à l'état latent dans le col de l'utérus et que le tissu affecté dégénère progressivement en tumeur maligne. Ce processus s'étale sur plusieurs années et passe par une série de stades précurseurs où il n'est pas encore question d'un cancer, mais bien d'une situation qui peut évoluer dans ce sens. Ces lésions précancéreuses peuvent être dépistées par le biais du frottis vaginal, un examen préventif qui devrait être réalisé tous les trois ans chez les femmes entre 25 et 65 ans par le médecin de famille ou le gynécologue. À ce stade, le problème peut encore être facilement guéri par le biais d'une petite opération chirurgicale (conisation)... mais dès le moment où un cancer se déclare, les perspectives sont par contre beaucoup moins roses. Les adolescentes flamandes sont vaccinées en 1e année du secondaire depuis 2010, leurs homologues wallonnes en 2e année depuis 2011. La vaccination se fait en deux doses, administrées à six mois d'intervalle. Depuis 2019, les garçons aussi sont vaccinés de façon systématique à l'école (voir cadre). À ses débuts, le vaccin HPV a fait l'objet d'une foule de rumeurs - on a notamment vu circuler sur les réseaux sociaux toutes sortes de mythes concernant sa sécurité, qui ont suscité des réticences chez certains parents. Cette méfiance est plus marquée en Belgique francophone qu'en Flandre, ce qui se traduit par un taux de couverture sensiblement plus faible: alors que 91% des jeunes sont vaccinés dans le Nord du pays, cette proportion est d'à peine un tiers dans le Sud. D'après le professeur Deborah Konopnicki, chef de clinique du service des maladies infectieuses de l'hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, cet état de fait s'explique par plusieurs facteurs: "Le vaccin HPV est administré dans le cadre de l'examen médical scolaire et, en Flandre, tous les adolescents et adolescentes seront vaccinés par défaut à moins que leurs parents ne s'y opposent de façon explicite. En Belgique francophone, par contre, les parents doivent explicitement marquer leur accord." Un état de fait que la spécialiste juge d'autant plus malheureux que le suivi à ce niveau n'est pas toujours efficace. Un autre obstacle majeur est qu'en Belgique francophone, les moyens dévolus à l'examen médical scolaire ne sont pas toujours suffisants pour organiser la vaccination. "Et puis il y a l'influence de la France, où le mouvement d'opposition à la vaccination génère des inquiétudes injustifiées vis-à-vis du vaccin HPV. Là encore, ce facteur peut renforcer les doutes des Wallons et Bruxellois." "Des recherches antérieures nous ont appris que les stades précurseurs du cancer du col de l'utérus se rencontrent moins chez les femmes vaccinées. Démontrer qu'elles ont aussi un risque moindre de cancer n'était qu'une question de temps." Cet effet extrêmement bénéfique de la vaccination contre le HPV sur la prévention du cancer du col de l'utérus n'étonne absolument pas le Pr Konopnicki. "C'était un résultat attendu." Il s'écoule facilement quelques décennies entre la vaccination contre le HPV, à l'âge de 12 ans, et la survenue d'un cancer du col (généralement après l'âge de 30 ans). Il a donc fallu un certain temps pour que les effets de la première sur la prévention du second puissent être confirmés noir sur blanc... mais c'est désormais chose faite. En 2020, une éminente revue scientifique a en effet publié les résultats d'une étude suédoise dans le cadre de laquelle ont été suivies entre 2006 et 2017 environ 1,6 million de femmes, dont plus d'un demi-million avaient reçu le vaccin HPV tandis que les autres n'avaient pas été vaccinées. L'immunisation des femmes de 17 à 30 ans contre le HPV débouchait sur une diminution de 53% du risque de cancer du col invasif en comparaison avec le groupe non vacciné... et lorsque le vaccin était administré avant l'âge de 17 ans, cette réduction atteignait même 88%! Le Pr Pierre Van Damme, directeur du centre d'évaluation des vaccins de l'université d'Anvers, le confirme: "Cette étude de suivi suédoise démontre que, en combinaison avec le dépistage, un programme de vaccination bien conçu pourrait presque complètement éradiquer le cancer du col de l'utérus."