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La semaine dernière, le SPF Santé publique tenait une large conférence de trois jours sur la résistance aux antibiotiques. L'événement, co-organisé avec le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), s'inscrivait dans le cadre de la présidence belge du Conseil de l'Union européenne. Face à ce que Stella Kyriakides, commissaire européenne à la Santé, qualifie de "pandémie silencieuse de notre époque", la Commission débloque un budget de 50 millions d'euros de fonds européens pour une implémentation efficace de la récente Recommandation du Conseil qui prévoit des objectifs chiffrés en matière de résistance antimicrobienne et de consommation d'antibiotique. Car dans ce dossier, c'est depuis toujours le serpent qui se mord la queue: toutes les études conduites par les différents centres d'expertise montrent que, plus on consomme d'antibiotiques, plus les bactéries deviennent résistantes à ceux-ci, et plus on doit se tourner vers des antibiotiques puissants. "Un élément-clé est de réduire la consommation d'antibiotiques", confirme Frank Vandenbroucke, ministre fédéral de la Santé publique. "En Belgique, la plupart sont prescrits par les médecins généralistes, c'est pourquoi nous mettons le focus sur eux. Dès la fin de cette année, ils seront obligés de noter la durée exacte du traitement sur la prescription."Le SPF a donc produit une note d'orientation politique pour renforcer la réponse europénne sur la prévention et le contrôle de la résistance antimicrobienne. Elle propose des interventions, d'efficacité prouvée, que les États peuvent implémenter dans les secteurs de la santé humaine (des programmes de gestion des antibiotiques, des systèmes de support cliniques à la décision pour les prescripteurs, le contrôle des antibiotiques falsifiés et contrefaits, la vaccination...) mais également de la santé animale (une réglementation pour promouvoir un usage prudent des antibiotiques, une biosécurité améliorée, des actions sur la sécurité alimentaire...) et enfin de la santé environnementale (améliorer le traitement des eaux usées, limiter la concentration d'antibiotiques dans les rejets de l'industrie pharma, améliorer la gestion des déchets dans la production agricole...). "Les engagements nationaux et internationaux pour une approche OneHealth offrent de l'espoir, mais malgré des années de discussions politiques et de nombreux accords, l'action a souvent été léthargique et inefficace", assène le SPF dans son document. Le centre européen a profité de l'événement pour rappeler la lourde charge que fait penser la résistance antimicrobienne sur l'Union. Pour plus de 670.000 cas d'infections à des bactéries résistantes par an, l'UE assume 33.110 décès. Au-delà des années de vies perdues des suites du décès, ce sont plus largement 874.541 années de vies en bonne santé qui sont perdues annuellement simplement à cause de l'AMR. Pour donner corps à ce chiffre, l'ECDC précise que la charge de l'AMR équivaut à la combinaison de celles de la grippe, de la tuberculose et du VIH/sida. En lien, le centre a également pu mettre des chiffres sur les infections nosocomiales. Toujours à l'échelle de l'UE, la charge de ces infections grimpe à 91.000 décès pour 2,6 millions de cas d'infections par an. On estime ici que 2,5 millions d'années de vie en bonne santé ont été perdues à cause des infections nosocomiales en Europe. L'AMR est responsable d'environ 25% de la charge des infections nosocomiales.