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Le Journal du médecin : Sortir un best of représente-t-il une sorte d'accomplissement pour un groupe ou plutôt son épitaphe ?Tom Smith : La décision d'en sortir un n'a pas été simple, parce que l'une des raisons pour lesquelles on forme un groupe, c'est dans le but de rester éternellement jeunes, de prendre de la distance vis-à-vis du carrousel quotidien que la plupart des gens vivent. Sortir une compilation, c'est admettre le passage du temps : en contradiction complète avec l'idée que l'on se fait du groupe au début !Par moments, j'ai donc le sentiment d'être déjà un vétéran ; à d'autres cela me paraît cool d'acter de la sorte ce que nous avons réalisé en quinze ans.Dans votre cas, on peut parler d'évolution d'une sorte d'électro vintage au rock ?Au fil des années, nous avons tenté diverses choses, parfois à cause des circonstances, parfois par choix, parfois à cause de producteurs... ou de l'ennui ! Nous essayons de suivre notre propre parcours, ce qui effraie parfois le public. Après six albums, cela finit par faire sens et l'on comprend la démarche. Être un groupe qui prend des risques et qui emporte son auditoire dans un voyage a toujours fait partie de notre projet.C'est honnête...Non, c'est juste que l'on fait d'abord de la musique pour soi ! Une partie de notre public vieillit avec nous... ou s'en va, cela dépend, alors qu'une autre nous rejoint. Mais je suis convaincu que certains sont là depuis le premier jour et resteront jusqu'au bout... puisqu'ils ont résisté jusqu'ici ! (rires)Votre voix ressemble à celle d' Ian McCullochQue j'adore, comme Echo and the Bunnymen. Mais on nous a souvent comparés à Joy Division, que j'apprécie sans trop connaître, au contraire d' Echo.D'un point de vue instrumental, vous me semblez plus proche de New Order, notamment sur Papillon qui figure sur Black Gold ?Tout groupe qui a du succès a intégré un peu du DNA d'artistes populaires qui l'ont précédé, mais de manière inconsciente. Ceci dit, nous apprécions cette période du début des années 80 : Heaven 17, Bronsky Beat, Human League...Et pas Roxy Music ?Brian Ferry a un jour assisté à l'un de nos premiers concerts. Je ne sais pas s'il a détesté... (rires) Mes parents écoutaient Roxy Music à la maison, j'ai donc un peu grandi avec eux. Leurs chansons étaient arty, mais également très bien écrites, dans une production très intéressante, à l'instar de The Blue Nile. Les groupes de cette époque pratiquaient un artisanat délicat, une sorte d'arts and crafts très british. Même leurs morceaux très pops possédaient un versant un peu triste, sans doute parce qu'il pleut tout le temps ! (rires)Vos pochettes d'albums sont toujours très léchées, presqu'arty justement ?Nous tentons de maintenir une esthétique. Cela fait trois albums que nous travaillons en collaboration avec Rahi Rezvani, photographe, réalisateur d'origine iranienne qui crée des images ou des vidéos à partir de notre musique et possède une grande imagination picturale. Il est la première personne à écouter chacun de nos nouveaux albums : Rahi parvient à en capturer directement l'esprit et l'ambiance. Il lui arrive même d'assister aux enregistrements studio.Changer de personnel a-t-il vraiment changé votre musique ?Ce fut le moment qui a défini le groupe au cours de ses 15 années d'existence. Sentir en 2012 la créativité s'assécher était vraiment effrayant pour tout le groupe : par ailleurs, il était un peu flippant de poursuivre sans Chris Urbanowicz, notre guitariste originel, et d'intégrer deux nouveaux musiciens. Trois albums après cet anticlimax, il est évident que le résultat est plus que convaincant. Mais ce fut le moment le plus crucial dans la vie d' Editors. Trois chapitres ont été écrits ensuite, pour un total de six : cette symétrie entre la première et la deuxième période, cette égalité justifiait bien un best of (il sourit).