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Issue d'une famille de petite noblesse du duché de Brunswick échouée à Trèves, Jenny von Westphalen connut Marx par l'entremise de son père, un homme de bien plutôt que de biens, qui prit sous son aile le jeune Karl, ami de jeunesse de son fils Edgar. Formée à la bienséance aristocratique, Jenny épouse pourtant les valeurs "bourgeoises" de son "petit sanglier" issu d'une famille de juive convertie. Ce sera pour la vie! Et quelle vie: tumultueuses, faite de déménagements à Paris, Bruxelles, Londres, de fuites face aux autorités, et, si pas de misère constante, de soucis permanents d'argent. Écartelé entre ses "nobles" valeurs et son amour indéfectible pour son Karl, malgré sa trahison avec la pourtant fidèle bonne, malgré son égocentrisme forcené et malgré son caractère irascible. Outre qu'elle soutint corps et âme la destinée de son hypocondriaque de génie, se révélant une hôte parfaite qui sauva le ménage vacillant à de nombreuses reprises, elle reprendra également non pas ses chaussettes mes ses textes, lui servant longtemps de secrétaire particulière. Cette grande femme contradictoire (épousant la cause du peuple tout en gardant un maintien noble, tolérante mais pouvant se montrer antisémite) qui connut bien des drames (la mort de plusieurs enfants du fait des conditions de vie parfois épouvantables), révèle dans ses lettres un réel talent d'écrivain, missives qui viennent illustrer cette passionnante biographie de celle qui a choisi de se donner pleinement à son Karl et à son oeuvre que Jenny défend telle une louve contre les ennemis extérieurs et intérieurs de l'Internationale communiste. L'auteur, Jérôme Fehrenbach, qui en dresse un portrait vivant, conclut: " elle aurait pu être une George Sand. Elle en avait le style, le talent, la personnalité indépendante. Tombée sous la coupe d'un amant possessif, elle devint le pâle reflet d'un atrabilaire génial."