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Le moral des patients est en berne, constate le CMG. Certes, tous les patients ne vont pas mal, mais des patients qui se portaient bien auparavant ont du mal à traverser cette crise. "Nous voyons entrer dans nos cabinets de plus en plus de patients dont le mal-être devient évident et parfois insupportable et, pour certains, dont l'état psychologique provoque une réelle souffrance. Et cela touche tous les publics, tous niveaux d'éducation, de classes sociales, de socialisation, de santé confondus."Selon le CMG, les patients, qui sont mieux informés qu'on ne le pense, sont heurtés par une communication qu'ils jugent inadéquate ou partiale. Le CMG pointe notamment la communication concernant le retour de vacances à l'aide d'un témoignage. "On disait que les cas augmentaient fortement, ce qui était vrai, mais le nombre de tests était trois fois supérieur à la période précédente et, en réalité, le taux de reproduction du virus descendait. On voulait faire croire que cette "augmentation" était due au retour de vacances. Je ne dis pas que le retour de vacances n'a pas aidé des variantes à rentrer en Belgique, mais l'information sur le nombre de contagions était erroné."Le manque d'explications par rapport aux mesures très attentatoires aux libertés mine leur légitimité aux yeux des citoyens. "Les mesures qui changent sans cesse, les critères qui semblent arbitraires, la solitude qui nous est imposée, sont autant de sources de mal-être", remarque-t-on dans les cabinets des MG. Ces constats sont confirmés par le Conseil supérieur de la Santé (CSS) qui mentionne d'ailleurs dans sa communication le cri d'alarme du CMG. Le groupe Santé Mentale du CSS tient d'ailleurs un inventaire dynamique des données disponibles et les met à jour régulièrement (Belgian Mental Health Data Repository). En plus de cette base de données, de la littérature internationale, l'étude de type "Delphi" permet au CSS d'interagir avec 149 professionnels de soins, universitaires et acteurs de terrain ainsi que 46 patients et aidants proches. L'enquête qui a débuté à la fin octobre 2020 et dont l'analyse a été finalisée en janvier 2021 permet de dégager sept points d'attention: 1)la santé mentale n'a pas été prise suffisamment en compte dans cette crise. 2)il y a un manque flagrant de vision claire quant aux perspectives ainsi que celui d'une approche globale et concertée de la crise par les autorités. 3)les personnes interrogées se plaignent amèrement du manque de reconnaissance pour le travail accompli par les professionnels de la santé mentale. 4)les intervenants déplorent la difficulté d'accès à des informations suffisantes, claires et fiables. 5)les personnes les plus vulnérables n'ont pas reçu l'attention qu'elles méritent notamment les groupes à statut socioéconomique plus faible et les patients souffrant de maladies chroniques dont les troubles psychiques. 6)On ne dispose pas vraiment d'outils "permettant d'évaluer de manière objective la situation en santé mentale".Le CSS propose quelques pistes de solution comme: intensifier la reconnaissance de la santé mentale et soutenir le secteur financièrement, rétablir rapidement les contacts sociaux et développer une stratégie de communication efficace et harmonisée "en évitant un langage effrayant tout comme un ton autoritaire". En outre, le monde du travail doit servir de levier pour améliorer la santé mentale. Le CSS fait appel au monde politique qui jusqu'ici, apparemment, a été relativement peu sensible à la problématique de la santé mentale à l'exception de certaines personnalités comme Georges-Louis Bouchez, président du MR, par exemple.