"Le CSS recommande à travers son avis, que tous les aspects psychosociaux soient pris en compte, afin de diminuer les problèmes de santé mentale au sein de la population. Il nous dit ", lit-elle à voix haute, " [...] qu'il faut pour cela une communication claire, cohérente et transparente... "" "Il est évident que la communication claire, cohérente et transparente a manqué et est essentielle ", poursuit-elle . "Nous l'avons ressenti au sein du personnel. "

La santé mentale du personnel soignant

" Ce qui a été très perturbant pour le personnel soignant, c'est l'incohérence et les injonctions parfois contradictoires ", explique la psychiatre , " Cette crise, parce qu'elle est non anticipée, a créé une cacophonie qui s'est répercutée au niveau du terrain. Cela a provoqué de la confusion et beaucoup d'inquiétude. Je pense que c'est un des facteurs à la base du burnout dans les équipes. Mes collègues bruxellois ont vu des situations de personnel de première ligne ayant déjà vécu la crise des attentats. Et la pandémie actuelle a réactualisé ce trauma, rappelant la même situation de désorganisation. "

" Que ce soit au niveau de l'équipe mobile ou en hôpital, le personnel soignant avec lequel je suis en contact a été fort impacté : la communication autour du masque, par exemple, a été compliquée, le porter ou pas ? En prévention ou pas ? Ensuite, il y a eu le manque de matériel. Les masques qui nous ont été fournis par le ministère de la santé publique n'étaient pas aux normes donc inutilisables. Les seuls masques normés que nous ayons reçus provenaient de dons. Il est évident que les hôpitaux psychiatriques ont fait partie des grands oubliés de cette crise (lire jdM N°2625). "

La détresse vue sur le terrain

" Sur le terrain, il est certain qu'il y a eu une augmentation des mises en observation ", poursuit le Dr Van Leuven. " Plusieurs hôpitaux de Wallonie que j'ai contactés arrivent d'ailleurs à la même constatation ", affirme-t-elle . " Plus de 50 % d'augmentation ces deux derniers mois. " Mais ce chiffre est à prendre avec précaution, précise le docteur et il faudrait le comparer sur d'autres années et sur une période suffisamment longue.

Parmi cette mise en observation , il y a deux types de patients nous explique-t-elle : " Il y a les patients psychiatriques connus (avec un suivi discontinu) qui ont décompensé durant le confinement, parfois suite à une discontinuité du suivi entraîné par la crise, et une autre partie de personnes qui décompensaient pour la première fois, dont parmi eux quelques cas de personnel soignant, avec parfois des tableaux cliniques impressionnants comme du délire de culpabilité ou paranoïde. On trouve aussi des personnes qui vivaient dans un équilibre un peu fragile qui tenaient le coup grâce à un surinvestissement dans leur profession mais étaient isolées par ailleurs. Ça peut être une coiffeuse qui n'a pas d'enfants ni de mari et vit entièrement pour son salon ou encore une aide-ménagère qui existe à travers ses contacts sociaux, ses clients, souvent des personnes âgées. Et puis l'impact considérable du risque financier a joué énormément. L'angoisse financière a fait flamber des risques suicidaires très importants, surtout chez les indépendants et les personnes précarisées. "

Du côté des équipes mobiles, plus de personnes âgées ont consulté. Une personne en demande sur quatre avait plus de 65 ans. " Il s'agissait en fait de l'effet de manque de la première ligne : le médecin généraliste ne passe plus, l'aide-ménagère non plus, or ce sont des points de repères pour ces personnes. Dès lors, elles se sentent isolées. Par contre, un afflux de personnes qu'elles ne connaissent pas apparaît, ce qui crée de la confusion et un tableau ressemblant à de la démence peut alors se déclencher, qui est en fait l'effet de l'angoisse due aux changements de repères. "

L'équipe mobile permet d'accéder à une partie de la population qui n'a pas accès aux soins . " L'équipe mobile de crise dont je suis responsable travaille pour toute situation de crise que ça soit psychiatrique ou en santé mentale et exerce à domicile avec un suivi d'une durée de deux mois environ. Nous n'avons jamais arrêté pendant la pandémie. Les visites à domicile ont continué pour les cas d'urgence, et l'entretien téléphonique a été mis en place pour les cas moins urgents. Notre équipe a été fortement sollicitée au quotidien pendant la crise au point de doubler le caseload par moment. "

" Mes collègues d'autres équipes mobiles et nous-mêmes avons dû par ailleurs faire face à des situations familiales difficiles, de conflits conjugaux, de parents seuls avec leurs enfants souffrant de handicap et confinés sans occupation, et aussi plus particulièrement à des situations d'enfants confrontés à une décompensation psychiatrique d'un parent isolé ou à une addiction d'un parent, dans des endroits assez clos. Nous avons vu également une forte augmentation de rechutes que ce soit d'alcool ou d'autres produits. "

Et après ?

" Le CSS met bien en évidence dans son rapport la problématique liée à la crise mais aussi tout ce qui risque d'apparaître dans la suite de la crise. " Dans ces analyses, suite à la crise de 2008 et aux attentats, on voit qu'il y a eu des rechutes. " Ce qui est important de voir, c'est qu'aussi bien au niveau de l'Inami que des gouvernements fédéral et régional, des renforcements assez rapides ont été mis en place. L'Inami a très vite créé des codes spécifiques pour les suivis téléphoniques et le gouvernement wallon a pris des dispositions et a débloqué des moyens financiers extraordinaires additionnels afin de soutenir certains opérateurs de l'action sociale et de la santé, y compris la santé mentale. On sent que tout le monde va dans le même sens. "

" Les différents niveaux de pouvoir ont pris des décisions intéressantes mais l'important c'est qu'il n'y ait pas de situations qui échappent. Il faudrait être attentif à ce qu'il n'y ait pas d'oubliés. Je pense, par exemple, aux personnes qui ont des contrats précaires comme les petits indépendants qui ne remplissent pas une série de conditions pour rentrer dans un cadre, ces personnes risquent la précarité. "

Une leçon à tirer de cette crise ?

" Une des leçons à tirer de cette crise ", conclut Frédérique Van Leuven , " c'est que de nombreuses initiatives se sont développées et ont parfois été sanctionnées à tort car nous avons des réglementations parfois trop strictes. Or, cette solidarité fait du bien à la santé mentale. Tout le monde a besoin du petit pouvoir de se sentir utile, surtout dans cette situation de confusion. "

https://www.health.belgium.be/fr/avis-9589-sante-mentale-et-covid-19#anchor-37155

"Le CSS recommande à travers son avis, que tous les aspects psychosociaux soient pris en compte, afin de diminuer les problèmes de santé mentale au sein de la population. Il nous dit ", lit-elle à voix haute, " [...] qu'il faut pour cela une communication claire, cohérente et transparente... "" "Il est évident que la communication claire, cohérente et transparente a manqué et est essentielle ", poursuit-elle . "Nous l'avons ressenti au sein du personnel. " " Ce qui a été très perturbant pour le personnel soignant, c'est l'incohérence et les injonctions parfois contradictoires ", explique la psychiatre , " Cette crise, parce qu'elle est non anticipée, a créé une cacophonie qui s'est répercutée au niveau du terrain. Cela a provoqué de la confusion et beaucoup d'inquiétude. Je pense que c'est un des facteurs à la base du burnout dans les équipes. Mes collègues bruxellois ont vu des situations de personnel de première ligne ayant déjà vécu la crise des attentats. Et la pandémie actuelle a réactualisé ce trauma, rappelant la même situation de désorganisation. " " Que ce soit au niveau de l'équipe mobile ou en hôpital, le personnel soignant avec lequel je suis en contact a été fort impacté : la communication autour du masque, par exemple, a été compliquée, le porter ou pas ? En prévention ou pas ? Ensuite, il y a eu le manque de matériel. Les masques qui nous ont été fournis par le ministère de la santé publique n'étaient pas aux normes donc inutilisables. Les seuls masques normés que nous ayons reçus provenaient de dons. Il est évident que les hôpitaux psychiatriques ont fait partie des grands oubliés de cette crise (lire jdM N°2625). "" Sur le terrain, il est certain qu'il y a eu une augmentation des mises en observation ", poursuit le Dr Van Leuven. " Plusieurs hôpitaux de Wallonie que j'ai contactés arrivent d'ailleurs à la même constatation ", affirme-t-elle . " Plus de 50 % d'augmentation ces deux derniers mois. " Mais ce chiffre est à prendre avec précaution, précise le docteur et il faudrait le comparer sur d'autres années et sur une période suffisamment longue. Parmi cette mise en observation , il y a deux types de patients nous explique-t-elle : " Il y a les patients psychiatriques connus (avec un suivi discontinu) qui ont décompensé durant le confinement, parfois suite à une discontinuité du suivi entraîné par la crise, et une autre partie de personnes qui décompensaient pour la première fois, dont parmi eux quelques cas de personnel soignant, avec parfois des tableaux cliniques impressionnants comme du délire de culpabilité ou paranoïde. On trouve aussi des personnes qui vivaient dans un équilibre un peu fragile qui tenaient le coup grâce à un surinvestissement dans leur profession mais étaient isolées par ailleurs. Ça peut être une coiffeuse qui n'a pas d'enfants ni de mari et vit entièrement pour son salon ou encore une aide-ménagère qui existe à travers ses contacts sociaux, ses clients, souvent des personnes âgées. Et puis l'impact considérable du risque financier a joué énormément. L'angoisse financière a fait flamber des risques suicidaires très importants, surtout chez les indépendants et les personnes précarisées. " Du côté des équipes mobiles, plus de personnes âgées ont consulté. Une personne en demande sur quatre avait plus de 65 ans. " Il s'agissait en fait de l'effet de manque de la première ligne : le médecin généraliste ne passe plus, l'aide-ménagère non plus, or ce sont des points de repères pour ces personnes. Dès lors, elles se sentent isolées. Par contre, un afflux de personnes qu'elles ne connaissent pas apparaît, ce qui crée de la confusion et un tableau ressemblant à de la démence peut alors se déclencher, qui est en fait l'effet de l'angoisse due aux changements de repères. " L'équipe mobile permet d'accéder à une partie de la population qui n'a pas accès aux soins . " L'équipe mobile de crise dont je suis responsable travaille pour toute situation de crise que ça soit psychiatrique ou en santé mentale et exerce à domicile avec un suivi d'une durée de deux mois environ. Nous n'avons jamais arrêté pendant la pandémie. Les visites à domicile ont continué pour les cas d'urgence, et l'entretien téléphonique a été mis en place pour les cas moins urgents. Notre équipe a été fortement sollicitée au quotidien pendant la crise au point de doubler le caseload par moment. "" Mes collègues d'autres équipes mobiles et nous-mêmes avons dû par ailleurs faire face à des situations familiales difficiles, de conflits conjugaux, de parents seuls avec leurs enfants souffrant de handicap et confinés sans occupation, et aussi plus particulièrement à des situations d'enfants confrontés à une décompensation psychiatrique d'un parent isolé ou à une addiction d'un parent, dans des endroits assez clos. Nous avons vu également une forte augmentation de rechutes que ce soit d'alcool ou d'autres produits. "" Le CSS met bien en évidence dans son rapport la problématique liée à la crise mais aussi tout ce qui risque d'apparaître dans la suite de la crise. " Dans ces analyses, suite à la crise de 2008 et aux attentats, on voit qu'il y a eu des rechutes. " Ce qui est important de voir, c'est qu'aussi bien au niveau de l'Inami que des gouvernements fédéral et régional, des renforcements assez rapides ont été mis en place. L'Inami a très vite créé des codes spécifiques pour les suivis téléphoniques et le gouvernement wallon a pris des dispositions et a débloqué des moyens financiers extraordinaires additionnels afin de soutenir certains opérateurs de l'action sociale et de la santé, y compris la santé mentale. On sent que tout le monde va dans le même sens. "" Les différents niveaux de pouvoir ont pris des décisions intéressantes mais l'important c'est qu'il n'y ait pas de situations qui échappent. Il faudrait être attentif à ce qu'il n'y ait pas d'oubliés. Je pense, par exemple, aux personnes qui ont des contrats précaires comme les petits indépendants qui ne remplissent pas une série de conditions pour rentrer dans un cadre, ces personnes risquent la précarité. "" Une des leçons à tirer de cette crise ", conclut Frédérique Van Leuven , " c'est que de nombreuses initiatives se sont développées et ont parfois été sanctionnées à tort car nous avons des réglementations parfois trop strictes. Or, cette solidarité fait du bien à la santé mentale. Tout le monde a besoin du petit pouvoir de se sentir utile, surtout dans cette situation de confusion. "https://www.health.belgium.be/fr/avis-9589-sante-mentale-et-covid-19#anchor-37155