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La nouvelle trouvaille 1 que l'on doit au Dr Justine Bellier, jeune chercheuse Télévie au Laboratoire de Recherche sur les Métastases (LRM) du Giga-Cancer à l'Université de Liège, co-dirigé par le Pr Vincenzo Castronovo et le Dr Akeila Bellahcène, est le fruit d'un travail de longue haleine appelé à se poursuivre dans les prochaines années." Depuis 2013, nos travaux portent sur le stress glycant, aussi appelé stress du méthylglyoxal ", constate le Dr Akeila Bellahcène, qui est aussi directrice de recherches au Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) et qui a été élue présidente de l'Association Belge pour l'Étude du Cancer (ABEC), en janvier 2018." Il s'agit d'un stress associé à une utilisation exacerbée de glucose par les cellules cancéreuses par rapport aux cellules normales. En 2016, nous avions montré que le méthylglyoxal favorisait la progression des tumeurs et le développement des métastases, et, l'an dernier, une autre de nos études 2 relatait le fait que nous étions parvenus à mettre en évidence une signature d'expression génique de ce stress au niveau des cellules cancéreuses mammaires. "Depuis deux ans, l'équipe liégeoise s'est aussi focalisée sur le cancer du côlon, le troisième cancer le plus fréquent dans notre pays (plus de 9.000 cas détectés chaque année), aussi bien chez l'homme que chez la femme, et le deuxième le plus meurtrier au monde. Souvent détecté tardivement, il provoque la mort de près de neuf personnes par jour en Belgique. Pour le combattre, il existe une thérapie ciblée. Hélas, à peine 15% des patients répondent à cette médication. C'est dire si les chances de survie sont extrêmement réduites." On s'est dit que le blocage du stress glycant pourrait apporter un plus dans ces cas-là ", commente le Dr Bellahcène. " Et donc, nous avons pensé à utiliser la carnosine, une molécule à l'efficacité redoutable, dont nous avions d'ailleurs montré précédemment l'activité anti-métastatique dans les cancers du sein triple négatifs. "" Produit par notre corps, ce peptide naturel est notamment utilisé pour traiter certaines complications chez les diabétiques, telles que les néphropathies. Les cellules cancéreuses produisent en effet beaucoup plus de méthylglyoxal que les cellules normales et il est désormais considéré comme un onco-métabolite. "Les chercheurs liégeois ont pu tester les effets de cette molécule pour bloquer la croissance des tumeurs du côlon. Avec succès. " Administrée à doses non toxiques à des souris, la carnosine non seulement ralentit très significativement l'évolution de tumeurs humaines du côlon résistantes à un traitement ciblé tel que le cetuximab, mais surtout elle rétablit leur sensibilité à ce médicament pour lequel ces tumeurs n'étaient pas éligibles d'emblée. Il s'agit de tumeurs qui présentent une mutation KRAS, soit jusqu'à 45% des cancers colorectaux. "Du coup, en associant la carnosine aux traitements administrés aux patients atteints du cancer du côlon avancé, Akeila Bellahcène pense pouvoir aider à guérir plus de 50% de ces patients puisque 15% sont déjà éligibles à la thérapie ciblée. Un progrès remarquable et qui n'apportera potentiellement pas plus de toxicité aux patients." N'oublions pas qu'en majorité, les personnes concernées sont âgées et qu'elles sont donc moins aptes à subir des chimiothérapies lourdes et surtout des combinaisons souvent toxiques de deux ou trois molécules, " poursuit-elle. " Ici, nous proposons d'ajouter une molécule naturelle à l'arsenal thérapeutique déjà existant, ce qui devrait être beaucoup plus facile à supporter. "" De plus, même s'il faudra encore attendre quelques années pour valider cliniquement cette nouvelle combinaison de traitements, cela devrait tout de même se faire plus rapidement qu'avec d'autres molécules étant donné que la carnosine est une substance non toxique. "En attendant, le Dr Bellahcène et ses collègues vont continuer à exploiter le filon au niveau de leurs recherches." L'objet de notre étude a été de voir si nous pouvions resensibiliser les tumeurs mutées pour l'oncogène Kras à la thérapie ciblée et c'est exactement ce que nous avons démontré. D'autres expériences sont prévues pour mieux comprendre comment cela pourrait profiter à plus de patients atteints du cancer du côlon. J'aimerais tester si les porteurs de mutations pour d'autres oncogènes, comme Braf ou Nras, actuellement non éligibles, pourraient aussi être des répondeurs à un traitement incluant la carnosine. De même pour ceux qui n'ont pas de mutations et qui ne répondent pas au traitement ou qui récidivent à ce dernier. Je voudrais également vérifier si le stress glycant peut être prédictif de la réponse à la thérapie ciblée. " Enfin, Akeila Bellahcène envisage d'associer la carnosine dans le combat contre d'autres cancers tout aussi virulents, comme par exemple celui du pancréas, pour lequel le taux de survie est actuellement très faible et qui présente aussi des résistances aux thérapies en vigueur. Ce serait une avancée vraiment très appréciable...