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Héritier des Hussards, le très "critique" (de cinéma), Éric Neuhoff est surtout connu pour ses chroniques souvent assassines dans Le Figaro et l'émission de France Inter et pour son essai couronné du Prix Renaudot de l'essai fin 2019 intitulé (Très) cher cinéma français. Albin Michel republie aujourd'hui ses trois romans de jeunesse, inspirés en partie de la sienne, qui campent de jeunes narrateurs aux prises avec des relations amoureuses réelles, rêvées ou à venir. Des amours de la vingtaine, tandis que leur auteur désormais soixantenaire avoue avoir 19 ans pour toute la vie... Le journal du Médecin: Vous pratiquez la littérature en dilettante? Les livres sont des choses qui font partie de la vie, et dans mon cas, c'est un plus. Si vous n'en écrivez pas, personne ne va venir manifester devant chez vous pour protester. Lorsque j'entends certains évoquer l'angoisse de la page blanche, cela me fait rire: il s'agit tout de même d'une activité agréable qui, personnellement, me plaît ; au même titre que d'aller au cinéma, voir un film, discuter avec des amis... Dans "Les Hanches de Lætitia", on a le sentiment qu'il faut être en khâgne pour devenir critique de cinéma? Non, il faut avoir écouté Le masque et la plume dans les années 70. Les hanches de Laetitia est censé être un journal tenu par un jeune homme de 19 ans. J'avais 30 ans lorsque je l'ai écrit, mais je n'avais eu aucun mal à me remettre dans la peau de quelqu'un de cet âge, en prépa à Toulouse. L'on reste toujours des étudiants de 19 ans jusqu'à la fin... surtout moi, mais il n'y pas de quoi s'en vanter. Dans ce premier roman il y a un côté Brett Easton Ellis... cassoulet, car toulousain Mais il y a moins de drogue! Les livres où elle est présente m'ennuient. Maurice Ronet disait: " Je ne me drogue pas, car je me vois mal en train de lever ma seringue à la santé de mes amis". Et Baudelaire écrivait " un boucher qui se drogue fait des rêves de boucher". J'ai toujours eu ces maximes à l'esprit afin d'éviter de me droguer. Chez vous, il y a du Paul Morand qui aurait du coeur? J'aimais beaucoup Morand. L'été 76, celui de mes 20 ans et de la sécheresse qui convient bien à son style, Morand est mort, ainsi que Kléber Hadens qui vivait à Toulouse, ce que j'ignorais, et dont "Adios" était un de mes livres favoris. Votre univers évoque aussi les photos de Jacques Henri Lartigue: une certaine fantaisie racée? Un côté peut-être un peu démodé ou sépia. On me dit toujours que je fais de la nostalgie, ce qui n'est pas faux. Mais ce sentiment est la farine du boulanger pour un romancier. Dans le chef du narrateur de ces trois romans, on ressent aussi un mépris de soi... Il préfère s'intéresser aux autres que de regarder son nombril, et fait peut-être montre d'une certaine modestie, d'une ouverture. Et d'un mépris de classe? Disons qu'il est tentant, pour une bonne formule, de se laisser aller, même si cela doit blesser quelqu'un: si la phrase est belle...Mais j'apprécie, même lorsque je me fais descendre dans une critique, si l'article est drôle: je préfère cela aux éloges convenus. Vous avez un côté plutôt indien que cow-boy... mais en mocassins griffés... J'aimais bien les Indiens et je regrette qu'il n'y ait plus de JohnWayne, de Clint Eastwood. Je n'étais pas contre, mais à part: quand on est jeune, on fait preuve d'un tel conformisme, alors qu'il faut suivre sa pente, son inclination. Mais cela s'apprend avec l'âge, en se débarrassant de sa timidité pour devenir soi-même. Dans ce que vous écrivez, il y a un côté snob vaincu... Le snobisme intelligent me convient, qui permet de découvrir beaucoup de choses le premier. Le snobisme mondain n'est pas intéressant, au contraire du snobisme intellectuel. Et puis l'esprit français, bien que je ne sois pas sûr que ce soit du snobisme: l'ironie, la conversation, les bons mots, les vacheries... qui font partie du sel de la vie. Et vaincu? Ah oui, les vaincus sont bien plus intéressants que les vainqueurs. Il y a beaucoup de vaincus qui n'ont pas livré bataille. Qui voient le côté dérisoire de toute chose...