Les services des urgences sont en grande mutation.

Il est émouvant de se rappeler l'époque lointaine où on ne parlait même pas de services d'urgence, mais de 'la garde' de l'hôpital, un endroit relativement petit où on prenait en charge les cas urgents, sérieux, nécessitant généralement l'hospitalisation. Oserais-je rappeler que nous étions parfois peu accueillants vis-à-vis de celles et ceux qui osaient nous déranger pour un problème jugé peu alarmant ? C'était disait-on, typiquement la visite de fin de soirée, lorsque les programmes de télévision touchaient à leur fin, lorsque la maman amenait le petit qui était fiévreux depuis quelques heures... "N'avez-vous donc pas de médecin généraliste" ? "Vous savez, vous auriez dû en appeler un !" Une situation qui a bien évolué...

Beaucoup "d'urgences" n'en sont plus vraiment aujourd'hui. On a bien compris l'intérêt de consulter aux urgences, où il n'est pas nécessaire de prendre rendez-vous, où on est accueilli 24 heures sur 24, par des professionnels compétents et surtout où les examens complémentaires qui seraient nécessaires (radios, analyses de laboratoire, consultations de spécialistes...) sont obtenus dans la foulée.

Agrandissement des services d'urgence

La mutation s'est faite rapidement, si bien que d'aucuns se sont même plaints d'avoir dû attendre trop longtemps avant d'être pris en charge ou de ne pas avoir eu droit aux consultations spécialisées qu'ils espéraient.

L'extension des visites aux urgences aux personnes en état non critique a mené non seulement à la nécessité d'agrandir considérablement les services mais aussi de mettre en place ce qu'on appelle un peu trivialement le "tri" ('triage' en anglais), où un(e) infirmier(e) formé(e) s'assure du caractère non-urgent de la visite : il n'est évidemment pas question de faire attendre sur un strapontin celui qui a des douleurs suggestives d'angor ou de douleurs abdominales compatibles avec une péritonite...

A partir de là, pour les problèmes non-urgents, le délai d'attente peut être assez long. Dans certains grands hôpitaux comme à la KUL, on établit des filières dans lesquelles le patient pourra estimer son temps d'attente, en fonction du degré d'encombrement du service. Il peut s'agir de quelques heures, mais avez-vous songé au temps que cela prend d'aller voir son généraliste, puis de revenir pour la prise de sang, d'aller chez le radiologue pour la radiographie de thorax.... Cela s'avère trop long dans le service des urgences ? Libre à vous de le quitter pour aller voir ailleurs. Dans un hôpital sophistiqué comme à l'hôpital Samsung de Seoul, on peut visualiser sur un écran le degré d'avancement des évaluations des différents patients (photo).

Cette évolution est inexorable. Pas la peine d'essayer de lutter contre le processus, la motivation est claire. Le médecin généraliste, autrefois concerné par la concurrence, ne s'en plaint plus beaucoup, heureux qu'il est de devoir faire moins de visites domiciliaires. L'avenir est d'intégrer des médecins généralistes aux services d'urgence, comme l'hôpital Saint-Luc (photo en haut) a commencé il y a longtemps et que j'ai lancé quand j'étais Chef de Pôle à l'hôpital Erasme.

Pénurie d'urgentistes

Mais il y a trop à faire pour les médecins urgentistes, dont le nombre est insuffisant pour faire face à ce flux important de patients aux problèmes variés. Et puis, l'urgentiste ne peut être spécialiste en tout, et encaisser en prime toutes les plaintes des mécontents qui s'attendaient à des soins de qualité parfaite. L'explosion de la récente colère des urgentistes en France est une illustration du problème.

A l'avenir, à côté de l'admission des cas critiques, qui impliqueront rapidement l'équipe des soins intensifs, l'accueil des urgences ressemblera à un grand comptoir d'accueil d'un hôtel 4 (pour ne pas dire 5) étoiles, et l'infirmier d'accueil, en concertation avec le médecin urgentiste, orientera le patient soit vers le médecin généraliste de garde, soit vers le spécialiste adapté. S'il s'agit de votre hôpital habituel, vous aurez introduit votre carte de santé et tous les renseignements utiles vous concernant seront immédiatement disponibles. Les urgences seront une grande plaque tournante, un petit hôpital dans le grand.

Les services des urgences sont en grande mutation.Il est émouvant de se rappeler l'époque lointaine où on ne parlait même pas de services d'urgence, mais de 'la garde' de l'hôpital, un endroit relativement petit où on prenait en charge les cas urgents, sérieux, nécessitant généralement l'hospitalisation. Oserais-je rappeler que nous étions parfois peu accueillants vis-à-vis de celles et ceux qui osaient nous déranger pour un problème jugé peu alarmant ? C'était disait-on, typiquement la visite de fin de soirée, lorsque les programmes de télévision touchaient à leur fin, lorsque la maman amenait le petit qui était fiévreux depuis quelques heures... "N'avez-vous donc pas de médecin généraliste" ? "Vous savez, vous auriez dû en appeler un !" Une situation qui a bien évolué...Beaucoup "d'urgences" n'en sont plus vraiment aujourd'hui. On a bien compris l'intérêt de consulter aux urgences, où il n'est pas nécessaire de prendre rendez-vous, où on est accueilli 24 heures sur 24, par des professionnels compétents et surtout où les examens complémentaires qui seraient nécessaires (radios, analyses de laboratoire, consultations de spécialistes...) sont obtenus dans la foulée.La mutation s'est faite rapidement, si bien que d'aucuns se sont même plaints d'avoir dû attendre trop longtemps avant d'être pris en charge ou de ne pas avoir eu droit aux consultations spécialisées qu'ils espéraient.L'extension des visites aux urgences aux personnes en état non critique a mené non seulement à la nécessité d'agrandir considérablement les services mais aussi de mettre en place ce qu'on appelle un peu trivialement le "tri" ('triage' en anglais), où un(e) infirmier(e) formé(e) s'assure du caractère non-urgent de la visite : il n'est évidemment pas question de faire attendre sur un strapontin celui qui a des douleurs suggestives d'angor ou de douleurs abdominales compatibles avec une péritonite...A partir de là, pour les problèmes non-urgents, le délai d'attente peut être assez long. Dans certains grands hôpitaux comme à la KUL, on établit des filières dans lesquelles le patient pourra estimer son temps d'attente, en fonction du degré d'encombrement du service. Il peut s'agir de quelques heures, mais avez-vous songé au temps que cela prend d'aller voir son généraliste, puis de revenir pour la prise de sang, d'aller chez le radiologue pour la radiographie de thorax.... Cela s'avère trop long dans le service des urgences ? Libre à vous de le quitter pour aller voir ailleurs. Dans un hôpital sophistiqué comme à l'hôpital Samsung de Seoul, on peut visualiser sur un écran le degré d'avancement des évaluations des différents patients (photo).Cette évolution est inexorable. Pas la peine d'essayer de lutter contre le processus, la motivation est claire. Le médecin généraliste, autrefois concerné par la concurrence, ne s'en plaint plus beaucoup, heureux qu'il est de devoir faire moins de visites domiciliaires. L'avenir est d'intégrer des médecins généralistes aux services d'urgence, comme l'hôpital Saint-Luc (photo en haut) a commencé il y a longtemps et que j'ai lancé quand j'étais Chef de Pôle à l'hôpital Erasme.Mais il y a trop à faire pour les médecins urgentistes, dont le nombre est insuffisant pour faire face à ce flux important de patients aux problèmes variés. Et puis, l'urgentiste ne peut être spécialiste en tout, et encaisser en prime toutes les plaintes des mécontents qui s'attendaient à des soins de qualité parfaite. L'explosion de la récente colère des urgentistes en France est une illustration du problème.A l'avenir, à côté de l'admission des cas critiques, qui impliqueront rapidement l'équipe des soins intensifs, l'accueil des urgences ressemblera à un grand comptoir d'accueil d'un hôtel 4 (pour ne pas dire 5) étoiles, et l'infirmier d'accueil, en concertation avec le médecin urgentiste, orientera le patient soit vers le médecin généraliste de garde, soit vers le spécialiste adapté. S'il s'agit de votre hôpital habituel, vous aurez introduit votre carte de santé et tous les renseignements utiles vous concernant seront immédiatement disponibles. Les urgences seront une grande plaque tournante, un petit hôpital dans le grand.