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Willem Wallyn, connu pour ses films Film 1 et De 16, réussit brillamment l'exercice périlleux qui consiste à toucher un large public sans tomber dans la platitude commerciale. La film nous présente des personnages atteints de cancer en phase terminale et qui cherchent de l'aide auprès d'un groupe de soutien. Le ton tragi-comique fonctionne ici à merveille pour traiter de la mort et du deuil. Dans ce casting quatre étoiles, les acteurs (entre autres Maaike Neuville, Bruno Vanden Broecke, Joke De Vynck) jouent littéralement comme si c'était leur dernier jour sur terre. " Les personnages affichent l'ensemble des réactions humaines à l'annonce d'un diagnostic grave : le déni, la colère, le cynisme et la tristesse ", explique le psychiatre Dirk De Wachter dans une interview. " Willem Wallyn a fait un travail de recherche remarquable. " Willem Wallyn : " En fait, j'ai fait très peu de recherches, afin de ne pas me limiter dans l'écriture. J'ai bien sûr vérifié, dans un deuxième temps, que le script ne contenait pas d'énormités. Dans ce film, je traite des différents stades du deuil, telle qu'ils sont décrits par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross1, et les laissent rayonner au travers des différents personnages. C'est ce qui rend le drame si juste. Si Dirk De Wachter juge mon travail de recherche pertinent, c'est certainement parce qu'il s'agit des vraies réactions de personnes confrontées à la mort. J'ai fait mienne toutes ces histoires, mais cela reste universel. Aux avant-premières, on me disait souvent : " J'ai l'impression que vous parlez de mon histoire." Pourtant, j'ai puisé en moi pour faire ce film. Je n'ai volontairement pas fait beaucoup de recherches sur le cancer pour ne pas tomber dans l'attrait pour l'exotisme du traitement. "Le journal du médecin : L'histoire brille par son réalisme et son authenticité grâce, entre autres, aux multiples scènes tournées à l'hôpital gantois AZ Jan Palfijn. Pouvez-vous nous décrire cette expérience ? W.W : Depuis que j'ai 50 ans, je me rends chaque année à Jan Palfijn pour un contrôle cardiaque. Dans All of Us, nous y avons passé plusieurs semaines. C'était fantastique de travailler là-bas. Mon cardiologue, avec qui je blague souvent sur le meurtre parfait, m'a également donné quelques pistes. Je ne les ai pas toutes suivies, car je trouvais visuellement plus intéressant de filmer un oncologue en train de regarder des radiographies avec une boite à lumière que sur un ordinateur. Même si on n'utilise plus ce genre de matériel depuis longtemps... Vous n'accusez pas vraiment l'oncologue de manquer d'empathie. Vouliez-vous éviter cet écueil ? C'est ce qu'on pense pendant quelques secondes quand un personnage dit d'un médecin : " il m'a annoncé que j'allais mourir en regardant ses chaussures. " Pour moi, il ne s'agit pourtant pas d'un manque d'empathie, mais plutôt d'une forme de honte. Comment annoncer à une personne qu'elle va mourir ? Vous pouvez dégainer les termes médicaux ou refiler le sale boulot à votre secrétaire. J'ai préféré l'idée d'un homme qui regarde ses chaussures. D'ailleurs, j'entends nuancer ce manque d'empathie chez les médecins. L'année dernière, j'ai accompagné un ami à l'hôpital. Il avait peur d'entendre de mauvaises nouvelles. Le médecin lui a en effet annoncé qu'il était atteint d'un cancer et a passé en revue toute la procédure à venir. Mon ami a trouvé l'oncologue inhumain, alors que ce n'était pas le cas. Parfois, on confond message et messager. Ce docteur était au contraire dans l'empathie totale. C'est à ce moment que j'ai, pour la première fois, vu comment un être humain réagissait à l'annonce d'un cancer. Pourtant, All of Us a pour vocation première de divertir. Pourquoi avoir choisi cette thématique dans ce cas. J'aime prendre des risques. C'est plus fort que moi. Ne pas savoir où on va se trouver, c'est ça qui m'anime. Je voulais faire un film autour de l'idée de la mortalité. Quand on me dit : " vous avez raconté mon histoire ", cela me conforte dans l'idée que tous regardent le film plus ou moins de la même manière. On joue avec notre propre mort, et c'est notre droit. Ce film parle de nous tous. Comme si, via les personnages, nous nous observions depuis un hélicoptère. Je ne souhaitais en aucun cas faire un film sur le cancer. Pendant le tournage de la scène où un nouveau-né est sur son père mourant, tout le monde pleurait. Cette image est iconique et attriste d'une manière presque indicible. Il est important pour le spectateur de ne pas se laisser impressionner par cette thématique lourde, et pour le cinéphile averti de ne pas reculer devant l'approche commerciale du film. J'ai été agréablement étonné que mon ami Patrick Conrad l'apprécie et le conseille même. All of Us est LE film que je rêvais de faire, même si je me rends compte qu'il est un peu " assis entre deux chaises ".