Chacun a souligné tout d'abord l'excellent esprit de la réunion en ligne à laquelle s'est jointe une trentaine de participants en l'absence, toutefois, de représentants du corps infirmier en MRS si nos informations sont exactes.

" On a senti un grand soutien de l'administration de l'Aviq [Agence wallonne pour une vie de qualité] aux situation de crise ", précise Paul De Munck, président du GBO, " présent " à la réunion. " Il y a eu volonté de toutes les parties prenantes de collaborer, tant les MG que les directions de MRS, le personnel, les gériatres... " En parallèle, le Dr Nicolas Berg, président de la Société belge des gériatres, autre participant, souligne l'éloge fait à l'ensemble de l'administration de l'Aviq et du cabinet de la ministre Morreale pour leur écoute et leur action pendant la crise, " chose assez rare pour être soulignée ". Puisqu'en effet, en général, l'administration et les politiques concentrent toutes les frustrations imaginables.

Les décès sont-ils liés à la structure ou au fait que les résidents en MRS font partie d'une population plus fragile ?

Volonté du résident

L'éthique a pris une place importante dans le débat avec notamment la présence de l'éthicienne Cécile Boly (ancienne lauréate aux Hippocrate d'Or du journal du Médecin), et notamment, la question de savoir qui porte la voix du résident dans ces circonstances dramatiques. Connaît-on vraiment leur perception, leur volonté réelle ? Se sont-ils sentis abandonnés ? Quid à l'avenir ?

Il a été question aussi d'améliorer la coordination entre les médecins coordinateurs de MRS (les MCC) et les hôpitaux, notamment les services gériatriques.

Tout le monde s'accorde sur la nécessité de prévoir à l'avenir des stocks stratégiques de réserve pour les MRS notamment en équipements de protection individuelle (EPI) qui ont fait défaut partout mais en particulier dans les résidences, souvenons-nous de la maison de repos La Cambre, à Watermael-Boitsfort, qui a fait la une des journaux en début de crise (voir photo).

Hécatombe

L'hécatombe de morts a été abordée sans tabou, selon Paul De Munck qui ne cache pas son épuisement face à la pandémie. " Le débat s'est porté sur le fait de savoir si les personnes âgées n'auraient pas dû être hospitalisées plus vite. Personne ne peut répondre de manière définitive à ces questions. Mais ce fut extrêmement difficile à gérer. L'âge avancé a joué également. Devait-on par ailleurs s'acharner thérapeutiquement ? On a posé la question des projets de fin de vie beaucoup trop absents au niveau des résidents. On un gros effort à faire. Les gens ne comprennent pas toujours les décisions. Je souligne le polymorphisme des situations : la collaboration avec les généralistes a été très différente d'un endroit à l'autre. Des directeurs ont pris des décisions unilatérales (sur quelles recommandations ils se basaient ? )... La volonté manifeste est qu'il faut aller vers plus de concertation. Si demain on doit faire face à des nouvelles pandémies, qu'on soit mieux armé, équipé, organisé... "

" On a rappelé qu'en chiffres publiés de morts par habitant, la Belgique a peut-être de moins bonnes performances mais on les a peut-être comptabilisées différemment comme morts Covid ", rappelle le Dr Nicolas Berg. " La surmortalité inquiétante doit aussi être affinée. Les décès à déplorer sont-ils liés à la structure ou au fait que les résidents en MRS font partie d'une population plus fragile ? "

La question se pose de manière immédiate pour les MRS actuellement vierges de cas Covid : comment les gérer ? " Éthiquement, c'est de la médecine préventive. Donc, on devrait demander l'avis des résidents. Si un résident contaminé fait courir des risques aux autres personnes dans l'institution, que fait-on ? Laisser tous les résidents sous cloche ? Intenable sur le long terme car cela nécessiterait un isolement prolongé. à partir du moment où c'est un lieu de vie, on fait quoi pour les isoler alors que certains ont amené leurs meubles ? Les chambres ne sont pas interchangeables... Les MRS sont à la fois des lieux de vie et de soins. Comment faire le juste équilibre ? "

Le gériatre souligne l'importance d'une infirmière spécialisée en hygiène et l'amélioration de la communication avec les services de gériatrie. " On a vu le meilleur et le pire pendant cette crise... "

Contaminations

Comment tout cela est-il arrivé ? Ne savait-on pas dès le mois de mars que le virus s'attaquait plutôt aux vieilles personnes ? Vraisemblablement, tout le monde a introduit le virus dans ces institutions : le personnel d'entretien, le personnel soignant, les médecins, la personne âgée qui revenait de l'hôpital pour une autre raison médicale, les visiteurs, la famille... Encore aujourd'hui, les sas de décontamination répondent-ils à toutes les conditions d'efficacité mais aussi d'humanité ? Beaucoup de proches n'ont pas pu dire adieu à leurs parents et grands-parents...

D'où la question posée par les gestionnaires de l'importance des tests sérologiques, ne fût-ce que pour des raisons psychologiques. Le personnel soignant a le droit de savoir.

" La question de la sérologie est un débat en lui-même : qui tester, quand, pour quoi faire (débat qui concerne toute la population d'ailleurs) ? " se demande le Dr Paul De Munck. " Il faudra une suite à ça. J'ai insisté personnellement qu'il y ait une réunion avec le secteur infirmier présent dans les MRS. Ils étaient absents à la réunion... La ministre a accepté l'idée de se réunir avec le personnel soignant des MRS. Combien ces gens ont souffert de cette situation ? Qu'ont-ils à suggérer ? "

Par ailleurs le Dr De Munck a demandé un débat parlementaire sur les choix éthiques de décision à prendre du point de vue bénéfice-risque. " Si on rouvre les MRS malgré un certain nombre de mesures, on prend un risque. On l'assume. Mais ces choix doivent être validés par la société démocratique. Cela ne peut être uniquement des décisions entre experts. La ministre n'y a pas été hostile a priori. Les choix éthiques étaient très présents dans le débat... "

Tous à domicile ?

La discussion sur la structure même des MRS a été abordée. Les MRS seront-elles dans un avenir lointain encore les mêmes ? Faut-il, à l'opposé, maintenir tous nos aînés à domicile ? Si on garde des structures, il faudra les humaniser fortement. Nicolas Berg : " Il est clair que certaines personnes âgées atteintes de pathologie mentale n'ont rien à faire en maison de repos mais devraient plutôt être admises en habitats protégés même si ceci n'a pas été abordé lors de la réunion. La réflexion sur une meilleure structure d'hébergement pour personnes âgées faisait depuis longtemps son chemin au niveau de l'Aviq mais elle trouve écho dans ces circonstances difficiles... "

Est-ce que les MRS sont devenues le temps d'une crise des annexes des hôpitaux, bien que nettement moins médicalisées ? Apparemment non, souligne le Dr Berg. " Par contre il y eu sans doute parfois des hôpitaux qui ont été frileux de prendre certains patients contaminés. Mais pas les services de gériatrie ! Il y a eu parfois des médecins traitants à qui on a déconseillé d'aller dans les MRS. On a dit à ceux qui voulaient venir : 'On règle tout par téléphone.' On est en revanche effrayé de ne plus voir certaines pathologies ou certains infarctus. Dieu sait ce qu'on va découvrir chez des gens qui ne se sont plus rendus à l'hôpital pendant deux mois ! "

De cette réunion au sommet mais en ligne, deux idées-phares surnagent : à moyen terme, améliorer la communication en MRS avec les résidents, les familles, et avec la 1ère et la 2è ligne et, deuxièmement, mieux former les MCC à la gestion de crise (pandémique).

Un véritable chantier attend le secteur dont l'extrême fragilité s'est révélée pendant cette crise.

Chacun a souligné tout d'abord l'excellent esprit de la réunion en ligne à laquelle s'est jointe une trentaine de participants en l'absence, toutefois, de représentants du corps infirmier en MRS si nos informations sont exactes. " On a senti un grand soutien de l'administration de l'Aviq [Agence wallonne pour une vie de qualité] aux situation de crise ", précise Paul De Munck, président du GBO, " présent " à la réunion. " Il y a eu volonté de toutes les parties prenantes de collaborer, tant les MG que les directions de MRS, le personnel, les gériatres... " En parallèle, le Dr Nicolas Berg, président de la Société belge des gériatres, autre participant, souligne l'éloge fait à l'ensemble de l'administration de l'Aviq et du cabinet de la ministre Morreale pour leur écoute et leur action pendant la crise, " chose assez rare pour être soulignée ". Puisqu'en effet, en général, l'administration et les politiques concentrent toutes les frustrations imaginables. L'éthique a pris une place importante dans le débat avec notamment la présence de l'éthicienne Cécile Boly (ancienne lauréate aux Hippocrate d'Or du journal du Médecin), et notamment, la question de savoir qui porte la voix du résident dans ces circonstances dramatiques. Connaît-on vraiment leur perception, leur volonté réelle ? Se sont-ils sentis abandonnés ? Quid à l'avenir ? Il a été question aussi d'améliorer la coordination entre les médecins coordinateurs de MRS (les MCC) et les hôpitaux, notamment les services gériatriques. Tout le monde s'accorde sur la nécessité de prévoir à l'avenir des stocks stratégiques de réserve pour les MRS notamment en équipements de protection individuelle (EPI) qui ont fait défaut partout mais en particulier dans les résidences, souvenons-nous de la maison de repos La Cambre, à Watermael-Boitsfort, qui a fait la une des journaux en début de crise (voir photo). L'hécatombe de morts a été abordée sans tabou, selon Paul De Munck qui ne cache pas son épuisement face à la pandémie. " Le débat s'est porté sur le fait de savoir si les personnes âgées n'auraient pas dû être hospitalisées plus vite. Personne ne peut répondre de manière définitive à ces questions. Mais ce fut extrêmement difficile à gérer. L'âge avancé a joué également. Devait-on par ailleurs s'acharner thérapeutiquement ? On a posé la question des projets de fin de vie beaucoup trop absents au niveau des résidents. On un gros effort à faire. Les gens ne comprennent pas toujours les décisions. Je souligne le polymorphisme des situations : la collaboration avec les généralistes a été très différente d'un endroit à l'autre. Des directeurs ont pris des décisions unilatérales (sur quelles recommandations ils se basaient ? )... La volonté manifeste est qu'il faut aller vers plus de concertation. Si demain on doit faire face à des nouvelles pandémies, qu'on soit mieux armé, équipé, organisé... "" On a rappelé qu'en chiffres publiés de morts par habitant, la Belgique a peut-être de moins bonnes performances mais on les a peut-être comptabilisées différemment comme morts Covid ", rappelle le Dr Nicolas Berg. " La surmortalité inquiétante doit aussi être affinée. Les décès à déplorer sont-ils liés à la structure ou au fait que les résidents en MRS font partie d'une population plus fragile ? "La question se pose de manière immédiate pour les MRS actuellement vierges de cas Covid : comment les gérer ? " Éthiquement, c'est de la médecine préventive. Donc, on devrait demander l'avis des résidents. Si un résident contaminé fait courir des risques aux autres personnes dans l'institution, que fait-on ? Laisser tous les résidents sous cloche ? Intenable sur le long terme car cela nécessiterait un isolement prolongé. à partir du moment où c'est un lieu de vie, on fait quoi pour les isoler alors que certains ont amené leurs meubles ? Les chambres ne sont pas interchangeables... Les MRS sont à la fois des lieux de vie et de soins. Comment faire le juste équilibre ? " Le gériatre souligne l'importance d'une infirmière spécialisée en hygiène et l'amélioration de la communication avec les services de gériatrie. " On a vu le meilleur et le pire pendant cette crise... "Comment tout cela est-il arrivé ? Ne savait-on pas dès le mois de mars que le virus s'attaquait plutôt aux vieilles personnes ? Vraisemblablement, tout le monde a introduit le virus dans ces institutions : le personnel d'entretien, le personnel soignant, les médecins, la personne âgée qui revenait de l'hôpital pour une autre raison médicale, les visiteurs, la famille... Encore aujourd'hui, les sas de décontamination répondent-ils à toutes les conditions d'efficacité mais aussi d'humanité ? Beaucoup de proches n'ont pas pu dire adieu à leurs parents et grands-parents... D'où la question posée par les gestionnaires de l'importance des tests sérologiques, ne fût-ce que pour des raisons psychologiques. Le personnel soignant a le droit de savoir. " La question de la sérologie est un débat en lui-même : qui tester, quand, pour quoi faire (débat qui concerne toute la population d'ailleurs) ? " se demande le Dr Paul De Munck. " Il faudra une suite à ça. J'ai insisté personnellement qu'il y ait une réunion avec le secteur infirmier présent dans les MRS. Ils étaient absents à la réunion... La ministre a accepté l'idée de se réunir avec le personnel soignant des MRS. Combien ces gens ont souffert de cette situation ? Qu'ont-ils à suggérer ? "Par ailleurs le Dr De Munck a demandé un débat parlementaire sur les choix éthiques de décision à prendre du point de vue bénéfice-risque. " Si on rouvre les MRS malgré un certain nombre de mesures, on prend un risque. On l'assume. Mais ces choix doivent être validés par la société démocratique. Cela ne peut être uniquement des décisions entre experts. La ministre n'y a pas été hostile a priori. Les choix éthiques étaient très présents dans le débat... "La discussion sur la structure même des MRS a été abordée. Les MRS seront-elles dans un avenir lointain encore les mêmes ? Faut-il, à l'opposé, maintenir tous nos aînés à domicile ? Si on garde des structures, il faudra les humaniser fortement. Nicolas Berg : " Il est clair que certaines personnes âgées atteintes de pathologie mentale n'ont rien à faire en maison de repos mais devraient plutôt être admises en habitats protégés même si ceci n'a pas été abordé lors de la réunion. La réflexion sur une meilleure structure d'hébergement pour personnes âgées faisait depuis longtemps son chemin au niveau de l'Aviq mais elle trouve écho dans ces circonstances difficiles... "Est-ce que les MRS sont devenues le temps d'une crise des annexes des hôpitaux, bien que nettement moins médicalisées ? Apparemment non, souligne le Dr Berg. " Par contre il y eu sans doute parfois des hôpitaux qui ont été frileux de prendre certains patients contaminés. Mais pas les services de gériatrie ! Il y a eu parfois des médecins traitants à qui on a déconseillé d'aller dans les MRS. On a dit à ceux qui voulaient venir : 'On règle tout par téléphone.' On est en revanche effrayé de ne plus voir certaines pathologies ou certains infarctus. Dieu sait ce qu'on va découvrir chez des gens qui ne se sont plus rendus à l'hôpital pendant deux mois ! "De cette réunion au sommet mais en ligne, deux idées-phares surnagent : à moyen terme, améliorer la communication en MRS avec les résidents, les familles, et avec la 1ère et la 2è ligne et, deuxièmement, mieux former les MCC à la gestion de crise (pandémique). Un véritable chantier attend le secteur dont l'extrême fragilité s'est révélée pendant cette crise.