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Via les 'jardins verts de la psychiatrie', le Pr Geert Dom nous amène à son bureau à l'hôpital psychiatrique Multiversum à Boechout (près d'Anvers). Après avoir passé un bref moment aux Pays-Bas, c'est ici qu'il a commencé sa carrière clinique il y a maintenant 28 ans d'ici. Aujourd'hui, il en est le directeur médical. Lorsqu'il s'agit de la prise en charge des assuétudes, c'est directement au Pr Geert Dom que l'on pense." Tout comme il existe depuis la nuit des temps une stigmatisation au sein de la médecine de la psychiatrie, pendant longtemps, les assuétudes n'ont pas été reconnues comme un problème médical, mais étaient plutôt considérées comme une expression de la personnalité de l'individu, d'un manque de volonté. Entre-temps, cette image a quand même évolué, mais en partie seulement. Dans la formation de médecine, les étudiants apprennent aujourd'hui encore trop peu de choses sur la prise en charge des assuétudes, ce qui est assez étonnant quand on voit le poids du fardeau des assuétudes sur notre santé publique. "Depuis le début de sa carrière, le Pr Dom a donc toujours mis un point d'honneur à démontrer que les assuétudes ont une forte composante neurobiologique, de même qu'une composante psychosomatique. " Une personne qui souffre d'une problématique d'assuétude grave meurt en moyenne vingt ans plus tôt que son espérance de vie initiale, de complications somatiques. La collaboration avec la médecine somatique est donc extrêmement importante. Et pourtant, l'apport de la médecine somatique dans les hôpitaux psychiatriques est sous-financé, pour ne pas dire non financé. "L'impopularité des soins dans le domaine des assuétudes se remarquait à l'époque aussi dans l'offre d'études scientifiques. " Au début de ma pratique clinique, la plupart des groupes de recherche étaient axés sur la dépression, la psychose... ", relate le Pr Dom. Après une dizaine d'années de pratique, il décida alors de faire lui-même le pas vers la recherche.Cette décision déboucha en 2006 sur un doctorat sur la problématique de l'alcool puis, sur sa désignation de professeur à l'Université d'Anvers. Toujours dans la même lignée, le Pr Dom érigea au sein du Collaborative Antwerp Psychiatric Research Institute (CAPRI, UA) une branche de recherche sur les soins relatifs aux assuétudes. L'idée était, dès le début, de faire se croiser davantage la recherche d'une part et la pratique d'autre part. " C'est fondamental ", souligne l'expert en assuétudes. En effet, dans un certain sens, il se voit comme une figure de liaison entre les deux domaines.C'est en partie à son initiative qu'est née en ce début d'année la chaire 'Public Mental Health' à l'Université d'Anvers. " Pour pouvoir mieux aligner les stratégies de soins pour les personnes présentant une fragilité psychique sur les besoins à Anvers, il faut de la recherche et des données ", relève le Pr Dom. Selon lui, c'est d'ailleurs une des premières initiatives en Belgique où des hôpitaux psychiatriques et des services psychiatriques d'hôpitaux généraux financent de la recherche sur fonds propres." Dans notre domaine, nous avons souvent tendance à nous plaindre, mais nous ne prenons pas vite les choses en mains ", indique Geert Dom par rapport à ce deuxième aspect important de sa carrière : essayer de donner forme à la profession et soutenir les intérêts des psychiatres. Il a d'ailleurs été quelques années président de la Vlaamse Vereniging voor Psychiatrie et aujourd'hui, il est à nouveau président de l'Association professionnelle belge des médecins spécialistes en psychiatrie. " De telles structures permettent de défendre des dossiers de façon plus ciblée auprès des stakeholders concernés ", ajoute encore le psychiatre.Depuis sept ans, le Pr Dom s'est aussi engagé au niveau européen. Il est ainsi pour l'instant trésorier de l'European Psychiatric Association, qui réunit quelque 80.000 psychiatres en Europe, et président de l'European Federation of Addiction Societies ( EUFAS). Cette présence sur la scène européenne lui apprend à mettre pas mal de choses en perspective. " C'est certainement vrai que nos soins de santé mentale pourraient être meilleurs, mais ils ne sont pas mauvais. Un exemple : en Belgique, nous avons un bon nombre de psychiatres par habitant, qui sont en plus assez accessibles. Certes, il y a des listes d'attente, mais ce n'est rien lorsqu'on les compare à celles de certains autres pays européens."" A l'inverse, l'accessibilité des psychologues et des thérapeutes dans des pays comme les Pays-Bas et l'Angleterre est nettement meilleure que chez nous ", enchaîne le Pr Dom. L'élargissement de l'offre de soins en ambulatoire ici, en Belgique, fait donc partie de ses priorités pour les soins de santé mentale, de même que la revalorisation de la psychiatrie de crise (avec une attention particulière pour le personnel et l'architecture) et la formation des infirmiers psychiatriques, dont la profession a vraiment besoin.Conscient de l'importance de la politique pour faire avancer ces différents thèmes, le psychiatre est aussi actif dans différents conseils fédéraux. Il est ainsi par exemple co-président du groupe de travail 'Fonctions médicales' du SPF, et ce, toujours en bonne collaboration avec les autres groupes professionnels dans ces organes. " En effet, de meilleurs soins de santé mentale pour toutes et tous, cela va bien sûr plus loin que notre propre branche ", conclut le Pr Dom.