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Le monde qu'il a parcouru de long en large en tant que journaliste puis d'écrivain, souvent invité à parler devant des foules clairsemées (en Russie par exemple), voire personne (au Soudan). L'occasion pour l'auteur de Tigre en Papier de plonger dans l'histoire, la sienne, de la littérature : de Borgès à Boulgakov, de Lowry à Cendrars, de Proust bien sûr dans cet A la recherche du temps passé à Chateaubriand pour son côté vieil amoureux mélancolique et une fascination pour " les paysages de ruines ", même s'il ne s'agit pas encore ici de mémoires d'outre-tombe...Au cours de ce récit imagé, Rolin évoque également ses conquêtes féminines, et surtout ses rêves de conquêtes, furtivement entrevus : et les visages croisés forment, eux aussi, autant de paysages, voire de pays. Le style et le propos font naître une autre image : un vieux bar décati à La Havane ou Sarajevo, au milieu duquel Rolin, maître de la digression dans un récit tout sauf dégraissé, a suspendu son immense guirlande de souvenirs. Il est là, seul, accoudé au passé dans son déguisement de baroudeur devant un alcool fort, interpellant le lecteur. Lequel boit les paroles de celui qui parle des autres en ne parlant que de lui (émois et moi), se montre aussi bavard que capable de fulgurances, se livre sur son séjour en institut psychiatrique, évoque les morts qu'il a connu ; celui qui l'écoute et le lit a parfois l'envie de partir, regarde sa montre titillé par l'envie de rentrer, seulement retenu par certaines descriptions, de Shanghaï par exemple, qui le tire par la manche et l'incite à rester.Bref, si Rolin nous saoule, il nous enivre aussi.