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75% des troubles psychiatriques (schizophrénie, anxiété, troubles de l'humeur...) apparaissent avant l'âge de 24 ans. " Actuellement, en Belgique, on estime que 10% des jeunes présentent une prévalence de développer des troubles psychiatriques sévères et que 5% auraient besoin d'une intervention. La transition est une thématique sociétale clé ", explique la Pr Véronique Delvenne, chef du service de pédopsychiatrie de l'Hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola (Huderf) et porteuse de la chaire pour l'ULB" Nous avons répondu à un appel d'offre de la Fondation Roi Baudouin pour implémenter une modification des pratiques autour de la psychiatrie des jeunes, sachant que toutes les études internationales montrent qu'à cette période-là, ils tombent dans un 'trou' aggravant les psychopathologies et surtout les comorbidités (addictions, suicide, désocialisation...) ".En quoi consiste cette chaire ? Il s'agit d'une recherche-action interdisciplinaire qui réunit l'Huderf, l'hôpital Érasme (Pr Marie Delhaye), le CHU Brugmann (Pr Charles Kornreich) et le service de santé mentale de l'ULB (Pr Hélène Nicolis).Elle poursuit trois objectifs :Mieux comprendre les besoins des jeunes durant la période de leur vie où ils sont le plus fragiles, à la fin de l'adolescence et au début de l'âge adulte ;Pallier la rupture dans la continuité des soins et de l'accompagnement proposés par les départements cliniques de pédopsychiatrie et de psychiatrie de l'adulte ;Innover dans des soins pour les jeunes adultes, adaptés à leur phase de vie et à l'époque actuelle.Cette chaire permet de mener des projets de recherche interdisciplinaire dont les résultats seront transposés sur le terrain (ici, évaluation de 6 groupes de 50 jeunes de 17 ans demandeurs de soins psychiatriques, psychologiques, dépendants de l'aide à la jeunesse ou non, réévalués après 2 et 4 ans). Mais elle vise aussi à mettre en place un enseignement et à partager les connaissances sur la psychiatrie de transition avec le public et les utilisateurs. " Au départ de la connaissance académique, les choses doivent progressivement percoler pour modifier la réalité du terrain, il faut changer les mentalités et les pratiques ", insiste Véronique Delvenne.Ce projet donnera plus de visibilité à un concept relativement neuf en psychiatrie, ce qui permettra de réduire la stigmatisation encore à l'oeuvre dans la population générale, fait-elle observer : " L'étude Milestone a évalué comment cela se passe pour les jeunes en Europe : il y a un déficit de planification des soins à ce moment-là entre les pédopsychiatres et les psychiatre adultes. Nous avons créé des consultations transitionnelles pour voir ceux qui vont nécessiter le passage vers la psychiatrie adulte et pour poursuivre le traitement sans interruption ".La transition concerne les jeunes âgés de 16 à 24 ans. " C'est une zone floue qui dépend aussi de la pathologie : pour certains troubles de l'âge adulte qui commencent vers 14-15 ans, un psychiatre sera peut-être plus indiqué, mais il y a des pathologies de l'adolescence dont le pédopsychiatre s'occupera mieux jusque 20-21 ans. C'est une question d'autonomie, de différenciation avec les parents etc. "Pourquoi les troubles émergent-ils à cet âge ? A l'adolescence, le cerveau est soumis à une réorganisation, source de grande vulnérabilité, précise la psychiatre : " On observe une hypo activité dans les régions cortico-frontales impliquées dans la planification et le contrôle comportemental : elles se développent avec l'âge et l'expérience et sont matures à la fin de l'adolescence. A côté, il y a une hyperactivité de la région de l'amygdale, activée précocement à l'adolescence et impliquée dans les émotions, le stress et le conditionnement. "C'est aussi un âge de la vie qui entre en résonance avec les mouvements de révolte, de rébellion, de prise de position politique... " Ce ne sont pas les questions sociétales qui créent la pathologie mais, l'apparence de la pathologie peut parfois être en écho avec ces questions. On décrit par exemple maintenant des troubles anxieux climatiques, mais c'est simplement un trouble anxieux qui existe chez la personne et qui, aujourd'hui, prend cette couleur- là, elle aurait pu prendre une autre couleur pendant l'avant- ou l'après-guerre, par exemple. Ce qui modifie peut-être aussi l'expression symptomatique c'est le fait que l'information est omniprésente et qu'elle circule beaucoup plus que par le passé : il peut y avoir une sursaturation face à l'expression médiatique multiple ", nuance Véronique DelvenneLa spécialiste souligne l'importance d'une détection précoce des jeunes en situation de difficulté : " Il ne faut pas les laisser dans l'isolement. Dans ce cadre, si le médecin généraliste est dans une relation de médecin de famille, il a un vrai rôle d'abord de détection précoce et ensuite de lien et de maintien du dispositif de soins. "En fait, la Belgique compte désormais deux chaires : celle de l'ULB, du côté francophone, et celle de la KUL " Youth in Transition " (Pr van Winkel), côté néerlandophone. Elles ont vu le jour grâce au soutien des Fonds Julie Renson et Reine Fabiola et de la Fondation Roi Baudouin, pour 1,2 million d'euros (soit 600.000 euros par chaire) sur une période de quatre ans.