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Une étude publiée cette semaine dans le Lancet Child & Adolescent Health utilisant des enquêtes auprès de plus de 1,1 million de 13-15 ans de 140 pays entre 1999 et 2018, révèle que la prévalence de la cigarette (au sens d'un fumage d'au moins un jour au cours des 30 derniers jours) a diminué dans 57% de ces pays. Le résultat de la mise en oeuvre des politiques antitabac. Mais, en même temps, elle a stagné ou augmenté dans 60 pays. Pire, au cours de la même période, la prévalence de la consommation d'autres produits du tabac, tels que le tabac à chiquer, le tabac à priser, la trempette, les cigares, les cigarillos, la pipe ou les cigarettes électroniques, s'est stabilisée ou a augmenté dans presque deux tiers des 137 pays examinés. Les cigarettiers, qui ont enregistré des défaites suite à la signature de la Convention-cadre pour la lutte antitabac par l'Organisation mondiale de la santé en 2003, ont pris le marché "à revers" en multipliant les nouvelles formes de tabac, soit compatibles avec certaines lois qui répriment la fumée et pas le tabac en tant que tel, soit présentés abusivement comme moins ou non nocifs. Malgré une réduction globale de la consommation de cigarettes au cours des 20 dernières années, près d'un garçon sur cinq (17,9%) et plus d'une fille sur dix (11,5%) dans le monde ont consommé du tabac au moins une fois au cours du mois dernier entre 2010-2018. Le tabagisme tue plus de huit millions de personnes dans le monde chaque année et peut entraîner des cancers, des maladies cardiaques, des maladies pulmonaires et des bronchopneumopathies chroniques obstructives, et affecter la fertilité. Le tabagisme chez les adolescents et les enfants est un problème crucial, étant donné que la plupart des fumeurs adultes commencent à l'adolescence ou dans l'enfance. Le professeur Bo Xi, de l'Université du Shandong, Chine, et auteur principal de l'étude, a déclaré: "La consommation de cigarettes a peut-être diminué dans la majorité des pays, mais il y a encore un grand nombre de jeunes qui fument. Le fait que, dans de nombreux pays, la prévalence de la consommation de produits du tabac autres que la cigarette soit supérieure ou égale à la prévalence de la consommation de cigarettes nous montre qu'il reste encore beaucoup de travail à faire. La nécessité de renforcer les efforts de lutte antitabac, qui incluent des politiques spécifiques pour différents produits du tabac et une focalisation sur l'éducation sanitaire des adolescents dans le monde, est plus importante que jamais. La prévalence de la consommation de tout produit du tabac était deux ou trois fois plus élevée chez les adolescents de 15 ans que chez les 13 ans dans la plupart des pays. La pression des pairs, le désir d'expérimenter de nouvelles choses et la possibilité d'acheter des cigarettes pourraient tous expliquer cette tendance."Dans un commentaire, d'autres experts exposent l'augmentation de l'utilisation d'autres produits du tabac dans la région de la Méditerranée orientale et suggèrent que cela est dû à la popularité croissante de la pipe à eau (connue localement sous le nom de chicha, narguilé ou arghile) en raison du nouveau tabac aromatisé, une culture florissante des cafés du Moyen-Orient et la perception erronée que le tabac à pipe à eau est moins nocif que les cigarettes. Les auteurs écrivent: "Le simple fait d'étendre les lois existantes au tabac pour pipe à eau semble raisonnable en théorie, mais dans la pratique, c'est loin d'être adéquat et peut être inapplicable"."En Belgique, la consommation dans les années 60 était très élevée, surtout chez les garçons. Les campagnes ont été efficaces pour la faire baisser jusque dans les années 90. Puis, on a connu une décennie où l'usage a de nouveau doublé, essentiellement à cause des festivals pour jeunes qui utilisaient le parrainage et la pub. Dans les vingt ans du siècle suivant, on constate une forte baisse, de 21 à 3% de consommation régulière. Toutefois, ces deux dernières années, on constate une légère augmentation. Qui s'est peut-être aggravée sous le confinement, cause du stress, de l'ennui et de l'absence de perspective. Mais il est trop tôt pour en être certain", explique Luk Joossens, expert mondial en tabac et auteur de "La guerre du tabac en Belgique" (Boîte à Pandore). Qui salue par ailleurs "l'actuel programme anti-tabac des gouvernements belges, après des années d'immobilisme en la matière: "Paquet neutre, interdiction de fumer dans la voiture avec mineurs, interdiction de la pub pour l'e-cig sur les lieux de vente, augmentation des prix, tout cela est efficace".Dans Nature Medicine du 19 janvier, un autre article montre comment un effort mondial substantiel a été consacré à réduire l'épidémie de tabac au cours des deux dernières décennies, en particulier après l'adoption de la Convention-cadre pour la lutte antitabac. En 2015, en reconnaissance du fardeau du tabagisme, la lutte antitabac a été incluse comme objectif de développement mondial à l'horizon 2030. Des politiques globales de lutte antitabac, y compris des interdictions de fumer, des mises en garde sanitaires sur les paquets, l'interdiction de publicité et les taxes, sont efficaces pour réduire la prévalence du tabagisme. Et des effets positifs sont visibles lorsque ces politiques sont mises en oeuvre simultanément. Les auteurs estiment que "si les 155 pays inclus dans notre analyse avaient adopté des interdictions de fumer, des mises en garde sanitaires et des interdictions de publicité au niveau le plus strict et élevé le prix des cigarettes à au moins 7,73 dollars en 2009, il y aurait eu environ 100 millions de fumeurs de moins dans le monde en 2017".