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À l'échelle internationale, plus de la moitié des personnes âgées de 61 à 70 ans, et plus de 80% des plus de 70 ans, souffrent d'un déficit auditif d'intensité variable. En Belgique, la Mutualité chrétienne constate, sur base des données 2019 de ses membres, que 16% d'entre eux ayant été remboursé par l'assurance obligatoire pour l'achat d'un appareil auditif avaient moins de 60 ans et 40% avaient entre 61 et 80 ans. La problématique de l'audition concerne donc un grand nombre de personnes, et pas uniquement les personnes très âgées. Le secteur des appareils auditifs connaît d'ailleurs une croissance rapide: il a presque doublé en dix ans pour ce qui est des montants remboursés entre 2010 et 2019, passant de 20 à 36 millions d'euros. Quant aux suppléments, ils ont plus que doublé, passant de 25 à plus de 50 millions d'euros. "Pourtant, la déficience auditive affecte la qualité de vie, et notamment l'apprentissage, l'emploi et la vie sociale", avance la MC. "Les personnes malentendantes ont un grand risque d'isolement social/de solitude, un risque accru d'épuisement professionnel, de dépression et même de démence. Une bonne prothèse auditive devrait, dès lors, être un droit fondamental pour ceux qui en ont besoin."Le prix des appareils auditifs représente pour la personne qui en a besoin une part significative de son budget. "Les Belges ne sont en général remboursés que pour moins de la moitié du prix qu'ils ont payé pour ce genre d'appareil, alors que déjà en 2008, le taux de remboursement avait été augmenté linéairement de 22%", analyse la MC. En 2008, le KCE constatait dans une étude que pour plus de 85% des appareils auditifs, les Belges payaient plus que leurs voisins européens. Au Danemark, sur dix produits comparables, neuf étaient plus chers en Belgique (de 61% à 125% plus cher). En conséquence, il existe une grande différence entre les deux pays dans le pourcentage de malentendants ayant besoin d'une aide auditive et qui en possèdent une: 30% des Belges malentendants qui ont besoin en possèdent une, contre 53% des Danois. "Les montants à charge du patient sont si importants dans notre pays qu'ils excluent une partie des patients", dénonce Elisabeth Degryse, vice-présidente de la Mutualité chrétienne. "Surtout que ces coûts se répètent tous les cinq ans, période après laquelle il est généralement recommandé de changer d'appareil et qui correspond à un nouveau remboursement de l'assurance obligatoire. D'ailleurs, nous constatons que nos membres bénéficiaires de l'intervention majorée (BIM) achètent ou se font conseiller des appareils auditifs moins chers - moins sophistiqués - que les non-BIM ; et retardent l'achat d'un appareil auditif. De tels montants de suppléments sont constitutifs d'inégalités sociales de santé, qui se manifestent concrètement par le report de soins ou l'achat d'appareils insuffisamment adaptés."L'analyse des données des membres de la MC montrent que les coûts restant à leur charge sont très variables selon la province où ils résident. Pour un appareil stéréophonique pour les plus de 65 ans, on constate que le coût médian varie du simple au double entre Liège et le Brabant flamand, avec plus de 1.000 euros de différence. En somme, les personnes résidants en Flandre paient toujours plus qu'en Région Wallonne et bruxelloise. Le coût d'un appareil auditif dépend également de son niveau technologique, de sa complexité. Et plus un appareil est complexe, plus il sera cher. Plus de la moitié des appareils vendus en Flandre sont des appareils caractérisés par les niveaux technologiques les plus élevés. Par contre, en Wallonie et à Bruxelles, ces mêmes appareils représentent 30% du volume. Dans le Hainaut, seuls 22% des appareils vendus sont de catégorie supérieure contre 54% dans le Brabant flamand. "Difficile d'imaginer que tous les patients en Flandre ont des cas de surdité plus accentuée qu'à Bruxelles et en Wallonie. Tout laisse à penser que le prix d'achat d'un appareil auditif, et son niveau de technologie, est probablement plus lié à la capacité d'un patient de payer cet appareil qu'à ses besoins", interpelle Elisabeth Degryse. Scinder le coût du matériel des services de l'audicien en toute transparence serait un premier pas important", clame Elisabeth Degryse, qui estime que les montants des suppléments à charge du patient identifiés par la MC doivent interpeller les décideurs politiques. "Détailler avec clarté les différents suppléments serait aussi un gage d'honnêteté. Force est de constater que sans cela, une augmentation du remboursement des appareils auditifs, que ce soit dans l'assurance obligatoire ou complémentaire, engendrerait une augmentation des suppléments. En outre, négocier des tarifs au niveau européen, à l'instar du vaccin contre le Covid-19, serait bénéfique à la baisse des coûts et engendrerait une forme de régulation du marché."