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Le JdM: Qu'avez-vous retenu de Solvay ou du journalisme, études que vous avez suivies, dans votre l'exercice de votre profession actuelle ?Alex Vizorek: Que je n'étais pas fait pour cela, en tout cas dans le cas des études d'ingénieur commercial, et de manière moins définitive dans celui du journalisme. Mais je ne regrette rien de mon parcours, car cela m'a servi au niveau de l'écriture dans le cas du journalisme et le côté entrepreneur pour ce qui est de la production de ce spectacle que j'ai joué durant dix ans.Quel enseignement avezvous retiré du fait d'être commentateur footballistique sur Bel RTL ?La découverte du micro, car j'avais déjà écrit des commentaires sportifs dans des journaux, et lors de mon stage à Viva Cité. Par ailleurs, le fait de ne pas maîtriser le sujet, d'écrire quatre lignes sur un papier, et d'être ensuite appelé et devoir expliquer ce que vous avez vu est un exercice formateur. Cela tient de la narration et de l'improvisation. Et puis la radio c'est le monde de l'imaginaire.Vous êtes plutôt un homme de radio...J'aime dire ce que j'écris moi-même. Cela m'est indispensable pour pouvoir le jouer et je crois être meilleur sous cette forme. En fait, j'aime raconter mes histoires. Si un jour j'aborde le cinéma, ce sera d'abord par l'écriture et les dialogues.J'adore Bogart, et Depardieu m'impressionne. Pierre Niney était au cours Florent en même temps que moi. Ce sont des personnes qui ont un instinct. Pour ma part, j'ai créé un personnage que je sais plus ou moins jouer... mais je ne suis pas acteur.Vous vous sentez plus proche de Stéphane Guillon, Pierre Desproges, Coluche, ou les trois à la fois ?Il y a un contemporain, un prédécesseur, quant au troisième, je ne l'ai vu qu'après son décès. Si on ajoute aux deux derniers, le nom de Le Luron, il s'agit d'humoristes morts en pleine gloire, ce qui pose la question de la longévité chez un humoriste. Et quelqu'un comme Bedos est un exemple, car c'est compliqué de durer, notamment au niveau de l'écriture.Écouter les anciens comme mes contemporains me fascine : comment ils parviennent à faire rire les spectateurs et pourquoi, cela m'intéresse, même si je ne les trouve pas forcément drôles. J'aime beaucoup ceux que vous avez cités, et l'on apprend toujours en les regardant. J'ai été voir Guillon, et je trouve nécessaire de regarder mes collègues, pour continuer à avoir envie d'écrire.D'autant que les trois étaient ou sont des gens de radio ?J'aimais moins Coluche en radio, parce qu'il y racontait des blagues. Or, ce n'est plus le goût de l'époque. Desproges au Tribunal des flagrants délires, proposait des envolées de huit minutes ; si je faisais cela aujourd'hui sur la même radio, France Inter, on viendrait m'arrêter : on me demandait quatre minutes et demie au début et aujourd'hui j'en suis à trois min 15... Les gens préfèrent désormais regarder des séries d'une demi-heure plutôt que des films fleuves. Guillon dit que sur scène on peut faire ce qu'on veut... sauf qu'il faut faire en sorte que les gens aient envie de venir nous voir.Votre type d'humour est-il le même sur France Inter, la RTBF ou la VRT car j'ai appris que vous y passiez également ?Oui, j'en fais une également le lundi dans une émission qui s'intitule Nieuwe feiten. En flamand et c'est un écho de France, des extraits sonores à propos de Castaner, des époux Balkany ; je suis plus dans la narration que le stand-up du côté néerlandophone...Et vous modifiez votre humour ?Un peu. Inconsciemment il y a sans doute une retenue, mais pas une autocensure en fonction des audiences. Je ne ferais pas les mêmes blagues chez Ardisson que chez Drucker. Le rapport est de 80-20 %Disons que je suis un peu plus star en Belgique qu'en France, où je suis un humoriste parmi d'autres.Je ne présente pas non plus les Magritte comme les Molières : dans le premier cas, je suis parmi les deux trois plus connus avec François Damiens notamment ; aux Molières, à l'inverse, il n'y a que des stars et peu de gens me connaissent : je l'aborde d'une autre manière.Mais, fondamentalement, mon humour ne change pas.Expliquez-nous ce qu'est l'académie Alphonse Allais dont vous êtes désormais membre ?Une troupe de joyeux drilles qui aiment bien boire des coups, une fois par an à Paris l'autre à Honfleur. Arletty et Audiard en furent membres. Il s'agit de perpétuer l'héritage de la bonne parole et du bon verbe d'Alphonse Allais, qui se situait dans l'absurde et le surréalisme ; un maître pour tous en l a matière. Évidemment, il n'a pas laissé d'enregistrement de sa voix ou de ses textes, mais Allais était un humoriste prodigieux, qui se permettait des choses extrêmement contemporaines, qui n'ont pas vieilli au regard d'une Pierre Dac notamment.Mon intronisation au sein de l'Académie a eu pour conséquence un rajeunissement des troupes, vu que je suis le membre le plus jeune désormais.Quel est le lien entre Benoït Poelvoorde, Charline Vanhoenacker et vous, hormis le fait d'être belge ?Nous sommes détendus et spontanés, c'est ce qui nous relient et ce qui déstabilisent parfois les Français qui sont plus... steïfs. (rires)